IL — MONOGRAPHIES
LA BALEINE (Balena mysticetus, L.)
Superstition
[A baleine ne peut pas avaler de poisson plus gros qu'un hareng; depuis qu'elle a avalé Jonas, la gorge lui a apetissé (S.-C).
LA BELETTE (Mustela vulgarzs, L.)
Noms patois Belette (P.); hélette (M.); Uron (M.).
Proverbe
— Tête de belette, c'est-à-dire étourdi.
Superstitions Les belettes portent bonheur dans les maisons.
Cette superstition, déjà constatée par Habasque, t. I, p. 304, existe aussi en Poitou (cf. Souche, Croy., p. 3) ; l'antiquité la connaissait aussi (cf. Plaute cité par Gubematis, t. II, p. 54).
En Basse-Bretagne, au contraire (cf. Galerie brelontu, t. II, p. 156), le regard de la belette porte malheur.
Les belettes viennent super (avaler) les œufs dans les poulaillers (E.).
LE BLAIREAU (Ursus bibles, L.)
Noms patois Biéreau (P.)> tesson (Morbihan; G. g.).
l^overhes
— Crier comme un blaireau (M., E., P.).
— Dormir comme un blaireau (P.). — Le blaireau passe pour dormir six mois de suite.
— r pue comme un tesson (Morbihan ; G. g.).
Cf. Rolland, t. I, p. 49. ,
Superstition
Si on prend la graisse d'un blaireau tué et qu'on en frotte les souliers d'une jeune fille, tous les chiens viennent lui pisser sur les pieds. C'est de cela qu'on menace les jeunes filles en disant : « Je ferais bien tous les chiens pisser sur toi »
LE CERF (Cervus blaphvs)
Lt Cerf dans la littérature orale
Je n'ai aucune superstition locale sur cet animal, qui est rare en Bretagne ; mais dans un de mes contes, Les sept garçons et leur sœur, 2« série, no xxvii, les sept frères sont changés en cerfs, et leur métamorphose doit cesser quand leur sœur pourra leur placer un mouchoir entre les cornes.
LA CHAUVE-SOURIS (Vespbrtilio)
"^Noms patois
Souris-chaude ou souris-chauve (M.); sourischaoude (S.-D.).
Superstitions
Si une cliauve-souris s'accroche aux cheveux, on ne peut Tôter, à moins de couper les cheveux (E.).
Cette superstition existe en Alsace et à Lille (cf. Rolland, t. I, P-7)-
On les cloue vivantes sur les portes, après les avoir martyrisées.
On dit qu'elles perdent les murs; c'est pour cela qu'on les tue (E.).
Les chauves-souris passent pour être aveugles
Quand les chauves-souris volent le soir, c'est signe de beau temps pour le lendemain (P.).
Jusqu'à ce qu'on ait vu le soir les sourischauves, le beau temps n'est pas revenu (S.-C).
Cf. Rolland, t. I, p. 4.
L'ÉCUREUIL (SciuRus vulgaris, L.)
Noms patois
Chat d'écureuil, chai écureu, écureUy chat ècurouSy écurieu (M., E.); écurieux, chat d'équeuré (S. -D.yy chaif-écuréy masc. (P.).
Proverbe — Grimper comme un chat d'écureuil.
Superstition. — Conte.
D'après M^e de Cerny, le lutin prend parfois la forme d'un écureuil. Je n'ai pas personnellement trouvé trace de cette superstition.
Dans La Princesse aux pêches, i^ série, no xiii, le héros, au moyen d'une baguette, métamorphose en chevaux rouges deux écureuils qu'il fait descendre d'un arbre.
LA FOUINE (MusTELA foinâ, L.)
Noms patois
Fouène (P.) \ de fouine viennent : fouiner^ fouinasser (finasser), fouinassiery qui agit de ruse.
Dicton
Vers le Mené, pays montagneux du centre de la Bretagne, où les animaux ont des noms, la fouine se nomme Jacques, ainsi que le constate ce dicton, qui fait allusion à la malice de cet animal :
Glaume le Leu, Pierre le Renard Et Jacques la Fouèae Sont treis bons gâs.
LE FURET (MusTELA furo, L.)
Superstition
Le furet suce le sang des lapins ; il dort ensuite sept heures. Pour le faire s'éveiller, il faut mettre à l'entrée du trou où il est endormi des feuilles de parelle (M.).
LE HÉRISSON (Erinaceus europaus, L.)
Noms patois Hurusson (S.-D.); borue de hérisson (E.}. Ce
•dernier nom lui vient de sa ressemblance avec la bogue, enveloppe épineuse de la châtaigne.
Superstitions
On tue les hérissons, parce qu'on prétend qu'ils vont téter les vaches (E:, P.). Cette croyance, qui paraît être générale dans l'IUe-et- Vilaine, avait été déjà constatée, a On accuse le hérisson de détruire la santé des vaches, de les téter, de les faire avorter, et après le part d'empêcher la délivrance de sortir. Si on rencontre cet animal, on le brûle à petit feu. »
(Bull, de la Soc. prot. des anim.f t. V, p. 524.)
On prétend que le hérisson va se rouler sur les tas de pommes pour les emporter sur ses épis et les manger ensuite (P.).
On dit aussi que si une vache, avant d'être menée au taureau et le jour suivant, pâturait dans un endroit où a passé un hérisson, elle serait enhérissonnée et ne se dépêcherait point de vêler. Aussi on évite de la mettre aux champs la journée qu'on la mène au taureau et le lendemain (£.).
Le hérisson donne aux vaches des hérissons^ maladie des jambes, dont elles crèvent (P.).
Le hérisson passe aussi pour venir manger les canards (P.).
Il 7
L'HERMINE (Mvstbla erminsa, L.)
Noms patois Laitiche (E.) ; héleUe (environs de Lamballe).
Superstitions
L'hermine passe pour s'introduire dans les poulaillers et super les œufs. Elle est si hardie que, pendant que la poule pond, elle se glisse sous elle pour être prête à gober l'œuf (E.).
On dit qu'elle dort tout l'hiver (P.).
LE LAPIN (Lsras cunicvlus, L.)
Noms patois
Lapatn (P.). Son trou se nomme taine^ ténière (M., P.); halot (Morbihan, G. g.).
Proverhes — ^ Propre comme un petit lapin.
Cf. Rollaiid, 1. 1. p. 91.
— Beau comme un petit lapin.
Cf. Rolland, t. I, p. 90.
Les lapins dans les contes
Dans un conte de marins (I^ bateau qui va sur terre et sur mer, n© vii), un jeune garçon a pour tâche de garder trois cents lapins. Il essaie de le faire à l'aide de l'homme qui, les jambes attachées»
attrapait les lièvres à la course ; mais il ne peut y réussir. Alors une vieille fée à qui il avait donné un morceau de pain lui présente un sifflet qui fait les lapins se rassembler et marcher au pas comme des soldats à l'exercice. Il eut encore d'autres aventures avec ceux qui voulaient les lui acheter; mais il en vint à bout et épousa la princesse.
Le lapin figure aussi, mais comme personnage épisodique, dans L$ Taureau bleu, i^ série, no m (lapin qui est envoyé pour faire la cuisine).
Dans un conte inédit de ma collection qui appartient à la série des houles, quatorze frères protégés àes fées, s'étant un jour amusés à se changer en lapins, sont tués par des chasseurs.
LE LÉROT (Mtoxvs nitbuil, L.)
Noms patois
GU, On l'appelle aussi un sept-^ormant (prononcé sédormant), parce qu'il passe pour dormir sept heures de suite. On confond à la campagne les différentes variétés du genre myoxus.
Proverbes .
— Dormir comme un glé (M.). Dormir conïme un loir.
Cf. Rolland, 1. 1, p. 57.
— Gras comme un loir (E.).
LE LIÈVRE (Lipus TiMiotJS, L.)
Noms patois
LieuvCy liève, femelle, îiévresse (E.); hd (S.-C, M., E., S.-D.).
Proverbes
— En v'ia ua biau lieuve ! (M.) Cela se dit ironiquement.
— Il n*y a point de vilain li^vrç ni de beau
loup (£.)•
Cf.^dans RoUand, p. 86, un proverbe Iprrftin nnilaire.
— Je suis comme le lièvre : je perds ma mémoire en courant (S.-C).
Dicton analogue en Poitou (cf. Desaivre, Cn^.^ p. 22).
— Avoir une mémoire de lièvre.
Cf. Roflimd, p. 8;.
— Il en faut cinq jours (deux hectares et demi) pour nourrir un lièvre. Cela se dît en parlant d'un mauvais terrain.
— MaiifU (matinal) comme un lièvre (M.)-
— Il a attrapé un biau lieuve (S.-D.). Cela se dit plaisamment de quelqu'un qui est tombé.
— Fin comme un lièvre (S.-C).
DE LA HAUTE-BRETAGNE lOI
Devinettes
Qpatre courettes.
Deux aiguilles,.
Bistourette au ras du eu (£.)•
— Un lièvre.
Deux petits aigus,
Et bistourette au ras du eu (P.).
— Un lièvre.
Superstitions et Croyances
Rencontrer un lièvre le matin ou le jour d'un mariage porte malheur (E.).
Cette superstition est ancienne; cf. les textes cités par Rolland, p. 87, et VÉvangiU des quenouilles, p. 33.
Porter sous l'aisselle gauche une patte de lièvre ou de lapin est un préservatif contre le mal de dents (M.).
En temps de neige, le lièvre ne voit pas devant lui (P.).
Le lièvre passe â la campagne pour sorcier.
Un meunier de Hénon, qui était braconnier, tira un jour sur un lièvre. Il le vit culbuter et courut pour le ramasser ; mais le lièvre se releva. Le meunier tira un second coup, puis un troisième, et toujours le lièvre faisait le même manège.
— Qu'est-ce que cela veut donc dire ? s'écria l'homme.
— Tu n'as qu'à d'couri, courte quette (courtejambe), répondit le lièvre; tu ne me tiens point.
(Conunaiiiqaé par M. E. Homonic.)
Un soir, à la tombée de la nuit, un homme vit un lièvre qui se traînait comme s'il avait été pris au lacet. U courut à lui pour s'en emparer ; maïs quand il approcha, le lièvre s'enfuit. Pourtant il s'arrêtait dé temps en temps, et l'homme courait encore après. Quand le lièvre eut bien lassé et bien essoufflé celui qui le poursuivait, il disparut, et l'homme comprit alors qu'il avait eu devant lui un lièvre-lutin.
(Conté en 1879 par Jean Bouchery, de Dourdain.)
Au Gouray, il y avait autrefois un lièvre qui passait pour sorcier. On racontait des légendes à son sujet, et on prétendait que les balles passaient à travers son corps, et qu'arrivé à un certain endroit il s'évanouissait.
Un chasseur, qui savait que ce lièvre, après s'être laissé poursuivre par les chiens, disparaissait à un endroit, — toujours le même, — alla se cacher près de là, et il vit en effet le lièvre prendre son élan et sauter dans le creux d'un vieux chêne.
Un homme qui était à l'affût vit venir un lièvre ; il tira dessus, et presque aussitôt après il
sentit sur sa bouche comme une poupée de £lâsse. Il mourut quelques jours après (E.)*
D'après Mme de Cemy (Saint-Suliacy p. 26), le lièvre à Campion était une sorte de lièvre-lutin sur lequel les chiens n'avaient point de pouvoir, •qui se moquait des honmies et paraissait avoir le don d'ubiquité. Il courut bien des histoires sur son compte, entre autres celle de Campion.
« Campion était un jeune marin qui, voyant un soir les Suliacais terrifiés, leur reprocha leur couardise et promit de rapporter le lièvre mort ou vif sous trois jours. Campion ne vit point le lièvre et perdit son pari... Mais un soir qu'il marchait en rêvant à sa bonne amie, il heurta -quelque chose du pied et tomba sur le lièvre, qui s'échappa et alla à dix pas se frotter les oreilles... Campion poursuit le lièvre, qui se nargue de lui. Arrivé près du bourg, il saisit une trique et frappe le lièvre, qui tombe sur le flanc ; mais au moment où Campion veut le ramasser, il grandit et, arrachant la trique des mains de Campion, il le fit s'enfuir sous une grêle de coups. Le pauvre •Campion entra dans un veillois et tomba évanoui. Il fut malade ; mais depuis ce temps-là le lièvre ne reparut plus dans le pays. »
En Berry (cf. Làisnel de la Salle, t. I, p. i$;), le lièvre blanc liante les carrefours ou se plaît & jouer des tours (cf. aussi ih.^ p. Z77, lièvre-lutin). En Franche-Comté, le lièvre errant d'Auge-
rans, sur les bords de la Loire, se plaît aussi à hlxt endiver les chasseurs; on le retrouve aux environs de Valendennes (cf. Monnier, p. 677).
Dans plusieurs contes gallots, le lièvre joue un rôle: Le Merle d*or. Littérature orale, p. 58*^ l'c série, Le Géant aux sept femmeSy n© ix ; — 2e série, Le corps sans âme, n© xxvii.
Le domestique loup-garou du conte du Loupgarou, 2e série, n» xlvii, ne lutte pas avec un passant, parce que sa mère, étant enceinte de lui, avait mangé un cœur de lièvre.
Dans La Bdle aux clés à* or (Contes des Marins^ no xm), un chasseur poursuit toute la journée un lièvre qui s'arrête quand il s'arrête, se remet en marche quand il marche, et qui, à la nuit tombante, finit par disparaître dans une caverne.
Le héros d'un conte inédit de ma collection est forcé à garder un troupeau de lièvres qu'il doit ramener le soir à la maison sansN qu'un seul se soit égaré.
LE LION (Léo)
Les contes populaires en font le gardien des trésors ou des princesses : c'est entre ses jambes qu'est la Belle aux cheveux d'or (cf. Le petit roi Jeannoty i« série, n© i) ; dans une autre variante
îoédite, il s*endort à minuit sur le giron de « mam'zelle aux cheveux d'or ».
Dans Jean le soldat (Contes des Marins , n» xxi)^ sa mère désirant le perdre, le prie d'aller lui chercher du )ait de la lionne qui est dans la forêt» Cf. aussi La princesse Dangoberty i^e série, no xxv,. où les aventuriers qui veulent délivrer la princesse,, enfermée dans un château suspendu entre le ciel et la mer par quatre chaînes d'or, saoulent le lion avec de l'eau- de-vie.
LE LOUP (Camis lupus, L.)
Leu (E., P.). On l'appelle aussi: vilaine hééte deleit^,).
Surnoms du loup
Quette (potic) grise; G/a«i«« (Guillaume) (P.).
Proverbes
— Fait comme un loup de brousse (de buisson) (M.), c'est-à-dire mal peigné et mal habillé.
— Cest un loup de brousse.
— Sauvaïge comme un loup de brousse.
— Connu comme le loup blanc.
Cf. Rolland, t. I, p. 114; Desaivre, Croyances, f, 31.
— Quand on conte (parle) du loup, on en voit la quoue (£.)•
Cf. dAns Rolland, p. ii8, plusieurs similaires; cf. aussi Desaivre, p. 21 ; Souche, Prov., p. 3.
— Il n'y a point de vilain lièvre ni de beau loup.
Cf. un proverbe messin identique, Rolland, p. zxi.
— Avoir une faim de loup ; manger comme un loup.
Cf. Desaivre, Croy., p. 21.
— Le temps au loup (E., P.) : le brouillard.
Glaume le Lea,
Pierre le Renard
Et Jacques la Fouène
Sont trée (trois) bons gAs (P.).
C'est comme à Trigavou, Où la chieuve print le loup.
Vojrez dans les Contes popuhiira de la Haute-Bretagne ^ %* série, La Chèvre de Trigavou^ où l'origine de ce dicton est expliquée. Il n'est pas d'ailleurs particulier À la Bretagne.
Cf. Rolland, t. I, p. 13$, une histoire picarde sur « Paplenz, x>ù la Cabre a pris le leu. »
Superstitions et Croyances
L*haleine du loup enroue les personnes qui •crient sur lui. Si ceux dont le loup emporte les brebis crient sur lui, il se détourne, et son haleine les fait enrouer.
Quand on voit un loup dévorer les brebis, si on met dans sa bouche une gousse de cheveux, on n'enroue pas (P.).
Si le loup aperçoit quelqu'un le premier, celui qu'il voit attrape un rhume. ou une extinction de voix.
On dit à quelqu'un qui est enroué : — T'as vpù rieù 1 — Nonna ; 'était lu qui m'a veû Tpermier. Arait mieux faillu que j'I'arée veù l'permier (environs de Lamballe).
(Communiqué par M. E. Eraault.)
En Berry, si le loup voit la bergère avant d'en être vu, elle «st enrouée ; si elle le voit la première, il perd tout pouvoir sur le troupeau (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 129, et aussi V Évangile cUs quenouilles y p. 47).
Quand une personne est enrhumée à ne pouvoir parler, on dit qu'elle a ouvert la bouche au moment où passait un loup, et que le loup lui a ^ioafflé dedans (P.).
Cf. Rolland, 1. 1, p. 117-118.
Le loup sent la poudre, mais non les cartouches
On pendait autrefois les loups tués à l'entrée 4es forêts; il y a quelques années, j'ai vu un loup pendu sur la lisière de la forêt de la Hunaudaye.
A Plénée-Jugon, il y a un loup de Bosquen qui fait sa tournée le dimanche des Rameaux en suivant toujours la ligne droite.
■ —IMII I !!■■■- I W ■ I M ■! Il I - ■ - » ■ ■ ■ ^ ■ ^
Le loup sent les brebis de cent lieues loin (P.)-
Les loups sont de plusieurs espèces. 11 y en a, qui n*aiment que les brebis : on les appelle loups herhioux ; d'autres s'attaquent aux chevaux : ce sont les loups chevalins.
Il y a des mois de Tannée où le loup ne vit que de vent, et alors il laisse les moutons tran^ ■quilles ; d'autres où il vit de sarig ; il les saigne sans les manger; enfin d'autres où il vit de viande, et c'est alors qu'il dévore les moutons (P.).
Ils vivent trois mois de chaque manière : trois sur la viande, trois sur le sang, trois sur l'herbe^' et trois sur le vent (P.)-
En Berry (cf. Laisnel de la Salle, t. II, p. 129), le loup est pendant neuf jours affamé, et pendant neuf jours il ne peut desserrer les dents. En Poitou (cf. Souche, i*rw., p. 3), le' loup n'a pas toujours la gueule ouverte ; dans ces moments, il ne peut dévorer les moutons.
Il y a des conjurations contre les loups (E.).. Voici la seule que j'aie pu me procurer:
Notër-Dame et ses enfants, Préservez-nous des loups et du serpent.
Et du chien qui court le vent.
(Environs de Moncontour.)
Cf. dans Rolland, p. 124 et suivantes, des conjurations de divers pays ; en Berry, Laisnel, t. I, p. 229.
Quand on aperçoit le loup, on crie :
Gare le loup I et il s'en va (P.).
Ou:
Harzez Tleù (Tréveneuc).
Cf. le breton harx, ar hlei\ : sus au loup ! Cf. aussi pour les cris': au loup I Rolland, t. I, p. 108.
On raconte nombre d'histoires sur -les loups.
Un jour que mon grand-père revenait de Saint- Ajibin, où il s'était un petit encbaudeboiriy il se ^ucha dans une châtaigneraie et se mit à dormir. Tin loup arriva et regarda si le bonhomme ^tait mort; celui-^ ne remua pas. Alors le loup pissa sur lui et le cacha avec de la feuille mort^, puis il partit et se mit à hurler. Le bonhomme se leva et grimpa dans un chêne. Bien lui en prit, car cinq ou six loups arrivèrent et se mirent à chercher, et comme ils ne trouvaient rien, iU battirent celui qui les avait fait venir à p^ni^ de rien.
(Gottté en 1878 par Aimé Pieore, àe ÎJ&ré.)
Un joueur de violon qui traversait la lande de Baugé tomba dans une cave qui avait été creusée pour prendre les loups ; peu après, un loup y tomba à son tour. Le musicien se mit alors à jouer du violon, et il joua toute la nuit, car, dès quH cessait, le loup s'élançait sur lui. duand vint le matin, il ne restait plus qu'une corde à son violon.
(Conté en 1879 par Françoise Dumont, d'Ercè.) Cf. le Biniout Contes J^^ 2« série| ^« t?cvii.
Mais les loups ont parfois un rôle qui touche de près à la sorcellerie ; il y a des gens qui ont le pouvoir de les faire servir à leurs desseins et de leur commander ce qu'ils veulent. On les appelle des meneurs de loups.
Un homme qui revenait de travailler en journée s'égara dans la forêt ; comme il essayait de retrouver son chemin, il aperçut un grand feu près duquel était un bonhomme qui gardait les loups.
— Que cherchez-vous ? lui demanda le meneur de loups.
— J'ai perdu mon chemin, et j'ai grand froid.
— Asseyez- vous à vous chauffer sur l'un de ces escabeaux. Il désignait par là un des loups.
Il s'assit en effet sur l'un d'eux, qui ne bougea pas. Quand il voulut s'en aller, le gardeur de loups lui demanda où il désirait se rendre.
— Chez moi, dit-il.
— Je vais te donner deux de mes loups pour te guider ; mais tu leur fourniras un pain ou quelques galettes de blé noir.
Le journalier eut si peur qu'il tomba mort à sa. porte. Les loups y grattaient avec fureur, et la bonne femme dut, pour les faire s'en aller, leur donner du pain.
(Conté eu 1879 par Aimé Pierre, de LifTré.)
Cf. aa sujet des meneurs de loups en HAute-Bretftgne le conte du Meneur de leupsy a* série, n^ ii.
Une superstition analogue existe dans le Centre (cf. Rolland^ t. I, p. 159, et Martinet, p. 3).
Le loup joue assez fréquemment un rôle dans les contes gallots; mais en général il n*est pas des plus fins, et il est souvent dupé. (Cf. i^^ série, Le Géant aux sept femmes, np ix; Le Loup et le Reuardy no lvi ; — Littérature oraUy Le Rat et la Rdiesse, p. 232; Les Loups, p. 237; La Chèvre^ p. 242.)
Dans un conte encore inédit que j'ai recueilli à Saint-Cast, une fée métamorphose un petit garçon en loup ; mais un jour il surprend celle qui Tavatt emmorphosé et la force à lui rendre sa première forme.
LA LOUTRE (Mustbla Lutsa, L.)
Koms patois
Loutre (jaSiSOjMn, M.» E.); chien $eau (P.); huhr (P.).
LE MULOT (Mvs stlvaticus, L.)
Superstition, — Présage
Il y a une herbe qui chasse les mulots et qui porte le nom de chasse-mulot. Elle a de grosses graines et est puante (£.).
Oiiand les nids de mulots fkits sur les sillons •dans le gU (paille qui reste debout après que le blé a été scié) sont très-élevés au-dessus du sol, cela annonce de la pluie ; si au contraire ils sont au ras du sol, c'est signe d*un temps sec (P.).
LE MARSOUIN (DuraiNus nocxtuk, L.)
Dicton. — QmU
Voilà encore les coquins de marsouins qui arrivent ; il n'y a pas besoin de quêter du poisson après eux (S.-C, Tréveneuc).
Dans un conte intitulé Le Marsouin^ 2« série, 09 XVI, un Êiitaud (fée mâle) qui a pris la forme <le cet animal sauve des pécheurs en danger de se noyer et les amène à terre, où il quitte sa forme pour redevenir faitaud.
LA MUSARAIGNE (Soux akanbus, L.)
Noms patois Mèserangne, miser ange (P.).
Superstition
Lorsque la musaraigne passe sur le dos d'un •cochon, elle le fait crever. C'est pour en préserver les bestiaux qu'on met du haut houèe (sureau) dans les étables (P.)*
Cf. snr le rftle malfaisant de cet animal RoUâsd, 1. 1, p. 18-19.
Si une musaraigne passe par un sentier où se trouve un homme, elle crève aussitôt (P.).
L'OURS (Ursus arctos, L.)
Nom patois
Ourse. Ce mot est toujours féminin.
L'ours n'existe plus en Bretagne, probablement depuis les temps préhistoriques.
JJOwrs dans les contes
Il figure dans plusieurs contes populaires : dans Blanche neige (Contes des Marins ^ n» xiv), un ours, qui est un jeune homme métamorphosé, vient se chauffer au feu l'hiver.
La Peau d'ourse^ autre conte de marins inédit, est un jeune prince qui, pour se déguiser, a revêtu une peau d'ours.
Dans un conte inédit de ma collection, une femme qui va chercher sa fouée au milieu des bois, emportant avec elle ses enfuits, voit un ours ; elle se sauve et laisse tomber l'un d'eux, qui est élevé par l'ours, et devient fort et velu comme une bête.
LE PUTOIS (MusTSLA pvtorh;», L.)
Chat-pitois, pitois.
LE RAT (Mus rattus, L.)
Nom patois
Le féminin est parfois rdtesse (E.) ; le piège à rats s'appelle ratouère ou couyé (E.).
Proverhes
— Puer comme un rat pourri-mort.
Cf. Rolland, t. I, p. 22.
Gros comme un rat, Méchant comme un chat (D.).
— Pris comme un rat dans un couyé (E.).
Cf. dans Rolland, t. I, p. 61, un provetbe poitevin similaire.
Superstitions et Croyances
Il y avait jadis des gens qui menaient les rats et les souris (E.).
Il y a du monde qui mènent les rats. Ils vont à leur besogne et ne paraissent pas les mener; mais où ils vont, les rats viennent.
Un homme des environs d'Ercé avait, dit-on, ^ ce pouvoir. Un soir qu'il passait, une femme lui dit:
— N'est-ce pas, Hougrie, que vous ne menez point les rats? Ce sont des mentiries, pas vrai?
Hougrie ne répondit pas ; mais les rats mangeaient tout chez la bonne femme.
Un an après, Hougrie passa par là, emmena les rats, et ils ne revinrent plus.
(Conté en 1880 par Françoise Dumont, d'Ercé.)
Dans la Manche, la même croyance existe (cf. Rolland» Marnm. sauv.y p. 23 ; A. Bosquet, p. 283). Elle existait au moyen Age, et au xYii" siècle Thiers la citait comme superstition courante.
Le rat figure comme personnage dans plusieurs contes gallots (cf. Le Rat et la Râtesse^ dans Litt, orale, p. 232, et la mort du Rat, n© lvi des Contes populaires, i*"* série). Dans ces deux contes, le rat étant mort, tous les objets de la maison, ainsi que les animaux, se mettent à se réjouir.
D'après un conte inédit de ma collection, un petit garçon ne doit pas grandir jusqu'à ce qu'il ait fait sa marraine et son parrain se tenir le ventre à brassées à force de rire. Cela arrive un jour où, monté sur un rat, il veut le mener boire à la rivière.
Dans un conte de marin que j'ai recueilli à Saint-Cast, les rats et les souris, ayant ouï dire qu'il n'y avait point de chat en Alger, s'y font porter par un capitaine; mais comme ils ne savaient pas le langage dts rats du pays, ceux-ci les tuèrent jusqu'au dernier.
Dans Le château suspendu dans les airs, Contes des Marins, n° xviii, le héros arrive au royaume dos rats et des souris. C'est un rat qui, en fourrant
Il6 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
sa queue dans la bouche de celui qui avait dérobé la tabatière magique, permet au héros de la reprendre.
Plusieurs contes gallots que j'ai en portefeuille parlent de pays où les rats et les souris étaient si nombreux, qu'on ne savait comment s'en débarrasser; survient un garçon qui apporte un chat et fait fortune en les détruisant. Cest, avec des variantes assez importantes, le thème du célèbre conte de Grimm : Les trois héritiers chanceux.
LE RENARD (Cahis vulpbs, L.)
Noms patois
Rmd (S.-D.); go^pih petit renard (G. g.); renarder (M.), agir avec ruse.
Proverbes
— Faire le renard (M., E.); faire l'école buissonnière.
Cf. Rolland, t. I, p. 165 ; cf. aussi Souche, Proverbes^ p. 4.
— Dans sa piau mourra le renard, à mains qu'i' ne set écorché tout en vie (M.).
Cf. dans Rolland, p. 168, plusieurs proverbes similaires.
-Glaume le Leu, Pierre le Renard Et Jacques la Fouène Sont trée bons gâs (P.).
Croyances et Contes
Quand on voit le renard rôder autour des poulaillers, on lui crie :
Ta renard 1 ta renard I
Et il s'en va bien vite (P.).
Le renard jouait déjà un rôle dans les récits gallots du xvi« siècle, ainsi que le constate un passage de Noël du Fail.
« Et ainsi occupés à diverses besongnes, le bonhomme Robin... commençoit le conte de la cigogne, du temps que les bestes parloient ou comme le renard desroboit le poisson [aux poissonniers] ; comme il fit battre le loup aux lavandières lorsqu'il Tapprenoit à pescher. »
(Propos rustiques et facétieux ^ p. 41.)
Le premier passage fait sans doute allusion à un conte encore très-populaire en Haute-Bretagne : le renard, voyant des charrettes chargées de morues, court devant et fait le mort ; les chanetiers, pour avoir sa peau, le jettent sur les morues ; alors le renard en fait tomber quelques-unes par terre et saute dextrement de la charrette pour aller les mai^er.
Je n*ai pas trouvé trace du deuxième conte cité ; mais le renard joue souvent des tours à son compère le loup. Cf. dans mes Contes populaires ^ irc série, le n® lvi, dont voici une variante :
Il8 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS
Il y avait une fois un renard et un loup qu jouaient ensemble à se faire tourner. Le renard tira sur la queue de son compère si fort qu'il la lui écourta.
Le loup se mit en colère, et le renard lui dit :
— Je sais où il y a une forge où l'on remet les queues. Viens avec moi.
Le maréchal fit chauffer un fer, et quand il fut bien rouge, il le mit sous la queue du loup, qui s'enfuit en hurlant.
Q.uelque temps après, le loup rencontra le renard et lui dit :
— Tu m'as joué un mauvais tour ; aussi, si tu ne me trouves pas à manger, ja te croquerai à mon dîner.
— Je sais bien, répondit le renard, un endroit où il y a des andouilles.
Qjiand ils se furent emparés d'une andouille, le renard la portait par un bout, et le loup par l'autre.
Tout d'un coup, le renard s'écria :
— Voici des chasseurs !
Et il tira violemment sur l'andouille que le loup avait dans la gueule; il la lui enleva et monta dans un arbre.
Il se mit à la manger, et le loup, qui était au pied, ramassait les miettes et disait :
— Oh ! que ces miettes sont bonnes l
DE LA HAUTE-BRETAGNE Il6
— Les grosses sont encore meilleures, répondait le renard du haut de son arbre.
Le loup se mit en colère, et il alla chercher ses «compères pour se venger du renard. Ils accoururent, et comme ils ne pouvaient grimper, il fut convenu que Courtaud — c'était celui qui avait la queue écourtée — se mettrait dessous, debout et les pattes de devant appuyées sur le tronc, et que les autres grimperaient sur ses épaules jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés à l'endroit où se tenait le renard.
Il n'en manquait plus qu'un pour l'atteindre, quand le renard se mit à crier :
Maréchal d'ahaut.
Apporte vite un fer chaud Pour le eu à Courtaud.
Le loup, qui croyait encore sentir le fer rouge qui l'avait brûlé, eut une telle peur qu'il se laissa tomber sur ses pattes et se sauva à toutes jambes. Les loups tombèrent les uns sur les autres, et ils attrapèrent le pauvre Courtaud, qui fut étranglé par ses compères.
(Conté en 1880 par Jean Pion, de Gosné, ftgl de treize ans.) Cf. parmi les contes français où le loup et le renard sont mis «n scinj : Webster, Achèria^ Le Renard^ et Bladè, Lou lou peujat, conte de l'Armagnac. Oi^ peut aussi consulter les curieux chapitres de La Mythologie \oologique de M. de Gubernatis, t. Il, consacrés au loup et au renard, et La Faune populaire de M. E. Rolland, Les Mammifères sauvages^ où se trouve dans un conte (lorrain ?) l'épisode final du conte gallot.
Mais le renard est aussi dupé à son tour, et assez fréquemment (cf. le Merle et le Renardy ire série, no lix ; Le Colimaçon et le Renard, dans Liit, orale y p. 237).
Le renard figure encore, mais à titre de personnage épisodique, dans Moitié de coq, 2^ série,, no un.
Le petit roi Jeannot, i«« série, n© i, met en scène un renard secourable qui n'est autre que rame d'un pauvre que le héros du conte a fait enterrer. Dans une variante inédite, le renard est, non plus une âme, mais une fée. Un autre conte du même type fait secourir le héros par un renard auquel il a donné un morceau de pain.
Un de mes contes inédits, intitulé Le marquis de CarabaSy diffère en plusieurs points importants de celui de Perrault; le rôle ordinairement dévolu au chat y est rempli par un renard.
LA^ SOURIS (Mus musculus, L.) Expression patoise
Souricer veut dire tromper (M.), et aussi prendre des souris (en parlant des chats) (M.).
Praverles
— Éveillé comme une souris, ou éveillé comoid une pochée de souris (M.).
— Les souris mterront (entreront) dans la mef (la huche). Cela se dit d'un ménage où Thomme — couvercle de la met — est plus petit que la femme (E.).
La souris dans les contes
Dans un conte inédit, une fée se transforme ea souris grise pour se venger; elle touche â un morceau de lard, et aussitôt il se forme autour d'elle une tente qui est fermée à dé. La fille de la maison l'ouvre par curiosité, et la souris grise s'en échappe. Elle avait pouvoir sur la fille jusqu'à ce que celle-ci eût dix-huit ans accomplis» Elle essaie de la faire pécher par curiosité ; mais n'ayant pu y réussir, elle doit rester encore mille ans en souris grise.
Plusieurs contes parlent du royaume des rats et des souris (cf. la page 115 du -présent volume).
LA TAUPE (Talpa buxop^, L.)
Nom patois, — FormuJetU
Taâpe (P.).
Les taupes chantent, dit-on :
SiKe mmi en.
duatid les taupes font leur taupinière, on dit* qu'elles houUnt,
Dictons
— Il sera bientôt labouré par les taupes. Il mourra bientôt, ou : Les taupes vont lui passer ■sur le dos.
Cf. dans Rolland, t. I, p. ii, des dictons analogues.
— Noir comme une taupe (S.-C).
Cf. Rolland, p. 1 1 (Saintonge et Suisse romande).
Si taupe voyait.
Si sourd entendait.
Homme sur terre ne resterait (M., E.).
Cf. Rolland, p. 13, et Mil., col. $$$ (Nantes).
Si taupe verrait,
Si sourd oyait,
N'y aurait pas d'homme sur terre (P.).
Croyances et Superstitions
Les taupes sont sorcières ; elles ne se laissent pas prendre, et elles font endéronner (enrager) les fermiers (Hénon). On dit à la campagne : « Ceux •qui les attrapent les mènent bien. » Si un fermier ne fait pas prendre les taupes de son champ ^juand le taupier est dans le champ voisin, son <:hamp en est écrasé (£.).
Les branches de sureau chassent les taupes. Il y avait jadis des gens qui menaient^ c'est-à-dire amenaient les taupes dans les champs de ceux auxquels ils en voulaient (E.).
WÊ
Le sang de taupe guérit les cors, les verrues et les loupes, si Ton se frotte avec. J'ai connu des personnes qui y croyaient fermement (E.).
Cf. sur les vertus curatives du sang de taupe. Souche, Croy., p. 26 ; Desaivre, Croy.f p. 8 (Poitou), et Rolland, p. 13.
Q.uand les taupes poussent en hiver, c'est signe de dégel.
Pour avoir de la chance au jeu et gagner à tous coups, il faut tuer une taupe en amour, lui ôter tous ses os un à un, et les mettre dans un ruisseau qui vient d'une fontaine ; l'un de ces os remonte à la source, et c'est celui-là qui porte chance (P.).
En Beny (cf. Laisnel de la Salle, t. I, p. 284), un os de taupe placé sous Faisselle gauche préserve des maléfices.