LES OISEAUX SAUVAGES
S I. — GÉNÉRALITÉS
UAND les oiseaux — qu'on nomme en patois oisé et oisiau (au singulier, on prononce comme s'il y avait un h aspiré), ou un xpi^eaity un goê:^o^ au pluriel des hoistaoux^ ou des ga^iaux — font entendre leur cri, on dit qu'ils cuitent (M.) ou cuîqiieni (S.-D.), et l'on entend les mèros dire à leurs enfants : « Écoute les oisiaux qui font cuit ! cuit I »
« Tout oiseau a son langage », disent les paysans, et ils l'interprètent à leur manière... Ils attribuent à chacun de ces chanteurs ailés des phrases qu'ils récitent ou qu'ils modulent, en
imitant leur chant ; mais ils se contentent d'approximations. Presque toutes ces interprétations sont en vers, faiblement rimes, souvent pauvres d'idée; pourtant il en est qui, comme une des formulettes de l'alouette, sont de véritables prières et ne sont pas dépourvues d'une espèce de poésie rustique. D'autres sont moqueuses ou font allusion aux contes dont les oiseaux sont les héros.
Ainsi qu'on le verra ci-aprè^, ils jouent un rôle important dans les légendes et aussi dans la superstition, et l'on tire de leurs manières d'être des pronostics et parfois de véritables augures.
Les oiseaux présagent le temps, et leur altitude est observée par les gens de la campagne. Noël du Fail l'avait déjà constaté en ces termes :
« Les oyseaux... vous monstrent d'aucuns signes futurs, avec autres pronostiqz, que avez de nature et par commune coustume aprins, comme le héron, triste sur le bord de l'eau et ne se mouvant, signifie l'hyver prochain ; l'arondelle volant près de l'eau prédit la pluye, et volant en l'air le beau temps. Le geay, se retirant plus tost que accoustumé, sent l'hyver qui approche. Les grues volans haut sentent le beau temps et serain. Le pivert infailliblement chante devant la pluye. La chouette chantant durant la pluye signifie temps beau et clair. »
(Noël du F.iil, t. I, p. 31, éd. Assézat.)
Le jour de Saint-Joseph est celui où les oiseaux des champs se marient (E.).
Dans les chansons populaires, les petits oiseaux sont souvent cités; les contes les mettent fréquemment en scène. J*ai indiqué à la monographie de chacun les contes où ils figuraient nommément ; en d'autres, ils sont désignés sous le titre général de petits oiseaux ; le rôle qu'on leur prête est presque toujours sympathique.
Dans Rodotnonty ire série, n© XLvm, ce sont eux qui révèlent au mari de Mariton le nom que le diable lui avait fait oublier ; dans Les petits souliers rouges y Liit. orale, p. 224, ils crient à la petite fille :
Tu cuis ton petit frère.
Ce sont eux qui découvrent (Le Taureau bleu, no m) la supercherie de la fille qui s'était coupé les pieds pour entrer dans la petite pantoufle.
Dans un conte de marins inédit, tous les petits oiseaux, en voyant Décampe arriver, se mettent à crier : — Té 1 té I té ! te voilà, Décampe.
L'oiseau bleu qui figure dans le conte de ce nom, i« série, n© xiii, se laisse mettre en cage, et il porte écrit sur ses ailes en lettres d'or : « Celui qui mangera ma tête sera roi ; celui qui mangera mon cœur trouvera tous les matins de l'or sous son oreiller. »
Une variante inédite de ma collection parle
d'un petit oiseau qui avait sur son aile : « Celui qui mangera mon cœur aura tous les matins cecit écus sous son oreiller. »
Dans Li château suspendu dans Us airs (Contes des Marins, n» xvm), le marin, héros du conte, a pour beau-frère le roi des oiseaux, qui lui indique où est le château suspendu dans les airs, et k fait transporter par un aigle vorace.
Dans un autre récit, le prince garde des oiseaux qui ont sur la tête une épingle ; quand on la lear ôte, elles deviennent de belles demoiselles.
Sur les tnuiitioiis relatives axa. oiseaux sauwges, cm peut consulter GubernatÎB, Mythologie ^oologifue^ et Rolland, Les Oittâu»
sauvages.