ITI
(l'oiseau-tonnerre)
Iti est un oiseau gigantesque, qui demeure au pays des mânes avec le gibier émigrant. Il y séjourne tout l'hiver sous terre, à la retombée de la voûte céleste, bien loin, au Pied-du-Ckl, dans l'Ouest Sud-Ouest.
Mais lorsqu'il fait chaud de nouveau, lorsque le gibier ailé revient vers nous à tire d'ailes, vers notre pays accourt Iti, suivi de toutes les âmes ou revenants.
Alors, s'il fait vibrer les plumes de sa queue, nous entendons gronder le tonnerre, et s'il clignotte des yeux, les éclairs de la foudre nous éblouissent, dit-on.
Celui-là est une divinité mauvaise, car elle cause la mort des hommes.
NINTTSI (le vent)
C'est du Pied-du-Ckl que vient le Vent (l'Esprit).
Le vent d'Ouest dit un jour :
— Lorsque les Dènè seront affamés, j'accourrai pour les secourir.
Alors le vent du Sud-Ouest ajouta :
— Et moi donc, lorsque les hommes gèleront de froid, j'accourrai vers eux pour leur venir en aide.
C'est pourquoi le vent du Sud -Ouest souffle du côté du Très-Haut (i), et il est chaud, bienfaisant. Mais le souffle du vent d'Ouest {Tahan) est âpre et affamant. Son haleine mord, car elle est glacée.
(i) Il y a ici contradiction avec ce qui a été dit à la page 112, Ivkfwin, le zénith, désignant le nord et non le sud. Je ne suia pas responsable des contradictions de ces récits.
KUH/JÉ ET KUNHÈ
(la nuit et la PARaUE)
Deux vieillards demeuraient seuls avec leurs deux fils. L'un des deux, étant allé à la chasse au bord de la mer, ne revint pas lorsque la nuit tomba.
— Que fait donc mon fils ! se dit la vieille mère avec angoisse.
Et elle envoya son autre fils à la recherche de son firère.
Celui-ci le trouva. Tous les deux campèrent et demeurèrent dans la forêt pour y passer la nuit ensemble. Ils arrivèrent tous deux chez Kuh/è (Celui qui est ténébreux), et sa femme Kunhè (Celle qui piétine). Kunhè était juchée sur un arbre penché au-dessus de l'eau, et s'y balançait. Son mari était absent.
— Grand'mère, lui dirent les deux frères, nous poursuivions un orignal lorsque la nuit nous a surpris. C'est pourquoi nous nous sommes réfugiés chez toi.
Alors la vieille « Qui piétine » dit :
— Votre grand-père, mon mari, est une Ombre (i) puissante. Toutefois, demeurez ici.
Ce disant, elle saisit leurs têtes sur ses genoux et se mit à dévider leurs chevelures sur ses doigts osseux. Tout à coup, elle repoussa leurs têtes, elle les frappa de sa petite hache et les tua; puis, elle s'en alla chercher l'orignal qu'ils avaient laissé dans la forêt.
Cependant le vieillard, père des deux jeunes gens, s'inquiétait de ne pas voir revenir ses deux fils, et il s'en alla à leur recherche. Il appela le vent à son secours, et le vent accourut, et il venta très fort. De cette sorte, le sentier que Kîinhè avait tracé dans la neige, en allant chercher l'orignal, fut comblé et disparut. La vieille sorcière ne put revenir sur ses pas, elle perdit sa piste et fut obHgée de bivouaquer deux fois hors de sa demeure.
Pendant ce temps, le vieillard avait retrouvé ses fils assassinés ; il avait dormi avec leurs cadavres, et les avait ressuscites par la vertu de sa magie.
(i) Magicien, jongleur, chaniaa.
CHIW (les montagnes)
Au commencement des temps, l'eau ayant fait périr tous les hommes, elle s'éleva au-dessus des plus hautes montagnes ; la terre disparut et des vagues immenses agitaient la mer, qui couvrait tout. C'est pour cela que la chaîne des Montagnes aux Antilochèvres (Montagnes -Rocheuses) ressemble à de grandes vagues entrechoquées.
La chaîne des Montagnes aux Antilopes, qui se déroule à gauche du Naotcha (Mackenzie) jusqu'à la mer glaciale, s'appelle Ttsu-chiw nadéko : les Montagnes des Grands-Pics. Mais celle qui borde la rive droite du fleuve, en s'allongeant au bord de l'eau, s'appelle Tchané ttsu-chiw : les Montagnes du Vieillard (leur Noë).
Ces deux chaînes forment ensemble ce que l'on appelle la Route des Géants.
De l'autre côté du fleuve et au delà de la chaîne des Grands -Pics se déroule une troisième rangée de montagnes que nous appelons
Betta-sitsin nadcmnhay (i), ou la rangée de Bettasitsin.
A cette époque primitive, l'île aux Cariboux (qui est en haut du Grand-Rapide du Mackensie) était une pirogue; c'était le canot de Cehii qui lise Je ciel de sa tête {Ya-na-kfiui-odinia). C'est lui qui l'y a placé et il y est resté intact. Voilà ce que nous entendons dire depuis notre tendre enfance.