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nuit. Vite on se lève, on attise le feu, on produit de la lumière. Et qu’aperçoit-on? Là, sur les cendres, baigné dans son sang, est un gros et beau chien noir que la hache a tué.
Quant à l’Étranger, il ne reparut plus jamais !
— Ah! c'était donc ce chien qui, homme durant le jour et marié à notre sœur, se métamorphosait en chien pendant la nuit! se dirent les frères Dunè. C’est un Ennemi, un Eyunné (revenant, fantôme).
Ainsi pensèrent les deux frères.
Aussitôt, ils chassèrent leur sœur de leur compagnie, parce qu’elle avait dormi avec le chien, le Magicien ennemi, l’'Homme-Chien. Ils furent pour elle sans pitié, afin de ne pas mourir euxmêmes.
Elle s’installa donc loin du pays de ses pères, pleurant et portant dans son sein le fruit de ses amours avec l’'Ennemi-Chien qui l'avait séduite. Elle vécut toute seule dans le désert, à l’orient du territoire dènè, tendant des lacets aux blancs lapins des bois, et des hameçons en os ou en arêtes aux vertes truites des grands lacs.
Ce fut ainsi qu’elle parvint toute seule à pourvoir à sa subsistance.
Cependant la femme Couteau-Jaune accoucha, et mit au monde une portée de six petits chiens. Honteuse de son fruit, mais cependant amou-
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reuse de sa progéniture, elle cacha ses petits dans un #altchieth (1).
Un jour qu’elle était allée, comme de coutume, visiter ses collets à lièvre, elle aperçut, à son retour, sur les cendres tièdes du foyer central, des empreintes de petits pieds nus d’enfants.
— D'où viennent ces pistes humaines ? se dit la pauvre mère. Il n’y a dans ma sacoche que mes petits chiens |.
Le lendemain, étant retournée à ses collets, le même phénomène se renouvela.
— Évidemment, ce sont mes petits qui en agissent ainsi, se dit la Couteau-Jaune. Ils sortent, de jour, pour jouer, et alors ils sont hommes comme leur père. Mais rentrés dans les ténèbres du sac, ils redeviennent chiens. Bien ! je sais ce que je vais faire...
La pauvre mère attacha donc une longue lanière à la coulisse dont l’orifice de la sacoche était garnie, et, la prenant dans sa main lorsqu'elle partit, le lendemain, pour sa course ordinaire, elle dit :
— Ah! mes petits, soyez bien sages, voilà que
(1) Sacoche à coulisse faite avec des peaux de jambes de renne cousues ensemble. Cette peau étant fort dure, ces sacoches servent aussi de traineaux, en hiver, en y adaptant une lanière qui sert à les traîner sur la neige.
maman s'en va quérir des lièvres blancs pour votre repas.
Ce disant, elle partit traînant sa lanière; mais au lieu de s’en aller, elle se blottit derrière un fourré de buissons et attendit, tremblante, que les petits chiens sortissent de leur nid sombre et chaud.
Ce moment ne se fit pas attendre.
Quelques instants après, elle entendit les petits chiens qui s’entre-disaient : « Maman est partie. Sortons et jouons. »
Alors un petit chien mit le nez à l'air, il huma l'air de tous côtés d’un air inquisiteur; puis, se voyant seul, il bondit hors de la sacoche, et, à peine sur le foyer, il devint un beau petit garçon, tout nu. Un autre, puis un autre, suivirent le premier, et les voilà tous les six, petits garçons et petites filles, jouant, dansant et se divertissant autour du feu central de la loge.
Le cœur de la femme Dunè palpitait d'émotion.
— Ah! si je puis les empêcher de rentrer de nouveau dans les ténèbres de la sacoche, se dit-elle, ils seront hommes pour toujours.
Ce disant, elle tira vivement à elle la lanière qui en fermait la coulisse ; mais, avant que l’ouverture du sac eût eu le temps de se resserrer, trois petits enfants y avaient sauté et y étaient redevenus chiens.
Quant aux trois autres, deux petits garçons et une petite fille, ils essayèrent bien aussi de se dérober à la lumière; mais ils demeurèrent hors du sac et conservèrent la nature humaine.
La pauvre femme accourut alors. Elle s’empara de ses trois enfants, elle les couvrit de caresses, elle leur donna de petits vêtements blancs en peaux de lièvre tressées, et les éleva.
Quant aux trois autres, qui s'étaient obstinés à redevenir chiens, elle les détruisit sans pitié.
Les deux frères devinrent très puissants par la vertu de la magie paterneile dont ils avaient hérité. Leur tente était constamment bien pourvue de venaison.
Alors ils pensèrent à aller visiter leurs oncles maternels, et ceux-ci ne les repoussèrent plus, comme ils avaient fait de leur mère, parce qu'ils étaient de bons chasseurs et des hommes redoutables par la magie.
Les deux frères épousèrent ensuite leur sœur et en eurent un grand nombre d’enfants. Et ces enfants, c’est nous-mêmes, donc, nous les Duné, que nos parents maternels nomment L’in-tchanpéb ou Flancs-de-Chiens, en souvenir de notre ancêtre, l'Homme-Chien.
Racontée par Yéfta-nétel, au Grand-Lac des Ours, en avril 1866.
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LE DÉLUGE DES T£A-KWÉLÉ OTTINÈ
Après que Tchapéwi (le vieillard) eut chassé ses deux enfants de sa présence, il se relégua en courroux vers un détroit qui unit deux eaux immenses (mers), vers le Nord.
Là il habita tout seul, fâché et maussade, parce que ses enfants avaient enfreint ses ordres.
Tout à coup l’on entendit gronder l’abime, comme s'il allait monter et s’épancher sur la terre. Une pluie torrentielle tomba du ciel pendant le sommeil du vieillard, et l’eau des mers ayant monté, monté, elle couvrit bientôt cette petite terre.
Alors Tchapéwi ou Etéwékwi, debout sur le détroit, une jambe posée sur l’une et l’autre rive, repêchait avec ses larges mains les animaux et les hommes que les eaux entraînaient et les replaçait sur la terre ferme. Mais l’eau montant toujours, il fabriqua un grand radeau sur lequel il plaça un couple de chaque espèce d’animaux, et il s’en alla à la dérive, sur son radeau, après que l’eau eut recouvert toute la terre.
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