‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 113 sur 160 · APPARITION DE L'HOMME · texte numérisé non relu

APPARITION DE L'HOMME

Au commencement, il n’y avait point d’hommes sur la terre. Alors tout à coup: « Voilà l’homme », dit-on. Quel est celui qui fit cet homme ? Nous autres, nous l’ignorons.

Alors, comme l'hiver approchait, le premier homme (ttathè Dèné) fit quelque chose : des raquettes, sans doute,

— Comment vais-je m'y prendre? pensait-il.

Il n’en savait rien, et toutefois il s’en tira bien.

Ayant coupé du bouleau, il en fit le cadre de ses raquettes ; le lendemain, après les avoir fait

sécher, il les embarra. Le troisième jour, il les acheva en entier, sauf quant à la natte qui devait les recouvrir.

— Hélas ! comment parviendrai-je à les lacer ? se dit-il,

Ça lui était tout à fait impossible, parce que c'était un ouvrage d£ femme, et que de femme il n'avait point.

Il laissa donc ses raquettes dans sa tente, telles quelles, inachevées, et se coucha à bout de courage ; car il n’avait pu trouver le moyen de les natter. La nuit venue, il s’endormit.

Le lendemain, s'étant levé, le premier homme trouva une de ses-raquettes lacée à moitié.

— Qui donc est venu natter mes raquettes, durant mon sommeil ? se dit l’homme.

L ne le devinait pas. Mais il en fut satisfait.

Le soir venu, il se coucha de nouveau, et le lendemain étant arrivé, la raquette était lacée en entier. Alors, ayant levé les yeux vers le faîte de sa loge canique, il vit une gelinatte des neiges qui s’envolait hors de la tente.

— Ah! cest donc cette gelinotte qui en agit ainsi à mon égard, se dit l’homme.

Ayant dormi une sixième nuit, l'ouvrage des raquettes se trouva entièrement achevé, et la gelinotte s’envola de nouveau.

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 349

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parer de cette perdrix, se dit Déné. Donc, le soir venu, il disposa un appareil qui pût obturer l’ouverture supérieure de sa tente, et se coucha.

Le lendemain (septième jour), en s’éveillant, il vit bien Îes raquettes à son côté et la gelinotte qui s’apprêtait à s’envoler;, mais il fit jouer le mécanisme, ferma l'ouverture de la tente, et la perdrix, se trouvant prise, devint une belle et grande femme. Elle était blanche, dit-on, avaït de très longs et beaux cheveux, et était nue. D'abord elle n’était qu’une gelinotte blanche; maintenant elle est femme.

Alors ils se marièrent séance tenante ; îls multiplièrent et engendrèrent beaucoup d'hommes et de femmes. Et ces hommes, c’est nous-mêmes ; car nous sommes évidemment des hommes, des hommes proprement dits et du commencement.

Racontée par l’aveugle Ekounélyel, au Grand-Lac des Esclaves, en mai 1863.

SPP PP PLIS

DÈNÉE (Suite).

Alors tous les hommes étaient contenus dans un seul, et étaient comme un seul homme. Et

celui-là s'appelait Dènè (le terrestre), C’est lui qui donna des noms et des couleurs à tous les animaux de la terre.

Lorsqu'il eut achevé de distribuer à tous le nom et la couleur qui leur convenaient, Dènè avisa un oiseau qui n'avait encore ni nom, ni couleur.

— Eh! dis-donc, toi, oiseau, que veux-tu être ?

L'oiseau répondit :

— Je veux être un bien bel oiseau.

— Eh bien! tu seras ainsi, répondit! Dèné.

— Non, dit l'oiseau, je ne serais pas assez beau.

— Alors, tu seras de la sorte.

— Non, dit encore l'oiseau, cela ne me convient pas.

— Eh bien! tiens, tu seras ainsi.

— Non, dit-il encore.

Cet oïseau continua ainsi à contredire Dènè pendant longtemps, jusqu’à ce qu’il l’eût poussé à bout.

Alors l’homme impatienté fsaisit l’oiseau, le jeta dans le feu et le roula dans les tisons, jusqu’à ce qu’il en devint entièrement noir.

Il en sortit en s’écriant : Kpowa !fkowa ! et c'est pourquoi, de nos jours encore, cet oiseau n’a point de couleur. Nous l’appelons Excrément

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de l'air (Tea-tsan), ou bien Plumes souillées (Ttatsan) (1).

Le corbeau partit donc fâché et jura à l’homme une guerre éternelle. Il s’en éloigna dans le dessein de lui nuire, et, dans son vol, ayant rencontré un étourneau sans méfiance, il le saisit à la gorge, dans sa colère, l’étrangla à demi et se frotta contre lui en tous sens.

C'est pourquoi l’étourneau, quoique ami de l'homme, est tout noir, et qu’il a la voix si aigre.

A cette époque, l’homme vivait sur terre tout comme aujourd’hui. Mais les bêtes conversaient et vivaient avec l’homme et lui obéissaient en tout.

Alors on ne mourait pas, sur la terre. On y vieillissait très longtemps sans mourir.

A la fin cependant, les pieds de l’homme ayant fini par s’user, à force de marcher, il mourut ; et son gosier ayant fini par se percer, à force de manger, il arriva qu’il mourut également.

Depuis lors, on meurt de diverses causes,

Racontée par le mème Indien.

(1) Le corbeau.

ELTCHÉLÉKWIÉ ONNIÉ (L'HISTGIRE DES DEUX FRÈRES )

(Origine des Danè Castors.)

Au commencement des temps, il existait un vieillard qui avait deux fils. Un jour il leur dit :

— Mes enfants, montez dans votre pirogue et partez pour la chasse, car il n’y a plus rien ici à manger.

Les deux fils obéissants s’embarquèrent et partirent aussitôt pour la chasse. Le vieillard -leur dit :.

— Vous allez vous diriger vers l'Ouest, car là se trouve votre première patrie, et là seulement vous vivrez heureux.

Ils partirent donc.

Dès la quatrième journée de marche, ils parvinrent à une chute d’eau appelée Elisin mathélin ou le Gouffre tournoyant. Là ils capturèrent des outardeaux ; mais, le soir venu, ils ne surent pas où ils étaient et s’égarèrent tout de bon.

Le lendemain et les jours suivants, les deux frères ne furent pas plus avancés. Cependant ils avaient mangé leurs pétites outardes, et s’avan-

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 353

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crent le long des rivages déserts et abruptes du grand Lac des Esclaves, au bord duquel ils découvrirent une montagne nommée Déné-chethyasè : la montagne qui contient des hommes.

-— Mon frère aîné, dit le plus jeune des jeunes gens à son frère, ce pays ne ressemble nullement au nôtre. Où nous trouvons-nous donc, penses-tu ?

— Hélas! mon cadet, reprit l’aîné, je ne le sais pas plus que toi; mais ne te trouble point, marchons toujours.

Tout à coup les deux frères entendirent des voix souterraines, des voix d'hommes géants (Olchopé), qui demeuraient sur ce rivage septentrional du Grand-Lac. Devant la montagne, un petit géant et sa sœur jouaient ensemble. Cette montagne conique était leur tente.

— Oh! quels petits hommes! s’écrièrent-ils pleins de joie, en apercevant les deux frères Dènè.

Ils coururent à eux, ils les prirent dans leurs mains, ils les déposèrent dans leurs mitaines, conime de petits oiseaux tombés du nid que l'en veut réchauffer, et les portèrent ainsi à leurs parents.

— Voyez, père, mère, quels petits bouts d'hommes nous venons de trouver sur le rivage, dirent-ils en riant.

— Ne vous moquez pas d’eux, fit le géant père, qui était un fort brave homme. Mes enfants, ajouta-t-il en s'adressant aux deux frères, demeurez avec nous, on ne vous fera aucun mal.

Ce disant, il leur servit à manger à chacun un œil de truite, d’une truite géante.

Les petits Dènè demeurèrent donc à Dénécheth-yapé, sur la côte nord du Grand Lac des Esclaves. Ils allaient visiter les hameçons et les filets de pêche, en compagnie des enfants du géant, et ne manquèrent de rien.

Mais ils finirent par se lasser de cette vie aisée et facile, et demandèrent à poursuivre leur route.

— Volontiers, dit le géant.

Il leur fit faire un pémikan de poisson, et leur donna à chacun deux flèches.

— Avec cette flèche mâle, vous tuerez l’orignal mâle, leur dit-il; et avec cette flèche femelle vous poursuivrez la femelle. Ces deux flèches sont très puissantes. Elles reviennent d’elles-mêmes ap.ès qu’on les a tirées; ne courez donc pas pour les reprendre, car il vous arriverait malheur. Je vous le défends absolument.

Les deux frères promirent tout et partirent.

A leur départ, le bon géant leur indiqua le Couchant comme étant le point de l'horizon où se trouvait leur patrie primitive, et leur conseilla de se diriger de ce côté.” |

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 355

Peu après leur départ de chez le bon géant, le plus jeune des deux frères avisa un écureuil perché sur un gros sapin, et lui décocha une de ses flèches. Puis aussitôt il courut à elle pour la reprendre.

— Ah! mon frère cadet, prends garde; ne la saisis point, s’écria l’aîné. Tu sais qu’on nous l’a défendu. C’est bien mal, pense-t-on, de désobéir.

Mais le cadet s’obstina.

— Elle est à ma portée, cria-t-il à son frère, je puis l’atteindre.

Il tendit donc le bras pour la saisir, mais elle monta plus haut, à la suite de l’écureuil, qui se moquait du chasseur.

— Ah ! voilà que je la tiens ! s’écria-t-il d’un air triomphant.

Mais elle, échappant, montait encore, montait toujours. À la fin, le jeune homme saisit la flèche. Mais aussitôt elle partit comme un éclair et s’élança rapide vers le ciel, entraînant après elle le malheureux frère cadet. La flèche l’introduisit au ciel.

Là-haut est une terre supérieure en tout semblable à celle que nous habitons. Quand le jeune homme y arriva, il la trouva couverte de frimas, et, sur cette neige, il aperçut une quantité prodigieuse de pas d’animaux de toute sorte dont la chair est comestible.

Il vit là aussi un grand chemin blanc, large, planté d’arbres portant des fruits et de poteaux indicateurs. Sur ie chemin, une paire de raquettes toutes neuves étaient plantées dans la neige et paraissaient l’attendre.

Le frère cadet, emporté loin de sa patrie par sa désobéissance, chaussa ces raquettes, et suivit le sentier blanc. Il arriva ainsi à une tente immense dans laquelle il trouva trois femmes qui lui donnèrent l’hospitalité.

La plus vieille, mère des deux autres, lui dit en secret :

— Mon gendre, je t’avertis que mes filles sont méchantes. Elles trompent les humains. Méfiet-en donc. Ne couche point avec elles et ne les règarde pas même dormir.

Ce disant et pour prévenir toute liaison entre ce jeune homme, qu’elle trouvait beau, et ses filles, la vieille lui noircit entièrement le visage avec du charbon, de crainte qu’il ne fût aimé d’elles.

Sur le soir, les deux filles célestes arrivèrent de la chasse, car c’étaient des amazones chasseresses. L’une s’appelait : Sein plein de belettes (Delkpaylé-tta-naltay); la plus jeune : Sein plein de souris (Dluné-tta-naltay).

Dés qu’elles virent le négrillon qui était assis dans la tente maternelle, elles ne purent s’em-

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 357

pêcher d’en rire aux éclats, et se moquèrent de lui.

La vieille triomphait. Mais le lendemain, le jeune homme, piqué au vif, s'étant lavé le visage et les mains, il apparut si beau aux deux sœurs, que toutes deux s’écrièrent simultanément :

— Je veux lavoir ! je veux l’avoir! Il sera à moi |

En vain la vieille s’opposa-t-elle à leur union, les deux filles se jetèrent sur le beau jeune homme, l’entraînèrent sur leur couche et le firent dormir entre elles.

Mais ils n’eurent pas plus tôt passé une nuit ensemble, malgré la défense maternelle, qu’un abime s’entr’ouvrit sous le jeune homme, et qu’il fut englouti vivant dans le sein de la terre d’en haut.

— Naril (pauvre malheureux!) s’écria la vieille quand elle l’eut vu disparaître. Voilà encore un bel homme que vous me ravissez, méchantes |

Cependant un loup énorme survint, qui, sentant de la chair humaine au lieu où gisait le jeune coupable, se mit 4 creuser la terre de ses ongles puissants. À force de creuser, il dégagea l’homme, qui sortit enfin de sa sépulture horrible. Il attendit, sur le sentier blanc, Sein plein de souris. Il voulait se venger d’elle, mais il ne put la tuer, car

elle était immortelle. Alors il lui déchira ses vêtements, il la mit en lambeaux, et toutes les souris, les rats, les taupes, les serpents, les vers et autres bêtes malfaisantes, qui étaient enfermées dans son sein, en sortirent et se répandirent sur la terre, où elles ont habité jusqu’à ce jour. C’est depuis lors qu’il y a sur la terre tant de maux (Jay), de maladies (tata), de famine (dan), de jeûne forcé (étichiérs), la mort (edzil”) et le froid (klu). Tout cela nous est venu par la désobéissance du jeune homme et la malice de la femme.

C’est pourquoi nous tuons toutes les souris (klu), les taupes (dan), les capricornes (uë), les bêtes malfaisantes (éfichiéri), qui ont causé le malheur de l’homme.

Alors la vieille femme, qui habitait sous la grande tente, dit au beau jeune homme :

— Viens-t-en, fie-toi à moi, à la fin. Je vaiste procurer le moyen de retourner dans la terre d’où tu es venu. Je connais un endroit, sur cette terre supérieure, où il y a un orifice d’où l’on voit la terre d’en bas. Je vais te faire descendre par cette ouverture.

Ce disant, la vieille découpa des peaux d’élans en lanières et en fit une longue corde, à l’extrémité de laquelle elle lia le jeune homme sous les aisselles. Puis elle le descendit par le trou béant. |

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 359

— Aussitôt que tu sentiras la terre sous tes pieds, lui dit-elle, lâche la corde.

La vieille descendit donc ie jeune Déné par le trou, et il descendit longtemps, car la distance était grande et la corde fort longue.

À la fin, son pied sentit un obstacle :

— J'arrive à terre, pensa-t-il.

Il lâcha donc la lanière, qui, en un clin d’œil, remonta vers le ciel, ct il se vit, où? Dans l'aire d'Orelpale (la Blancheur), aigle immense qui se nourrissait de chair humaine.

Tout autour de Dènè, dans le nid gigantesque de l’aigle mangeur d'hommes, il ne vit que des crânes et des ossements humains.

Il regarda en bas, mais il aperçut avec effroi qu’il était loin, bien loin de la terre habitable.

Heureusement que le petit de l’aigle eut compassion de l’homme.

— Il fait pitié, se dit-il; il est si jeune! Cachetoi sous mes ailes, beau-frère, dit-il au jeung homme. Et si tu vois que le jour se fait, c’est que mon père, l'aigle géant, arrive au nid. Mais si la nuit survient, alors c’est un indice que ma mère arrive.

Tout à coup, Déné, entendant un grand bruit d'ailes, alla se réfugier sous les ailes de l’aiglon. Aussitôt le jour se fit, et l’aigle mäle rentra au nid.

— Ah! ça sent bien la chair fraîche ! dit-il en flairant de tous côtés.

— Est-ce étonnant, dit l’aiglon, alors que tu m'apportes tous les jours de la chair humaine à dévorer ?

Orelpale, le père, s’en alla, et Dénè reprit un peu d'assurance. Un instant après, le bruit du tonnerre se renouvela, la nuit se fit, et Orelpale femelle entra au nid avec des débris humains dans ses serres (1).

— Comme cela sent la chair fraîche ! s’écriat-elle en flairant d’un air inquisiteur.

(:) Cet apologue rappelle ce que Rab Béchaï dit, dans le Talmud, sur le chapitre xxx1v du Deutéronome, à savoir comment Moise pouvait distinguer le jour de la nuit, lorsqu'il était avec Dieu sur le Sinaï.

« Quand Dieu, dit-il, lui enseignait la Ie. écrite, il reconnaissait qu’il faisait jour; mais quard Il lui apprenait la loi orale, aussitôt la nuit arrivait. » Ce qui, entre parenthèses, n’est point en faveur de la tradition orale.

À un autre point de vue, nous avons dans cette triade aquiléenne la parité ou l'équivalent de la trinité hébraïque et punique :

Reschith, le père divin,

Jah ou Mem-Ra, le fils ou verbe divin, formateur du monde,

Rouch, l'esprit divin, qui couve les eaux primordiales et l’œuf universel. Il est dit du sexe féminin, du moins quant à ses attributions, puisqu’un esprit n’a pas de sexe.

(D'après P, Nommès, Mélanges sur la Kabbale, p. 77.)

C'est cette troisième personne de Jahowah qui a, sans doute, inspiré le Roch ou aigle gigantesque des Arabes, que nous retrouvons dans les légendes dèné. De même, Jah, le créateur divin,

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 361

— Allons, mère, est-ce étonnant, alors que tu m'en apportes toi-même ? répartit l’aiglon.

L’aigle femelle s’en alla à son tour.

Cela ne pouvait durer longtemps ainsi. Orelpale finit par s’apercevoir qu’il y avait un mortel vivant dans son aire. Il en fut courroucé, il voulut tuer l’homme téméraire qui venait le braver jusque chez lui.

Alors laiglon se jeta entre son père et l’homme.

— Si vous le tuez, s’écria-t-il, je me précinite aussitôt de mon nid sur la terre.

De crainte de causer la mort de son fils, l'aigle père consentit à laisser vivre celui-ci.

Alors l’aiglon dit à l’homme :

— Tune peux toujours vivre ici. Mon père pourrait te surprendre et te tuer à mon escient. Tiens, prends ces plumes de mes ailes, adapteles à ton corps, et essaye de voler autour de mon nid. Si tu parviens à en faire trois fois le tour, tu es sauvé, et tu pourras voler jusqu’à ta patrie.

se retrouve dans le Jao des Grecs, le Jahyah des Syriens, le Yao des Chinois, le Jhoïho des Taïtiens, le Janus des Étrusques, le Jol des Phéniciens, le Jehl des Kolloches, ctc.

La trinité punique était :

Baal Hamn,on, le Brûlant, Jo!, le dieu fils créateur, et Thanith, la déesse mère.

Le jeune homme s’ajusta donc, aux bras et aux jambes, les plumes de l’oiseau-tonnerre, et essaya de voler. La première fois qu’il s’élança, il tomba et se fit grand mal.

Mais l’aiglon le reprenait.

— Fais donc comme ceci, et comme cela, lui disait-il.

Et peu à peu il lui apprenait à voler en le soutenant de ses ailes. A la fin, l’homme y parvint, aidé de l’aiglon; il put faire une fois, deux fois, et enfin trois fois le tour de l’aire; et aussitôt il s’envola vers la terre, au moyen des plumes de Paiglon charitable. C’est la fin.

Racontée par Pacôme Æksay-khçaa, dit Baughen,

Dëné Couteau-Jaune-Castor du Grand-Lac des Esclaves, en juillet 1863.

ELTCHÉLÉKWIÉ ONNIÉ (Suite.)

La légende intéressante que je viens de traduire ci-dessus présente une variante très forte, chez les Tchippewayans du lac Athabasca, où le KR. P. Faraud la recueillit. Je la transcris ici littéralement et

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cela, lui

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parvint, eux fois, ussitôt il lumes de

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traduire chez les

DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 363

dans sa simplicité primitive, c’est-à-dire en retranchant du récit de ce missionnaire, depuis évêque d’Anemours î# partibus infidelium, tout ce qui s’y trouve de conforme au récit précédent. C’est la Genèse des Danë ou Castors.

La divergence entre ces deux versions, celle du grand lac des Esclaves, et celle du lac Athabasca, commence à l’endroit de la disparition du jeune téméraire dans les entrailles de la terre, après qu’il eut enfreint l’ordre de la vieille Parque, en dormant avec les deux plus jeunes.

Dans cette seconde version, les deux sœurs ne sont plus que de simples mortelles qui, comme les deux frères, voyagent sous l’œil et la protection de l’invisible Providence.

Je commence :

Quand, le lendemain, Sein plein de belettes et Sein plein de souris s’aperçurent de la disparition de leur hôte, elles pleurèrent et se lamentèrent beaucoup.

— Allons à sa recherche, se dirent-elles.

Aussitôt elles et leur mère s’élancèrent au dehors. Elles ne savaient ce que le jeune homme était devenu.

Tout à coup, elles aperçurent un monstre, un géant à figure humaine, mais n’ayant qu’un œil au milieu du front, qui creusait la terre avec ses griffes d’ours. Il n'avait qu'un bras et qu’une

jambe, et sa bouche courait d’une oreille à l’autre.

Les trois femmes conçurent une crainte affreuse et se cachèrent pour épier ce qui allait arriver. Elles virent le cyclope déterrer le jeune homme avec ses griffes, puis se disposer à le dévorer dans sa loge. C'était Edzil’ (la mort).

Le jeune homme n’était pas mort, il n’était qu'évanoui; aussi, quand il fut en plein air, il reprit ses sens, et, apercevant le cyclope, il poussa un cri d’effroi.

— Ne le tuez pas, dirent les deux sœurs à la Mort.

— Je ne le tuerai pas, si l’une de vous deux consent à m’épouser, répartit Edzi! ou la Mort.

Comme elles hésitaient, la Mort s’apprêtait à dévorer sa proie, lorsqu'un aigle gigantesque nommé Orelpalé (la Candeur, l’Immense, Celui qui s'étend au loin) se précipita sur le cyclope, l’enleva dans ses serres puissantes et repartit avec lui.

— Le bon Esprit vient de nous sauver. Que lui offrirons-nous? s’écrièrent les trois femmes.

Au même moment, elles virent un épervier qui poursuivait un malheureux roitelet.

— Tuez l’épervier ! dit la vieille.

Aussitôt le jeune homme lui décocha une flèche, et, par la mort de l’épervier, sauva Le petit oiseau.

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: flèche, oiseau.

DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 365

Étant partis de ce lieu, ils se mirent tous quatre à cheminer à l’aventure, et arrivèrent vers une grande tente dans laquelle ils pénétrèrent.

Ils y trouvèrent un petit enfant endormi.

—- Petit enfant, dit la vieille, où sont tes parents ?

Le petit, s’éveillant, indiqua l'Orient, et dit :

— Ils sont là-bas.

Puis il se rendormit.

— Petit enfant, dit le jeune homme, dis-moi où est mon pays ?

Le petit enfant indiqua le Couchant, et dit :

— Là-bas.

Puis il se rendormit.

— Petit enfant, dirent les deux sœurs, où est le bon Esprit, notre protecteur ?

Le petit enfant leva ses bras au ciel et dit :

— Là-haut.

Puis il se rendormit.

— C’est merveilleux, dit la vieille ; mais il ne faut pas chercher à comprendre.

Étant partis de là, ils virent un peu plus loin un vieillard qui venait à eux. C'était le père du petit enfant endormi. Il remit, lui aussi, deux fèches magiques au jeune Dènë, et lui défendit en même temps de les laisser manipuler et même toucher par les jeunes filles.

— Pourquoi cela ? demanda le jeune chasseur.

— Il ne faut jamais demander le pourquoi, répondit le vieillard.

Ils partirent de là, et le frère cadet tua beaucoup d'animaux de venaison, au moyen de ses flèches magiques, dont l’une était mâle et la seconde femelle. Et les jeunes filles ne touchaient pas aux flèches. Mais un jour elles se levèrent de grand matin, et, ayant aperçu un élan, elles voulurent se servir des flèches du jeune homme pour tuer l’animal. Elles les eurent à peine touchées qu’elles furent ensevelies vivantes dans le sein de la terre, et se trouvèrent tout à coup dans une grotte souterraine, qu’elles reconnurent pour l'aire de l’oiseau-tonnerre Orelpalé, l’aigle géant et le bon génie.

Celui-ci saisit les deux filles dans ses serres et les emporta au loin pour les déposer sur une plage déserte et sablonneuse, non loin de la demeure des géants, où il les laissa endormies.

Cette disparition causa tant de chagrin à la vieille mière des deux filles qu’elle en mourut; mais, en mourant, elle prédit au jeune homme qu’il épouserait Sein-plein-de-souris, et qu’il retrouverait un jour son frère aîné qui deviendrait Je mari de l’autre fille, Sein-plein-debelettes.

Elle leur recommanda de marcher toujours vers l’Occident, parce que c'était en ce lieu que

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 367

se trouvait leur patrie première et le pays promis, une belle contrée couverte de grands arbres, et située au bord et à l'extrémité d’une mer occidentale.

Le jeune garçon fendit un gros sapin, le creusa, y plaça le corps de la vieille, puis il replanta le tronc d’arbre, à la manière de ses ancètres. Il se coucha ensuite fort triste, car il était entièrement seul au monde.

À peine Dènè était-il couché qu’il vit s’abattre à ses côtés un oiseau énorme, qui se posa là avec un bruit d’ailes formidable.

— Ne t'effraye pas, lui dit l'aigle géant. Je suis le fils d’Orelpalé, le bon Esprit, et j'accours pour te sauver de la mort. Voilà que je vais te conduire «lans ta patrie, un beau pays élevé, où il y a beaucoup de neige, et d’arbres, et d’élans et de rennes, et de castors gras. Mais n’oublie pas cet ordre : « Lorsque tu y seras arrivé et que tu l’habiteras, ne quitte jamais la tente pendant la puit, et ne chasse le castor que lorsque le soleil sera levé. »

— Pourquoi cet ordre? demanda le jeune homme.

— Il ne faut jamais demander pourquoi à l’Esptit, répliqua l’aiglon.

Ce disant, il continua :

— Place-toi sous mes ailes, et tiens-toi bien.

Le jeune Dënè ayant obéi, Orelpalé s’éleva dans les airs, plana un instant; puis, avec le bruit et la rapidité de la foudre, il plongea dans les entrailles de la terre céleste, la traversa, atteignit cette terre d’ici-bas et s’en vint déposer l’homme sur le sol que nous habitons.

— Maintenant, lui dit-il, dirige-toi vers le lieu où le soleil se couche jusqu’à ce que tu rencontres une grande eau; prends ce morceau de bois, place-le sur l’eau et il deviendra pirogue. Puis, attends les ordres d’en haut.

Ayant ainsi parlé, le fils de l’Esprit bon disparut.

Cependant les deux sœurs avaient été recueillies par les bons géants, de la même manière qu'ils avaient accueilli les deux frères, au commencement.

Un jour le géant père leur dit :

— Mes filles, il faut cependant que vous songiez à partir d'ici. Marchez donc vers le Couchant, là est votre patrie. Voyez-vous ce cygne qui plane dans les airs? C’est l'esprit de votre mère qui est morte. Suivez-le, il vous indiquera le chemin.

Les deux sœurs partirent; mais comme elles étaient toutes nues, le bon géant leur donna à chacune une peau de renard afin qu’elles couvrissent leur nudité, plus quelques poissons secs pour provisions de routé.

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