‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 114 sur 160 · pe ie · texte numérisé non relu

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Au bout de dix jours de marche, elles atteignirent le grand lac (ou mer) dont on leur avait parlé, et demeurèrent en ce lieu.

De son côté, le frère aîné, depuis que son imprudent cadet avait été emporté par la flèche magique, s'était toujours, lui aussi, dirigé vers l'Occident, et il avait atteint le rivage du même grand lac, le même jour où le fils d’Orelpalé y déposait le corps endormi de son cadet, muni de la pièce de bois qui devait se changer en canot.

Les deux frères se rencontrèrent et se reconnurent avec bonheur. L’aîné était toujours muni de son pémikan, lequel n’avait pas diminué depuis le jour que le géant le lui avait donné; parce qu'il ne le mangeait jamais en entier, et qu’il lui laissait toujours le temps de repousser. Le cadet avait sa pirogue etses deux flèches magiques, don de l'aigle protecteur Orelpalé.

Tout à coup, à l’extrémité de la grève, ils virent surgir les deux sœurs, Sein-plein-de-belettes et Sein-plein-de-souris, qui arrivaient à eux toutes joyeuses. Le frère cadet présenta à son aîné ces deux femmes célestes. Les deux couples s’embrassèrent en pleurant de bonheur. Puis le bois fut déposé sur l’eau et métamorphosé en pirogue, et les deux couples de jeunes époux y prirent place, en même temps que le beau cygne, esprit de la vieille Parque, les guidait de son vol.

Ils traversèrent ainsi la Grande-Eau, et abordèrent à la terre qu’on leur avait promise, après avoir passé quatre jours et quatre nuits sur l’eau sans voir de terre. Leflieu où ils accostèrent était un vert et riant rivage. Ils{y prirent terre avec des cris de joie et d’allégresse.

En ce même moment, Orelpalé père {etifils apparurent dans les airs. Les deux couples rémerciérent avec effusion leursgénies protecteurs. Peu après, le même vieillard qui avait donné les secondes flèches magiques au frère cadet se montra à son tour, accompagné . de fsoni fils, le petit enfant qui dormait. Ce vieillard dit aux deux frères Denè :

— Mes enfants, je vais vous? apprendre qui vous êtes. Vous êtes les derniers’ descendants d’un grand peuple venu de l'Orient, qui obéit longtemps aux ordres du Puissant-Bon, mais qui, par la suite, l’oublia et s’abandonna auf génie du mal, Edzir.

L'Esprit bon les abandonnaïfàf eux-mêmes, car ils étaient devenus si méchants’ qu’ils se dévoraient les uns les autres.

Une seule famille avait conservé intactes les bonnes coutumes des temps jadis. C'était la famille de votre grand-père. Demeuré seul; avec vous, ses petits-fils, le bon® Esprit Orelpalé lui avait dit :

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— Quitte ton pays et va-t’-en au loin dans la terre étrangère.

Votre grand-père se leva, il vous prit dans ses bras, et, quittant ses parents anthropophages, il s’en alla camper au bord d’un grand fleuve.

Plus tard, l’Aigle gigantesque Orelpalé lui apparut encore et lui dit :

— Aussitôt que tu seras mort, j'abandonnerai tout à fait le pays où tu demeures, à cause de ses habitants; ordonne donc à tes petits-fils de le quitter et d’errer à l’aventure jusqu’à ce que je les conduise dans la belle terre que je leur ai promise. Ils y seront les fondateurs d’une nation nouvelle.

Le vieillard, votre grand-père, fidèle aux ordres du Grand-Esprit bon, vous commanda donc de quitter votre pays et de vous diriger vers l’Occident, jusqu’à ce que vous eussiez atteint les plages de la mer. Vous en souvenez-vous, mes enfants ?

— Oui, oui, grand-père, répondirent-ils. Nous nous en souvenons.

Le bon vieillard dit alors aux deux sœurs :

— Quant à vous, vous êtes les derniers descendants d’une autre nation, qui, à son début, fut également fidèle au bon Esprit, mais qui bientôt après l’abandonna pour suivre l’enseignement du mauvais Esprit qui gouvernait les peuples anthropophages.

Le Mauvais les détruisit entièrement, à l’exception de votre famille, qui s’était conservée pure.

Elle s'enfuit sur une montagne où elle échappa au feu qui dévora les autres, et où elle demeura. C'était votre mère et vous, mes deux filles.

Le grand Esprit avait prédit à votre mère que vous trouveriez un époux, bien que vous fussiez seules dans votre pays. Le fait vient de s’accomplir. .

Toi, ajouta-t-il en s'adressant au frère aîné, prends pour femme Sein-plein-de-belettes, et habite cette partie de la forêt. Toi, dit-il au cadet, tu auras pour épouse Sein-plein-de-souris, et tu chasseras dans cette partie du pays. Allez maintenant, chassez et multipliez-vous.

Ainsi parla le vieillard céleste, puis il disparut, et l’on ne le revit jamais plus. Quant au beau cygne, il poussa un cri de joie en voyant le bonheur de celles dont il avait été la mère, puis il disparut dans la nue.

Or, nous sommes les descendants de ces deux couples-là, nous, les premiers hommes (tfathé danèé); car c’est là notre histoire.

C’est la fin.

Racontée au lac Athabasca, par Dénédévouxié, au R.-P. Faraud, en 1859 (?); confirmée et modifiée, en 1880, par Aiexis Enna-azé, à E, Petitot.

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