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Khé

DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 391

MÊME LÉGENDE

(Version des Tchippewayans du lac Athabasca.)

Il fut un temps où le Puissant-Bon, mécontent des hommes, leur retira tous les rennes ou cariboux.

Les Dènè s’en revenaient donc tristement des bords de la mer glaciale, et s’en allaient chercher fortune sur une terre nouvelle, lorsqu'une vieille femme qui les suivait péniblement de loin, ayant remué avec son pied des crottins de rennes, s’entendit tout à coup appeler du milieu de cette bouse par une voix enfantine.

La voix disait :

— Grand’mère, je viens pour faire du bien aux Dènè fhommes); mais je suis tout petit.

Veux-tu prendre soin de moi ?

La vieille regarda, et aperçut un fœtus vivant, long comme le pouce. Elle eut pitié de lui. Elle le prit et lui promit d’en avoir le plus grand soin. Puis, réfléchissant qu’elle n’avait elle-même rien à manger, elle dit à l’enfant :

— Je te promets, petit, de te garantir du froid,

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Mais comment te ferai-je manger? Je n’ai rien moi-même !…

— Je suffirai moi-même à nos besoins, rcpondit l'enfant. Je ne demande qu’à rester avec toi.

Le soir venu, on dressa les tentes, et l’enfant, qui était seul avec sa grand’mére, lui fit cette confidence :

— Je viens pour faire du bien aux Dènè. Je ramènerai l'abondance parmi eux. Seulement, j'exige qu’ils me payent un tribut. Ils me donneront toutes les langues des rennes qu’ils tueront. S'ils sont fidèles, je resterai longtemps parmi eux, et ils ne manqueront de rien. Va, et répèteleur mes paroles.

La grand’mère alla de suite trouver les Dent, et leur répéta ce que l'enfant avait dit. Tous consentirent à payer let:'but, et dès le lendemain les rennes reparurent.

L'enfant restait avec sa mère-grand, et il fut appelé Bé-tsun-Yénelchian. En peu de temps, ii avait grandi et était devenu long comme Île bras.

Chaque jour, l'enfant sortait seul, et s’en allait dans la forêt, et chaque soir, en rentrant, il disait à la vieille femme :

— Où sont mes langues ?

Pendant un certain temps, les Dènè furent

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 393

fidèles à payer le tribut; mais enfin l’abondance

affaiblissant la reconnaissance, ils n’apportaient

plus que quelques langues à l’enfant, devenu grand comme les autres hommes de la tribu. Ce

que voyant, Bé-tsun-Yénelchian dit à la grand’-

mère :

— Tu vois, grand'mère, c’est toujours la même histoire du temps passé, l'abondance nuit ; on m'oublie ;arce que l’on est trop bien. Je ne puis plus demeurer avec ce peuple, et si le tribut n’est pas payé rigoureusement, je l’abandonnerai.

Plusieurs années s’écoulèrent, et enfin le tribut, qui allait toujours en diminuant, était réduit à cinq ou six langues. Bé-{sun-Yènelchian dit alors à sa grand’mère :

— C’en est fait, je pars. Je n’abandonnerai pas tout à fait les Dènè; mais je leur ferai sentir leur ingratitude.

La grand’mèrc voulut s'opposer à son départ.

Elle le supplia même de ne pas abandonner sa nation.

— C'en est fait, répéta-t-il. Suis-moi, si tu le peux. Je rs.

Il partit en effet. La grand’mère, qui l’aimait beaucoup, tenta de le suivre; mais comme elle était bien vieille, elle bronchait à chaque pas, et enfin elle fut obligée de s'arrêter,

— Sois tranquille, grand’mère, lui répéta l’enfant une dernière fois. Je n’abandonnerai pas entièrement les Dënè, mes frères.

Il la quitta. Bientôt il disparut du côté de la mer glacée et s’en alla habiter parmi les bœufs musqués qu’il rendit dociles à sa voix. Quand il fut las de vivre, il s’incarna dans ces paisibles animaux et leur donna, en récompense de leur docilité, l'intelligence de la parole humaine.

Lorsqu'une grande disette (ét/chiéri) se fait sentir parmi les Tchippewayans, ils se dirigent vers les côtes inhospitalières de la mer glaciale, et ils y appellent les bœufs musqués (éfchiéré). Ces animaux entendent leurs voix et se rendent docilement à leurs appels. Alors les Dènè se contentent d’en tuer quelques-uns pour apaiser leur faim, et laissent partir les autres en paix.

— N'est-ce pas le fils da Dieu qui est allé habiter parmi eux et qui leur donne cette intelligence ? C’est la fin.

Racontée en 1859, à Athabasca, au R.-P, Faraud, par Dénédégouxyé.

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 395

MÊME LÉGENDE

(Version des Mangeurs-de-Carivoux de la baie d'Hudson, fleuve Churchiil.)

Une jeune fille trouva un petit enfant, dans le pays des Cariboux (Yufhen). Il était couché dans un peu de mousse, au bord d’un fleuve (Nilin).

Cette fille, abandonnée elle-même par des parents barbares, ramassa l'enfant, l’enveloppa d'une peau de renne, et résolut de lui sauver la vie.

Tous deux vivaient bien misérablement, ne se nourrissant que de racines et de fruits dont elle exprimait le jus dans la bouche du pauvre petit. Aussi l’enfant ne grandissait pas, et la fille disait :

— Si du moins il pouvait grandir vite, il aurait soin de moi quand je serai vieille.

Elle ne savait pas que ce petit enfant était un magicien puissant.

Un jour qu’elle pleurait amèrement, n'ayant rien à manger, l’enfant, qui n'avait jamais fait que balbutier, lui adressa la parole en ces termes :

— mms

— Ne te lamente pas. Je sais où il y a du poisson. Tu as été bonne pour moi; je le serai aussi pour toi.

Surprise d’entendre parler son nourrisson, la jeune fille le regarda, et elle crut voir la peau de renne qui le couvrait briller comme une flamme, tandis qu’une autre flamme entourait sa tête.

— Écoute, continua l'enfant, bientôt les Dèné seront heureux plus que jamais; les rennes, obéissant à leur voix, viendront d'eux-mêmes se faire tuer et ne chercheront plus à fuir.

Quelques saisons s’écoulèrent ainsi, et l'enfant demeurait de taille exiguë; mais la jeune fill n’était plus misérable. Il lui découvrait le poisson lors même qu’il se tenait caché sous la glace.

Un jour, l’enfant eut le désir d’aller se divertir dans la forêt. Elle lui chaussa ses petites raquettes, et il partit sans dire où il se rendait.

Le soir venu, il ne reparut pas. La pauvre fille, voyant la nuit venue, se mit à pleurer et à se lamenter sur son malheureux sort, croyant son fils adoptif mort de froid ou égaré, lorsque tout à coup celui qu’elle croyait perdu se trouva à ses côtés et déposa à ses pieds une grande quantité de langues de renne.

| Au même instant, la forêt fut tout illuminée; car le monde accourait au-devant de Bé-tsuné-Yé-

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DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 397

nelchian avec des torches en main, faites de branches de sapin fendues, afin de le féliciter de l'heureux succès de sa chasse, et de lui rendre hommage.

Alors l’Enfant-Puissant, étant monté au sommet d’une butte rocailleuse, dit aux Dénè qui l’entouraient :

— Je ne vivrai plus longtemps désormais.

Puis, se tournant vers sa bienfaitrice :

— Dorénavant, lui dit-il, les Dènè s’adresseront à moi dans leurs besoins. C’est toi que je charge de leur faire connaître mes volontés. Quiconque s'adressera à moi obtiendra mon secours, et je lui enverrai des rennes, afin qu'il vive dans l'abondance.

A peine Bé-tsuné-Yénelchian eut-il fini de parler, qu'on entendit un grand bruit dans la forît.

— Allons, dit-il, le moment est venu. Un grand peuple m'attend au détour du Grand-Lac. Il vient me chercher pour me conduire en des lieux que vous ignorez, Partons.

La jeune fille éplorée suivit son petit compagnon. Arrivés au détour du lac Athabasca, elle aperçut une multitude d’ours (Sas), de toutes couleurs, noirs, gris, blancs et fauves qui s'empressèrent de rendre hommage à l’Enfant- Puissant.

Alors, jetant un dernier et affectueux regard sur

sa compagne bien-aimée pour lui dire adieu, Bé-tsuné-Yénelchian s’avança hardiment au milieu des ours et s’incorpora à eux. On ne le revit plus jamais.

Mais jadis, dans notre, jeune temps, nous n'allions jamais à la chasse sans invoquer cet Enfant de bénédictions.

Maintenant on peut le voir dans la lune où nous l’appelons Ya-tpèth-nanttay : Celui qui est venu en traversant le ciel.

Racontée par le même Dénédégouxyé.

OLTSIN-TPÉDH (OPÉRANT-BATON)

Légende Couteau-Jaune.

Oltsin-tpédh : Celui qui opère par la baguette, était un magicien puissant. Il faisait des prodiges au moyen d’un bâton, et c’est de là que lui vient son nom.

Un jour, le Grand Ennemi lui enleva ses deux SŒœurse

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— Tu n'es pas un homme, lui dit-on, puisque tu te laisses ravir tes parents.

Alors il s’irrita contre celui qui l’invectivait, il le frappa, et, sans le vouloir, il le tua.

Après ce malheureux coup, il se leva et dit :

— Il faut cependant que je délivre mes deux sœurs.

Aussitôt il partit, accompagné de son frère, pour se mettre à leur recherche.

Comme ils cherchaient chacun de leur côté, ils convinrent d’un signal pour se retrouver; car ils vivaient parmi leurs ennemis, les Eyunnè (fantômes, fous, femmes publiques). Oltsin-tpèdh suspendit donc une crécelle à la cime d’un arbre, afin :, le vent l’agitant, elle fût entendue des deu res qui s’en revenaient camper en ce lieu.

En cherchant leurs sœurs, les deux frères arrivérent dans une contrée dont les habitants ne se nourrissaient que d’une gomme blanche. Ils ne purent séjourner en ces lieux parce que ce mets les dégoûtait.

Étant partis de là, ils vinrent dans un pays dont le peuple se nourrissait de grives. Oltsintsèdh tendit pour ce peuple-là ses filets à oiseaux, et, d’un seul coup, il prit une quantité prodigieuse de grives. Mais, comme il ne trouva pas ses deux sœurs en ce lieu, il passa outre.

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