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Il arriva alors dans une contrée dont les habitants étaient comme des lièvres. Ils vivaient dans une obscurité profonde, dormant sans cesse. Il produisit pour eux la lumière, en jetant au feu des yeux de lièvre (1); puis, il les métamorphosa en hommes.
Enfin, il parvint à une vaste tente, celle du Grand Enncm!, chef des Eyunnè, et ravisseur de ses sœurs, qui se désolaient en ce lieu, dans une dure captivité.
Ce jour-là, le Grand Enneri était absent ; il était parti pour la chasse. Oltsin-tsèdh dit donc aux deux femmes :
— Voici que je viens pour vous délivrer.
Suivez-moi.
Elles se levèrent et le suivirent ; mais elles firent quelque difficulté, disant :
— Ah! mon frère, ton beau-frère, notre ravisseur, est terrible et puissant. Il va peut-être nous arriver malheur de notre fuite.
Cependant, sur ses vives instances, elles le suivirent. Quand le Grand Ennemi revint, et qu’il n’aperçut plus ses deux femmes esclaves, il
(x) IF y a ici un jeu de mots tel qu'il s’en trouve un grand nombre, incompris du vulgaire, dans ces ligendes Dènè. Yeux de lièvre se dit Æha-ta, mais ckka-ta signifie le prépuce, Il s'agirait donc ici de la circoncision en termes voilés aux gens non initics.
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entra dans une colère terrible et se mit aussitôt à leur poursuite, leur tendant embûche sur embüche, par le pouvoir de sa médecine; car il était lui-même un grand magicien. Mais Oftsinf:édh les déjoua par son pouvoir plus grand encore.
Le lendemain matin donc, en s’éveillant, ils se trouvèrent au fond d’un précipice, dans une crevasse de rochers très profonde.
— Ne vous épouvantez pas, dit Oitsin-tcèdh à ses sœurs, confiez-von: à moi. Recouchez-vous et dormez, car je n’opère que lorsqu'on ne me voit pas.
Elles se recouchèrent et aussitôt, lui, par la vertu de sa baguette, les tira hors de l’abime en faisant s'élever le fond du précipice jusqu’au niveau du sol environnant.
La seconde nuit étant arrivée, ils campèrent dans le désert sans arbres. Mais, à leur réveil, ils se trouvèrent au milieu des eaux, sur une petite ile déserte. Les deux sœurs se désolaient :
— Ce n’est rien, leur dit Oftsin-toèdh, couchezvous et dormez.
Ce disant, il fit surgir une chaussée entre l'île et la terme ferme; de sorte que, à leur réveil, ils raversèrent tous quatre le lac à pieds secs.
À la fin de la troisième nuit de bivouac, iis se rouvèrent enterrés dans un grand marais bour-
beux. Les deux sœurs n’en pouvaient plus. Le Grand Ennemi était si mauvais ! Que faire ?
— Recouchez-vous encore et dormez, leur dit de nouveau leur frère avec confiance.
Aussitôt, par sa puissance, il forma à travers le marais une chaussée de sable dur et sec, sur laquelle ils traversèrent ces eaux fangeuses.
Enfin, voyant qu’il ne pouvait venir à bout d’Oltsin-toëdh, le Grand Ennemi le laissa partir en paix, ainsi que ses sœurs. Alors lui-même dit à son frère cadet :
— Viens avec moi, je vais tuer tous ces hommes ennemis ; après quoi, je les ressuscitera et les rendrai bons.
Il se dirigea donc vers une grande montagrie, qu'ils gravirent tous deux. Il y tonnait affreuscment. Au milieu de la foudre, Olsin-tsèdh ramassa deux pierres de tonnerre, plates et lisses, et les ayant jetées parmi ses ennemis, il les frappa de mort sur-le-champ.
Alors il descendit de la montagne. Mais arrivt tout au pied, il y trouva la vieille femme qui l'avait élevé affolée et dansant. Elle chantait, la vieille, elle dansait, en disant :
—— Mes chants sont nombreux. Je connais un grand nombre d’hymnes.
Et cé disant, elle dansait comme une folle. Or cette vieille, c'était un renard déguisé et méta-
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DES DÈNÈE TCHIPPEWAYANS
morphosé en femme. Olfsin-tcèdh la frappa sur la tète de son bâton et la renversa sans vie. Après cette action, il vécut encore fort longtemps. La vieillesse seule en vint à bout, dit-on.
Racontée par Tsépan-khé, Couteau-Jaune, au Grand-Lac des Esclaves, e: 1864.
OTTSIN-TPESH
(LÉGENDE DES DÈNÈ D’ATHABASCA)
Un homme vivait avec ses parents, lorsque les Flancs-de-Chien, ayant combattu et détruit entièrement ces derniers, cet homme demeura seul et se sauva. Sur une haute montagne rocailleuse et à pic, il grimpa et demeura.
Les Flancs-de-chien entourèrent la montagne, afin qu’il ne püt leur échapper. |
Ils décochèrent sur lui toutes leurs flèches sans pouvoir l’atteindre. Mais à la fin, comme cet homme demeura fort longtemps seul au sommet de la haute montagne, ils jugèrent que leurs flèches l’avaient atteint, qu’il en avait été blessé, qu’il était mort, et qu’ils pouvaient lever le siège
de ce rocher. Ils s’en allèrent donc loin de ce lieu.
Cependant cet homme, nommé Offsir, tcesh, demeurait toujours sur la montagne et était parfaitement en vie. Alors il descendit de son fort, etalla retrouver sa sœur qui, elle Aussi, avait échappé au massacre de son peuple, et il vécut avec elle.
Alors, sur ces entrefaites, Offsin-toesh, dans le dessein de se venger de ses ennemis, se mit à fabriquer une grande lance. Sa sœur en avait peur, mais lui ne tua point sa sœur.
— Ma sœur, lui dit-il, ne crains point. Ce’te arme ne t’est point destinée. Ce sont ces Flancsde-chien, meurtriers de nos familles, que je veux tuer.
Alors sa sœur entra dans son plan et s’en alla en quête des Flancs-de-chien pour les attirer dans un piège.
— Parmi: les Flancs-de-chien, dit-elle, je vais répandre une nouvelle, au lac des Petits-Poissons, sur le rivage, au pied de la Grande Montagne (1). Et ils s’y porteront.
(1) I s’agit évidemment ici du Grand-Lac des Ours et de la montagne des Petits-Poissons. Voyez la légende Flanc-de-Chien, intitulée T’uné ou les Gens du Lac. Ceci est la confirmation de ce aus prétendent les Peaux-de-Lièvre, à savoir que les Tchipfewuyans faisaient jadis des incursions belliqueuses dans la vallée du Mackenzie,
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Alors, le lendemain, de grand matin, elle se glissa dans le voisinage du camp des ennemis, et, contrefaisant le chant du petit oiseau appelé Tsé-yazé, elle dit en chantant :
— Au bord du lac des Petits-Poissons, demain matin, les Dènè seront grandement satisfaits et contents par une belle nouvelle.
Alors, un vieillard qui l’entendit dit aux Flancsdc chien :
— Ce petit oiseau dit la vérité assurément, à ce que je pense; car il parle absolur:ent comme un homme véritable.
Oltsint-tpesh dit à s:. sœur:
— Sœur, ce vieillard, il nous faudra l’épargner.
Ayant dit ceci, le lendemain matin il massacra tous les ennemis, mais il épargna le vieillard ainsi que sa famille. C’est pour cette raison qu’il existe encore tant de Flancs-de-chien.
Alors, la descendance du vieillard s’étant de nouveau multipliée outre mesure, Offsin-tpesh voulut encore les détruire ; maïs il ne put en verit à bout, car les Flancs-de-chien furent plus forts que lui. Ils le prirent, le firent souffrir et finalement lui coupèrent la tête.
Mais cette tête, à leur grande horreur, contir:a à vivre et les poursuivait encore. Ils la jetèrent dans le feu. Le feu ne put la consumer. Alors,
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croyant en venir à bout, ils la pulvérisèrent à laide d’une grosse pierre. Mais cette poussière du crâne d’Ottsin-tesh se changea en une nuée de moucherons et de :ausins qui se jetèrent sur les hommes et les mire. en fuite. Depuis lors, ils en sont toujours poursuivis.
C’est pourquoi, lorsqu'il y a grande abondance de cousins et de moucherons, les Dënè disent en proverbe :
— Voilà que la cervelle d’Ofisin-tpesh pullule encore; voyez donc ! Cet homme se maléfie (1).
Voilà la fin de cette histoire.
Racontée par Alexis Enna-axé, Sambos Franco- Dènè-Cris, au lac des Hameçons, en 1880.
(1) J'invente ce néologisme, opposé au verbe se bonifier, afin de traduire aussi littéralement que possible le mot dènè déné édéséliné (se rendre homme mauvais).
Cette légende n’est pas homogène ; le mythe d’Ofisin-teesh y perd du caractère qu’il possède dans les tribus du Nord, pour se souder à un autre mythe qui constitue le fond de la légende suivante que je tiens du mème Indien, et qui est également propre aux Tchippewayans méridionaux. Voici cette tradition: Elle a un caractère éminemment asiatique.
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TTSÉKWII-NAHDUDHI