LA FEMME-SERPENT
Une fois une femme demeurait avec son mari, dit-on, eux deux tout seuls.
Pendant que le mari chassait, la femme faisait semblant d’aller bûcher du bois de chauffage, mais ce n’était pas tout ce qu’elle faisait.
Sous un gros arbre, dont le tronc creux était ; rempli de serpents, elle s’en allait; et là elle avait } des rapports avec ces reptiles. C’est, du moins, ce que l’on dit.
Le mari, étant très vexé et fâché des allures mystérieuses de sa femme, se rendit au lieu où 117 elle avait coutume d’aller bûcher du bois, et | aperçut un grand arbre fruitier (1) dont le pied ctait enfoui dans de hautes herbes.
Alors, en ce lieu, Dënè dit, en contrefaisant la voix de sa femme :
— Mon mari, voilà que je reviens pour toi.
(1) Cette particularité ferait cette légende originaire du Sud, où il existe des pruniers, des poiriers et des pommiers sauvages. Chez les Tchippewayans, le noisctier est l’arbuste à fruits le plus élevé,
Hâte-toi donc de sortir et de venir vers moi en rampant |
Il dit, et aussitôt de gros serpents ayant surgi de l’arbre, il les tua tous. Alors il fit cuire le sang de ces reptiles pour le donner à manger à sa femme lorsqu'elle arriverait. Mais elle :
— Attends un peu, mon époux, fit-elle. Avant de manger, il est nécessaire que j'aille bûcher du bois.
Alors lui :
— Non, répondit-il, il y a encore assez de bois coupé. Mange d’abord, puis tu t'en iras au bois.
Elle lui obéit. Finalement, elle partit pour le bois, arriva à l'arbre, et voyant les serpents tués, elle entra dans une grande colère, et Dènè l’entendit qui criait :
— Hélas! ce mari-serpent que j'aimais tant, voilà qu’on me l’a tué.
Et elle ajouta à l'adresse de son véritable époux :
— Eh bien! je ne veux plus que tu vives, toi aussi.
Étant revenue vers lui, celui-ci ne crut pas devoir mieux faire que de lui décharger un coup de sa hache de pierre sur le cou, et, de ce coup, il lui sépara la tête du tronc. C’est pourquoi elle mourut.
moi en
ant suroi cuire le nanger à
e. Avant icher du
assez de iras au
pour le its tués, nè l’en-
is tant,
éritable
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 409
Toutefois, elle soufflait encore sur Dënè en grimaçant, à ce que l’on dit.
Alors il se sauva à toutes jambes, et, étant arrivé sur le bord d’une rivière, il aperçut une vieille femme Sauterelle (Epoathen).
— Sauterelle, dit Dènè à la viéille, viens à mon aide et transporte-moi de l’autre côté de la rivière.
Aussitôt la vieille étendit les jambes et d’un bond lui fit franchir le torrent, dit-on.
La tête de mort, tout en poursuivant l’homme, parvint, elle aussi, sur le bord de la rivière, et dit à la vieille :
— Sauterelle, traverse-moi.
Et celle-ci la traversa, dit-on.
Cependant Dèénè s'était couché, harassé de sa course éperdue, et dormait paisiblement sur l’autre rive.
— Ici, du moins, ma méchante femme ne viendra pas me trouver, pensait-il.
Mais tout à coup, s'étant réveillé sur le minuit, il aperçut encore à son côté l’horrible méduse qui lui lançait des regards affreux.
Alors, ne se possédant plus dans son épouvante, Dënè saisit sa hache, il se rua sur la tête de la morte, il la frappa, il en brisa le crâne, il la pulvérisa, dit-on.
Et néanmoins, de cette tête de femme, il sortit
de telles nuées de cousins et de moustiques, que l’homme en fut assailli et poursuivi le restant de sa vie, et que cette calamité dure encore.
Et voilà comment la femme, après avoir été le tourment de l’homme durant sa vie, continua encore de l’être après sa mort.
Telle est l’histoire de celle que l’on nomme la femme au Näh-rampant (Tisékwii-ndhdudhi).
Mais tous les Dènè ne la racontent pas de la même manière. Il en est qui rapportent que la tête de mort fut bien transportée par la Sauterelle, comme l'avait été l’homme, mais que la vieille bonne femme, étant parvenue, dans son bond, au milieu du cours d’eau, écarta tout à coup les jambes et laissa choir la tête dans le courant, où elle fut emportée et ne reparut plus jamais; et que depuis lors on n’a plus revu la femme-serpent. Mais nous pensons que ces conteurs sont des femmes, plus soucieuses de réhabiliter leur sexe que de rendre hommage à Îa cruelle vérité (1).
Racontée par le mème, en 1880.
(1) Dans l'Inde, Bhadra-Kali, la femme-serpent, la mère des maux et de la mort, l’incestueuse fille-épouse de Chiva, est figurée sans tête à la porte des temples ; tandis que l’on met sa féle dans tous les lieux habités, comme un talisman contre ses propres maléfices. — A Ceylan on repfésente la mère des humains entichèe d’un serpent.
DES DÈNÈ TCHIPPEWAYANS 41! \
RE RE RUE l
es, que f.
stant de XV ut r été le SA-KLU-NAZÉTTI { ontinua (LE SOLEIL PRIS AU LACET) i Ÿ nomme Un frère et sa sœur vivaient tout seuls il y a fort if ludhi). | longtemps. Ils pourvoyaient à leur subsistance | as de la comme nous le faisons aujourd’hui, c’est-à-dire EE que la par la chasse et la pêche. | ne 1 Saute- La sœur tendait chaque jour ses lacets sur les di que la arbres de la forêt pour y capturer les faisans, les | ins son perdrix blanches, les lièvres blancs, et jusqu’aux | 1 tout à lynx eux-mêmes. ÿi 1:
dans le Mais tant elle que son frère s’apercevaient avec pur rut plus terreur que les jours et les nuîts se succédaient à | revu la intervalles de plus en plus rapprochés; que les AE es con- jours diminuaient sans cesse ; que le soleil (Sa) fe 1 e réha- se montrait à peine, pour se dérober aussitôt sous (il i re à Îa le disque terrestre dans le Sud-Sud-Ouest, là où ‘Y'en est la bouche de la terre (nni-odhaë).
880. Ils comprirent alors avec effroi que la terre allait se congeler, et que toute vie allait s’éteindre ‘MS
mère des ; ME en he à sa surface. Al ’ Let sa fée Ils résolurent donc tous deux d’y mettre bon | 15 Ur ordre. Un jour que la sœur avait tendu ses col- | ains enti-
lets à lynx, comme d’ordinaire, sur les sapins if de la forêt, elle aperçut dans l’un d’eux la figure ITS
| ronde et violacée du soleil qui s’y était pris et s’y
h | étranglait.
| | Elle en avertit son frère; ils accoururent pour
s'emparer de l’astre rétif et l’étrangler tout à fait. Mais lui, les implorant pour sa vie :
| — Si vous me laissez vivre, leur dit-il, désor-
mais j’allongerai ma course, je ferai grandir les
| jours et je répandrai de nouveau la vie avec la
IE chaleur sur la terre.
4 A cette condition, ils le laissèrent repartir, et c’est
1 depuis cette époque, dit-on, que l’on voit le soleil
1 | briller si longtemps à la voûte des cieux (1).
Racontée par Alexis Enna-azé, tchippewayan d’Athabasca, en novembre 1880.
TSANTSANÈ-ÉUL’HAN