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LA FEMME AU MÉTAL

(Version des Déné du Lac Froid)

Il y a longtemps que des Esquimaux enlevt- ki

rent une femme, et, après lui avoir voilé la tète ue

(1) Les Kollouches, peuple à peau rouge et à tète déformée artificiellement, qui habite les bords du Pacifique, aux mêmes latitudes que les Dènè, racontent que « avant le déluge universel, un couple composé du frère et de la sœur se sépara du reste de l'humanité. Le frère révèêtit, comme Atsina, Ratsonnè ct Ayatç, la peau d’un aigle immense nommé Chethl’ et prit

son essor vers le sud-ouest. AE « La sœur s’enfonça dans le cratère du volcan d'Edgecumbe, ii +:

près de Sitka, et disparut dans les flammes. Depuis lors elle ‘4

soutient l’axe terrestre ; tandis que son frère, devenu l’oiseau- R 4

tonnerre, accourt se percher au sommet du volcan aussitôt que FE E: ia sœur, secouant le pivot du monde, produit des tremblements A | À de terre. L'homme-aigle se nomme Ye] ou Jel!, » (W, Dall, E 4 Llaska and its ressources, p. 423, d'après von Wrangell, idem. ; Alph, L. Pinart, es Atnabr,

pour qu’elle ne püût reconnaître sa route, repassèrent avec elle de l’autre côté de la mer.

Là, on lui donna pour mari un Esquimau, qui la rendit mère d’un fils; mais comme elle parvint à échapper à ses ravisseurs, elle chemina, dit-on, longtemps au bord de la mer, cherchant un passage pour traverser et revenir dans son pays (1). N’en découvrant aucun, elle s’assit pour pleurer.

Sur ces entrefaites, un loup s'étant approché d'elle, il se dirigea ensuite vers la mer, dans laquelle il entra résolument, n’ayant de l’eau que jusqu’au ventre. Elle comprit, à cette vue, qu'il existait un gué en cet endroit, et que le loup blanc était son génie tutélaire. Elle se leva donc, avec un nouveau courage, marcha sur les traces du loup blanc, et finit par traverser le détroit à gué, ct par aborder sur la terre ferme, de ce côté-ci (2).

(1) Ceci semblerait faire supposer que la Nation du Cuivre, personnifiée par la voyageuse, aurait accompli le périple de la région arctique, dans un passé fort éloigné,

(2) Comparer avec la légende de la Femme Ainos, accueillie par un chien qu’elle prit pour époux. Elle est citée par M. de Chareney, d’après M. Rodolphe Lindau, Voyages autour du Japon, liv. V, p. 99. Paris, 1884. Seulement, les Aïnos font arriver cette femme de l'Occident sur un navire. (Les Hommes- Chieus, p. 5.) /

Les habitants du Pégu, dans l’Indo-Chine, parlent, comme les Téchippewayans du Grand-Lac des Esclaves, des rapports d'une femme avec un chien. Zbhid.

ute, repaser.

jimau, qui elle par- chemina, cherchant dans son s’assit pour

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La voyageuse s'étant ensuite retournée pour regarder derrière elle, elle aperçut sur la mer quelque chose qui ressemblait à une fle de rochers. Cette vue l’épouvanta beaucoup, parce qu’elle se crut un instant poursuivie par un parti d’Esquimaux. C’est pourquoi elle se cacha pour épier cet objet noir. Mais comme il se rapprochait toujours davantage, elle reconnut, à la fin, que c'était un troupeau de rennes qui traversait le détroit à gué.

Alors elle se hâta d’emmancher son alène de fer à l'extrémité d’une gaule, et elle alla épier les rennes à leur passage. Elle en darda un dans le cœur et parvint à le tuer. Aussitôt elle fit cuire de la viande, se servant de la panse de l'animal en guise de marmite. Elle se rassasia; puis ayant placé le restant de ce mets devant son enfant, elle l’abandonna sur le rivage, parce qu’elle vit qu'il lui serait trop à charge pour la continuation de son voyage.

Étant repartie de ces lieux, elle longea un fleuve qui, en cet endroit, se jette dans la mer. Tout à coup elle aperçut comme des flammes au sommet d’une montagne, ce qui lui donna à penser qu’il y avait un peuple campé au sommet.

Elle gravit donc la montagne enflammée ; mais elle reconnut alors que c’était un volcan, et qu’un métal rouge en fusion répandait cette lumière.

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Étant encore repartie de ce lieu, la voyageuse éleva sur tout son passage de grosses pierres, comme des signes par le moyen desquels elle pût reconnaître le chemin qu’elle allait parcourir, et revenir sur ses pas, si besoin était.

Ce fut ainsi que cette femme arriva chez des gens qui la reconnurent pour une de leurs compatriotes. Elle apprit à ces gens-là qu’elle avait découvert un métal rouge sur les bords de la mer; et, sur-le-champ, elle retourna en ce lieu, par trois fois, pour aller en chercher, suivie de ces hommes, qui la considéraient comme une femme venue du ciel (1).

Mais, la dernière fois qu’elle entreprit ce voyage avec ses compagnons, ceux-ci ayant abusé d’elle honteusement, elle s’assit à terre, à côté de son métal, pour pleurer sa honte, et ne voulut plus les suivre.

En vain ces hommes indignes la conjurèrent-ils de se lever et de les accompagner, comme elle avait fait jusqu'alors ; froissée jusque dans l’âme, elle n’en voulut rien faire. Ils finirent donc par l’abandonner en ce lieu et s’en revinrent sans elle.

(1) Comparez avec la croyance aux Filles célestes, accusée par les traditions dènè et dindjié, ainsi que par celles d’autres nations asiatiques et océaniennes dont parle M. de Charencey, les Hommes-Chiens, p. 6. Paris, 1882.

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Cependant, quelque temps après, ces hommes (Déné) retournèrent à la montagne flamboyante, pour y chercher de nouveau du métal. Ils trouvèrent alors que la femme voyageuse s'était enfoncée dans le sein de la terre jusqu’à la ceinture.

Elle refusa encore de les suivre, ne se fiant plus à leurs paroles, et préférant s’enterrer en ce lieu. Mais comme elle affectionnait particulièrement quelques-uns d’entre ces hommes, elle leur donna, mais à ceux-là seulement, encore un peu de son métal rouge (Sa-tsan : fiente d’ours).

Elle leur adressa, en même temps, ces paroles qui furent ses dernières :

— Si vous m'apportez ici en tribut de bonne viande, je donnerai à ces gens-là de bon métal. S'ils m’apportent du poumon d’orignal et de renne, ou bien du cœur, du foie, des rognons, je leur donnerai, en retour, du métal qui a la couleur et l’aspect de ces viscères. Quant à ceux qui ne m'apporteront que de méchante viande, ils ne trouveront ici que du métal cassant et de rebut.

Ainsi leur parla-t-elle. Ils s’en allérent, mais ils retournèrent de nouveau plus tard sur ce rivage pour chercher du métal, et ils virent, cette fois, que la femme s'était enterrée jusqu’au cou. Sa tête seule paraissait encore, et c’est dans cet état que les Dènè lui donnèrent à manger de la

bonne viande de renne; moyennant quoi, ils trouvèrent encore de bon métal.

Mais la dernière fois qu’ils y retournèrent, la femme avait entièrement disparu dans la montagne, dit-on. Vainement les Dènè lui apportèrent-ils leur meilleure venaison, vainement l’appelèrent-ils à eux, elle s’était enfoncée dans la terre si fort avant, qu’elle ne put ni leur répondre, ni leur donner désormais de métal, à ce que l’on dit.

Et toutefois, l’on voit encore aujourd’hui ces grandes pierres levées que la Voyageuse étrangère avait disposées partout où elle avait passé. C'est par le moyen de ces signes ou repères que la Femme au métal était parvenue à s’en retourner vers la mer.

C'est ici la fin de cette histoire des Gens du Cuivre (Tpalsan-oitiné), et c’est ainsi qu’on voit la raison du nom qu’ils portent.

Racontée par Alexis Enma-axé, en 1881.

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