MANIÈRE DE FAIRE LA MAGIE
Jadis, lorsqu’un médecin se proposait de guérir un malade par la vertu de son Ombre, il s’y disposait par un jeûne absolu de trois ou quatre jours, qu’il passait sans boire ni manger.
D'abord, il se fait préparer un Chouns ou Loge de médecine. Pendant que d’autres personnes y travaillent, le médecin demeure assis sous sa tente sans s’occuper de ce qui se rasse au dehors; et toutefois il sait tout ce que l’on fait. Il connait dans quel endroit de la forêt on coupe les perches qui doivent servir à dresser le Chouns, quels sont les arbres qui les ont fournis, et le reste.
La loge de médecine ayant été montée loin du camp, et les perches qui la composent ayant été liées au sommet avec trois liens, le médecin, quoiqu'il n'en aît pas été informé, dit : « Tout est prêt, » et il se lève et se dirige vers le Chouns qu’il ébranle par trois fois. Trois fois il en fait le tour en répétant des formules magiques ; puis il y pénètre et s'y couche en observant toujours son jeûne.
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Après avoir dormi le Sommeil de l'Ombre pendant un temps suffisamment long, le magicien demande qu’on lui amène le malade qui demande son secours.
Alors l’homme qui, à cause d: ses péchés, est tombé malade, se rend dans le Chouns accompagné d’un autre vieux pécheur bien portant, et il s’assied dans la loge où il se confesse au médecin.
Le Jongleur le questionne à différentes reprises, le tance et le sermonne afin de lui arracher l’aveu de toutes ses fautes.
— Tu ne me dis pas tout, peut-être ! lui dit-il.
Enfin, lorsqu'il s’est assuré que le malade a tout dit, le médecin fait descendre sur lui l'Esprit éloigné (Yu-hanzin) ; et pour cela il chante au son du tambourin. De temps à autre, il souffle sur le malade, puis il commande au mal de le quitter.
Lorsque le médecin s'aperçoit que l'Esprit Yuhanzin est venu sur le patient, il s'approche de ce dernier en même temps que l'Esprit, et tous deux faisant des passes sur le malade (Yetfsen-yénirenni), ils l’endorment.
Alors cet Esprit qui est loin de nous, entrant dans le corps du malade endormi, en arrache le péché, cause du mal qui le fait souffrir, le rejette au loin, et aussitôt la maladie abandonne le malade.
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Après cela, l'Esprit s'empare de l’âme du moribond qui s’échappait et la replace sur terre. Cette âme, qui s’en allait dans la ferre supérieure, il la saisit et la replace dans le corps du moribond afin qu’elle y vive encore en l’animant.
Mais en l’y replaçant, il jette un grand cri qui éveille le malade de son sommeil magique, et le laisse parfaitement guéri. La maladie l’a entièrement quitté. C’est ainsi que nos ancêtres guérissaient les malades.
Souvent ils pratiquaient des entailles sur la partie malade, et, la suçant fortement, ils en tiraient du sang, des vers, des arêtes de poisson, des cailloux et autres objets qui causaient du mal au patient.
D’autres fois aussi, par la vertu des incantations du médecin, il sortait un serpent du corps du malade. Mais les médecins d’aujourd’hui n’ont plus la même puissance ; et depuis que les priants (les prêtres et les ministres) sont arrivés parmi nous, on n’a plus foi en leur pouvoir.
C'est la fin.
Racontée par le vieillard Khaziou, au Grand-Lac des Esclaves, en 1863.
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TEXTE ET TRADUCTION LITTÉRAILE