‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 16 sur 160 · LES PIEDS-LE-CHIEN · texte numérisé non relu

LES PIEDS-LE-CHIEN

Un homme bigame nommé Keavon-étan demeu- | rait avec son frère cadet au bord de l’eau. Ces deux frères s'étant fâchés l’un contre l’autre, l'ainé fabriqua une auge de bois pendant le sommeil de son cadet, l’y enferma, l’y lia comme il faut, ferma l’auge et 14 jeta à la mer.

Le coffre flotta. En flottant, il vogua à travers les grosses lames de la mer. Une mouette l’aperçut et accourut vers cet objet à tire d'ailes. L'homme lié dans l’auge iui dit :

— Ma b'u, nage pour moi devant mon cercueil.

La mauve se mit à nager et le calme se fit.

Alors le cercueil vogua tranquillement et atteionit ? le rivage opposé, où il atterrit.

Mais il était impossible à l’homme lié de so: de son cercueil, parce qu’il y était étroitement enlacé. Alors un loup blanc accourut vers lc cofire.

DES DINDJIÉ OU LOUCHEUX S7

— Mon beau-frère, lui dit l’homme, ronge ces liens qui me retiennent captif.

Le loup essaya bien, mais il ne put en venir à bout. Survint une martre qui rongea si bien les cordes, de ses incisives, que l’homme fut délivré de ses entraves et sortit de son cercueil.

Il s’en alla sur un sentier que des chiens seuls avaient foulé et battu. On n’y voyait que des pas de chiens. Il y avait en ce lieu un tréteau et sur ce tréteau l’Étranger plaça son auge de bois. Sur cet échafaud se trouvait aussi de la venaison, dépouille opime d’animaux tuës à la chasse. Il prit la graisse d’une croupe, mais elle puait tellement la fiente de chien qu'il ne put la manger, et repoussa cette viande à cause de son odeur.

S'en ailant donc sur le sentier tracé par des chiens, l'Étranger se vit entouré d’une obscuritt profonde dans laquelle il n'avançait que lentement. Il avisa alors la dépouille empennée d’un grand aigle blanc qui était suspendue en cet endroit. Il la prit, s'en revêtit comme d’un vêtement, afin de s’aider dans son voyage, et vola vers un village qu’il aperçut du haut des airs. Au milieu de ce village jouaient des enfants.

— ‘Tiens, voilà bien mon vêtement d’aigle

blanc, s’écrièrent-ils en voyant l'Etranger qui descendait vers eux. Alors ils se jetèrent sur lui

sè LÉGENDES ET TRADITIONS

et percèrent en maint endroit son vêtement en peau d’aigle blanc.

Cependant l’Étranger s’en alla vers les adultes de cette nation, qui lui dirent :

— Nous autres, nous ne tuons personne. Demeure avec nous.

Il résista longtemps à leurs instances, mais à la fin, il consentit à demeurer avec eux.

Ces hommes-là étaient à moitié chiens et à moitié hommes. Dans la tente où on l’introduisit, se trouvait une belle fille nubile. L'Étranger alla vers elle et la considéra. A partir de la ceinture jusqu’au bas, elle avait le corps d’une chienne.

— Entre, étranger, lui dit-on.

Une grande foule de peuple accourut et se disputa la possession du voyageur.

— Moi, c’est moi seul qui l’aurai; c’est chez ce moi qu’il faut qu’il entre, s’écriaient de toutes

| parts ces gens hospitaliers. di

| | L'Étranger demeura dans la maison où était la et

\| fille nubile. Celle-ci lui offrit À manger des cuis- a

| sots de souris. Il en mangea, se coucha et s’en- sc dormit. Quant aux hommes-chiens, ils ne dor-

mirent pas, car ils ignoraient ce que c'était que c

| le sommeil.

L'Étranger étant demeuré en léthargie pendant deux jours, les hommes-chiens se prirent à se lamenter et à entonner le chant funèbre:

ent en adultes e. Demais à

ns et à DJduisit, er alla einture nne.

se dis-

t chez toutes

tait la

cuist s’enà dorit que

ndant t àse \èbre :

« Atsina! (1) hey! hey! atsina ! hey ! hey ! » parce qu'ils le croyaient morts. Mais lui, se réveillant tout à coup:

— Voilà, leur dit-il, que dans mes rêves j'ai découvert pour vous une médecine soporifique.

Il jeta au feu des yeux de lièvre blanc, et aussitôt les Pieds-de-chien, qui ne dormaient jamais, s’assoupirent ei s’endormirent.

Or, le grand hibou blanc arctique était la pàture des Pieds-de-chien. Ils pourchassaient ces oiseaux à l’aide de filets. En ce moment, deux de ces harfangs venaient d'arriver et se tenaient perchés à quelque distance.

Un homme-chien alla vers eux, et, les ayant pourchassés vers ses filets, il s’en revint.

— Je vais tendre d’autres filets pour prendre ces oiseaux, dit-il.

Mais lorsqu'il revint au lieu où il avait vu les deux hiboux blancs, ces oiseaux s'étaient déjà envolés. Cependant il tendit ses filets sur les arbres pour y prendre ces gras et délicieux oiseaux.

Après cela il s’en retourna auprès du voyageur et lui dit :

(1) Aitsina est le nom vrai des Minnetaries, appelés aussi Absoroké, Arrapahoes, Indiens des chûtes, et Gros-ventres, Indiens du Sud adoptés par les Pieds-noirs, qui sont de race

soialre.,

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