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— Or sus, demeure ici et surveille ces oiseaux, notre nourriture.
Alsina obéit parce qu'il était étranger, et il épia les hiboux. Mais ceux-ci s'étaient enfuis.
— Âs-tu revu les deux oiseaux blancs ? lui demanda-t-on.
— Non, répondit-il.
La fille nubile, qui était devenue sa femme, ajouta à cela :
— Ils se sont envolés, il est impossible de les prendre.
Alors Atsina, apercevant les deux hiboux perchés sur un arbre, il alla vers eux et les perça de ses flèches. L'un des deux demeura suspendu entre deux rameaux par la tête. Le second fut
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blessé mais non tué. La femme-chien le vit se cet sauver et en avertit son mari. Afsina partit en le courant, mais le harfang pénétra dans la tente et sil blessa la femme de l’Étranger à tel point qu’elle A! en mourut.
Néanmoins Afsina demeura avec les Pieds-de- ca! chien tout l’hiver, pendant lequel la famine régna dans le pays.
— Les hiboux ont pris le large, se dirent ces gens-là, allons à leur recherche. : ( Or, sur l’eau, ils aperçurent des souris qui na- . geaient. Comme la souris est un animal nocturne, qu
elle était aussi la pâture des Pieds-de-chien, habi-
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tants de la nuit, et ils leur donnèrent la chasse en pirogue, les perçant de leurs flèches.
Puis ils remontèrent sur les terres hautes où pullulaient les souris, grâce à l'absence complète de h'boux dans ces parages élevés, et ils en tuèrent beaucoup. Ces grosses souris jaunes ctaient leurs rennes, On les voyait courir de ci de là dans la plaine par grandes troupes (1). Les Pieds-de-chien leur donnèrent une chasse en règle. On les perça de flèches, on en prit d’autres au collet, on les éventra, les femmes en découpèrent la viande, on les traita comme des rennes ou des élans, on suspendit leur chair au-dessus du foyer pour la boucaner et la faire sécher.
Tout à coup, en l’absence de la population, cette viande, exposée sur les boucans, tomba dans le feu. Tout fut consumé, viande, tentes et ustensiles. Les hommes-chiens, attribuant ce malheur à Atsina, lui dirent :
— Ce pays-ci n’est pas le tien, retourne-t-en, car tu nous portes malheur.
Atsina s’en alla donc tout seul tristement et sans connaître son chemin.
(1) Ceci n’est point une exagération. Sous le cercle, au printemps, l’Arvicola fulva, grosse souris jaune, se montre en si grand nombre que, dans une heure, on peut en tuer une cin-
quantaine à l’side d’un bâton ou avec les pieds. Elles nagent fort bien.
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s’envola sur la mer immense. Il vola au loin, et toute terre disparut à ses regards. Lorsqu'il jugea à propos de se reposer et de dormir, il s’écria :
— Banc de sable, surgis!
Aussitôt un îlot sablonneux surgit du milieu de la mer, Atsina y descendit à tire d’aile, y dormit ct s'y reposa.
Étant encore reparti, il s’envola encore plus loin. Puis, voulant se reposer de nouveau et dormir, il s’écria :
— Souche, surgis!
Aussitôt une souche naquit de la mer, sur laquelle il se reposa et reprit haleine.
De là, il s’envola vers ce frère aîné si barbare, qui l’avait repoussé et avait attenté à sa vie. Il le trouva visitant ses filets dans son canot. Alors, emporté par son aigle, il se mit à tournoyer autour de lui en volant, et saisit son frère aîné par les cheveux :
— Quoi! mon frère cadet, s’écria celui-ci, estce bien toi? J'ai pensé que je ferais sagement de te donner l’une de’mes femmes.
— Je n’en veux pas, répondit Atsina.
Aussitôt il se jeta sur son aîné, il le traina dans un cours d’eau souterrain, et le tenant toujours par les cheveux, il le barbotta dans l’eau jusqu’à ce qu’il fût noyé. Alors seulement il lâcha le cadavre, qui coula à fond.
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De là, Alsina s'en alla au lieu où demeuraient les deux ‘smmes de son frère aîné. Ces deux femmes étaient sœurs et logeaient au sommet d'une montagne, dans une petite tente. L'Étranger gravit la montagne, pénétra dans la loge et s’y assit,
— femmes, dit-il aux deux sœurs, voici que je viens de parcourir toute la terre à l’aide de mon blanc vêtement en peau d’aigle. Tous les habitants en sont morts (1),
Il s’assit entre elles comme s’il eût cté leur mari, et il leur donna à manger. Sur l’une des deux il y avait des belettes, sur l’autre, des souris, qui y vivaient en parasites. Afsina les en débarrassa. Lorsque la nuit arriva, il dormit entre cles et avec elles,
Altsina perça le sein de l’une de ces femmes du tuyau de ses blanches plumes, et elle conçut un fils qu’elle mit au monde. L'autre fenime en fit autant,
(1) En lisant cette légende on ne peut s'empêcher de penser à ce passage de Jérémie, parlant de Moab, peuple de Loth :
— « Dounez, donnez des ailes à Moab pour qu'il fuie d'un vol rapide; et ses villes seront désertes et inhabitées. » Et plus loin :
— « Le Seigneur dit: Voilà que je volerai comme l'aigle et que j'étendrai mes ailes sur Moab. »
(Jérémie, xLv11t, 9-40.)
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