LE JEUNE HOMME
Jadis vivait un vieillard, sa femme et leur fils unique, un beau garçon appelé Tchia. Le vieillard, ayant atteint une grande vieillesse, avait perdu la vue. Sa femme, devenue également très vieille, avait pris un caractère acariâtre, colère et méchant. Elle trompait sans cesse le pauvre aveugle.
Quelque privé de la vue qu’il fût, l’aveugle chassait. Il allait se poster sur le passage des rennes, armé de son arc. et de ses flèches, et accompagné de sa femme. Lorsque celle-ci lui signalait la présence d’un animal à sa portée, il le fléchait et ordinairement le tuait.
Un jour la vieille dit à son mari :
— Voilà un orignal qui paît là-bas.
— Donne-moi mon arc et mes flèches, je vais aller le tuer, répondit le vieil aveugle.
Elle tint l’arc dans la direction de l’animal. L’aveugle le banda, décocha une flèche, transperça l’élan et le tua.
— Allons bon, voilà que tu l'as manqué ! dit
Dr matanee 2e D ne dre udbanean médes— —
Re, #4 (fr À j+ # k 4 # #
ar fils vieilavait ment >, COpau-
eugle
des Pt aCi lui ée, il
P vais
imal.
ans-
| dit
FE ki :
pu À ie GR
Dr
DES DINDJIÉ OU LOUCHEUX 8s
la méchante vieille avec une mauvaise humeur apparente.
— Ah! cest que je suis trop vieux! dit l’aveugle en soupirant. Cependant, il entendit l’orignal qui gémissait et brâmait en rendant le dernier soupir :
— Quel est donc l'animal que j'entends râler là-bas ? demanda-t-il.
La vieille fit semblant d’aller à la découverte. Elle se rendit au bord de l’eau où l’orignal était tombé. Elle se cacha de l’aveugle, éventra, vida et dépeça l’animal ; elle transporta la viande et la cacha soigneusement sous sa propre couverture qu’elle étendit par-dessus.
Cependant, la vieille ne put dissimuler bien longtemps, parce qu’elle avait hâte de manger de la viande fraîche. Elle fit donc rôtir un morceau de l’orignal; mais, pendant que cette viande rôtissait en geignant, l’aveugle dit à sa femme :
— C'est drôle, j'entends comme de la viande qui geigne. Qu'est-ce qui produit ce bruit-là ? C’est comme une croupe d’orignal qui rôtirait.
Puis, il ajouta :
— Tiens, je sens même le fumet de la viande rôtie. Qu'est-ce donc que tu fais rôtir ?
— Oh! c’est une martre que j'ai prise au trébuchet, répondit la méchante vieille, et je la fais rôtir pour toi.
k % Lu È £ |:
SR CU Se LA
ee nee + ee on ee no 0e
Effectivement, elle servit au vieil aveugle de la mauvaise viande de martre, tandis qu’elle se régalait de la grasse croupe de l’orignal que le vieillard avait tué. Son repas fini, la vieille sortit de la tente et s’en alla.
L’aveugle n’en pouvait plus. La vie lui était à charge. Il se mit donc à marcher à tâtons. C'était difficile, et cependant, en tâtonnant, il put sortir tout seul et se diriger vers le grand lac. Un plongeon à tête blanche y criait et huait. Le vieillard s’en alla dans cette direction, au petit pas, pour essayer de le tuer. Il arriva ainsi au bord de l’eau en tâtonnant.
— Hélas! j'ai perdu mes yeux, se prit-il à dire d’un ton dolent, et voilà que ma méchante femme et mon jeune fils m'ont quitté pour aller je ne sais où.
Alors, le plongeon blanc eut pitié de l’aveugle et se dirigea vers lui en nageant :
— Viens avec moi, lui dit-il.
Le vieillard monta en croupe sur le dos de l'oiseau arctique gigantesque et plongea avec lui. Ils s’en allèrent tous deux sous l’eau fort loin. Quand ils revinrent au-dessus, le plongeon blanc dit à l’aveugle :
— Cette terre sèche qui paraît d'ici, la distingues-tu un peu ?
— Hélas ! non, répondit l’aveugle.
men 0-0
e de le se ie le sortit
ait À était ortir lon- [lard pour 1 de
il à ante aller
Alors l'oiseau blanc ramena le vieillard au large. De nouveau, il le fit plonger avec lui, et de nouveau le ramena à la surface.
— Eh bien! maintenant la terre paraît très bien. La vois-tu ? dit le plongeon.
— Pas encore très bien, répondit l’aveugle ; cependant, je l’aperçois un peu.
De nouveau, le plongeon blanc entra sous l’eau avec l’aveugle, et fit si bien que le vieillard aveugle redevint un jeune garçon (Tthia), jouissant d’une vue parfaite.
Mais le vieillard, redevenu jeune, fort et bien voyant, dissimula et continua à contrefaire l’a- “eugle. Il alla retrouver sa femme en suivant ses traces; il se dirigea vers l’échafaud sur lequel elle avait déposé la viande de l’orignal qu'il avait tué; puis, parfaitement édifié sur la fausseté et l’égoiïsme de cette mégère, il continua à dissimuler.
Marchant donc comme un aveugle et tendant sa gibecière à sa femme, il lui demanda l’aumône d'un morceau de viande fraîche.
— Il n’y a point de viande à la maison, telle fut la dure réponse.
Son mari demanda alors à boire :
— Va me chercher de l’eau, dit-il à son fils ; j'ai grand’soif.
Sa femme lui répondit :
SC tn
— Je vais y aller moi-même.
Elle sortit et rentra avec de l’eau saumitre, puante et pleine de vers et de nautonectes qui y nageaient. Ce fut ce qu’elle lui donna à boire en pensant que cela l’empoisonnerait.
Elle en agissait ainsi parce qu’elle le pensait aveugle. Mais lui :
— Assurément, c’est ma mort que tu désires, puisque tu agis de la sorte à mon égard. Eh bien! meurs donc toi-même.
Ce disant, il saisit sa femme, la jeta hors de la tente, et, lui ayant cassé la tête, elle mourut. Voilà la fin.
Racontée par Sylvain Vitædh, en 1870, au fort Bonne-Espérance.
LPPPPPIPL IS
NITCHPA KPET