LES DEUX FRÈRES
Suite de la même Légende.
Au commencement du monde, deux frères se perdirent; ils furent séparés l’un de l’autre, et partirent en se recherchant l’un l’aatre autour du Pied-du-Ciel, dit-on. Ce fut ce qui arriva au commencement, dans un passé très éloigné. — (Envin.)
D'abord, ils n'étaient que de petits garçons et se dirent :
— Voyons qui de nous deux courra le plus vite. Voyons qui sera le plus ingambe à faire le tour du ciel.
Ils partirent chacun dans une direction opposée, grandirent, vieillirent et ne se rencontrérent plus que lorsqu'ils se trainaient à grand’peine à l’aide de béquilles.
— Qui es-tu ? dit l’un à l’autre sans le reco1naitre.
— Alors voilà, je suis un tel. Au commuacement du monde, mon frère cadet et moi nous
nous dîmes : Courons autour du ciel, pour savoir qui est le plus puissant, le plus ingambe.
— Comment, tu te souviens de cela ? dit le second. Mais ce frère si présomptueux, c’est moi. Hélas ! oui, mon ant je voulais mettre toutes choses dans un meilleur ordre; je voulais tout voir, tout connaître. Jusqu'où suis-je allé? Je ne m'en souviens plus. Alors, fais-m’en donc souvenir, Ô mon frère!
— Moi, reprit l’aîné, j'ai fait grandir la terre. Est-ce que mes jambes sont légères, ingambes ? pensais-je. Alors, j’ai fait le tour du Pied-du-Ciel à la course, et, ce faisant, j’ai agrandi la terré; mais moi aussi je me suis rendu misérable et malheureux par ma présomption.
Puis il continua :
— Agissons de manière qu’à l'avenir il y ait une nouvelle terre; réparons l’homme, dit le frère aîné.
Alors, tout à coup, une grande montagne surgit :
— Cette montagne, qui l’a placée là, je suppose? Entres-y, mon frère; pénètres-y, dit le frère aîné.
Le cadet y pénétra; alors, tout à coup, la montagne s’étendit, se dilata ; elle éclata en quelque sorte, et après avoir rempli la terre, le vieillard en sortit rajeuni et semblable à un enfant.
Puis la montagne reprit ses proportions premières.
— Moi aussi, je vais y pénétrer, dit l'aîné.
Probablement que nous nous reverrons plus tard.
L’aîné y entra à son tour, et de nouveau la montagne s’étendit, se dilata, éclata, et le second vieillard en sortit rajeuni et semblable à un enfant.
Alors les deux vieillards, redevenus enfants ou jeunes garçons, se dirent l’un à l’autre :
— Il faut que nous redevenions ce que nous étions sur la terre primitive, lorsque nous en étions les habitants, au commencement des temps. Quand nous aurons envie d’exécuter un dessein, autour de ce ciel qui nous entoure, eh bien!
nous l’exécuterons en tant d'années. Nous allsns remettre toutes choses dans l’ordre, nous tuerons les géants mangeurs-d’hommes et meurtriers, les lions aussi, les baleines et autres monstres marins aussi; nous les pourchasserons au loin; nous anéantirons sans pitié tout ce qui est mauvais. Nous vivrons de viande, que nous ferons cuire en jetant dans un vase d’eau des pierres rougies; avec des racines, nous nous tresserons des marmites imperméables. C’est ainsi que nous deviendrons plus hommes que nous le fümes par le passé, sur la terre primitive.
Ainsi se concertèrent les deux frères. Ils vé-
curent de nouveau fort longtemps et furent encorc accablés de vieillesse, après avoir vu se renouveler leur jeunesse.
C'est ainsi, dit-on, que dans un passé fort éloigné, la montagne de roche refit l’homme (Kfwi dènè naëssi).
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