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LE THAUMATURGE ET L'AUTRE TERRE

Un homme, qui pour combattre se servait du kkça-la-yiyay ou fronde à manche de bois, et qui, par son seul regard, avait le pouvoir de donner la mort, s’avisa un jour de suivre le gibier empenné lorsqu'il s’en retournait vers le Sud, en automne. Le thaumaturge (nayéwérs) partit donc et arriva avec le gibier parmi les âmes des morts au Pied-du-Ciel (Ya-kké tchiné).

Dans le Sud-Ouest, au Pied-du-Ciel, est une grande caverne béante, et du Pied-du-Ciel sort un fleuve, et devant l’antre s'élève un grand arbre.

Par l’ouverture, on pouvait apercevoir l’intérieur ; mais la retombée de la voûte empêchait que l’on n’en vit les habitants, sauf jusqu’à la hauteur du genou. C’est là que vont les hommes qui s’éteignent, C’est par l’antre que leurs mânes passent, avec le gibier empenné, au retour de l'hiver. C’est de là que les uns et les autres sortent, chaque printemps. Lorsque le gibier revient de ce lieu dans notre pays, alors les esprits appelés /{sintéwi en reviennent aussi.

Le magicien ayant regardé dans la caverne, il y aperçut des mânes qui tendaient leurs filets au menu fretin et qui en capturaient. Ils visitaient leurs rets avec des pirogues doubles.

D'autre: se divertissaient sur l’autre rive. Il ne put voir 41. les jambes des danseurs ; mais il entendit les âmes qui chantaient en chœur, en répétant ces paroles : « Nous prenons notre repos séparés les uns des autres ! »

Jayéwéri ne pouvait aller trouver ces esprits. Il était retenu de ce côté-ci parmi les morts, que l’on appelle les Cadavres-Brûülés (Ewié Iuré), parmi ceux qui n’ont pas reçu de sépulture, mais qui ont été traités en esclaves et en prisonniers de guerre.

Ces pauvres morts, en peine et errants, pourchassaient les petits fœtus morts dans le sein de leur mère, les nautonectes, les grenouilles, les

écureuils, les rats et les souris. C’est de ces petits animaux de mort qu’ils se nourrissent.

Pendant deux jours et deux nuits, le Thaumaturge résida parmi ces mânes déclassés, et sur terre il passa pour mort. Mais étant parvenu à tuer un petit safsa-holé, :ette capture lui permit de ressusciter et de revenir sur la terre.

Ce ne fat qu’en déracinant et en prenant l'arbre qui poussait devant l’antre que le magicien put sauter dedans, et s’y introduire, dit-on.

Voilà donc la merveille qu’opéra, au commencement, cet homme puissant en merveilles, nommé Nayéwéri.

Or, cette terre des Esprits se nomme L’ey-Nén4 (l’autre mouue).

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(Gigantomachie)

Un jeune homme, ayant découvert un terrier de porcs-épies, il y pénétra ; il entra sous terre,

(1) Au dire des Nabzjoes où Tana, du Nouveau-Mexique,

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il y rampa, retira les porcs-épics, les tua, et ayant trouvé du bois de terre (yu détchiné) (1), il fit du feu dans la terreet fit rôtir son gibier, mangea et jeta les os encore plus bas.

Dans la terre, il entendit des génies qui se parlaient, disant : « Il court parmi les flammes ! »

Cela fait, le jeune homme voulut revenir à la lumière du jour, mais cela ne lui fut plus possible. Il faisait horriblement noir sous terre, il s’égara et ne put plus remonter.

Tout à côté, la foudre retentit. Enna-Guhini frappa la terre d’une pierre de teancrre, d’une hache tranchante ; il l’ouvrit, et y pratiqua un passage à ce jeune homme. Ce fut ce qui arriva, ait-On.

Le jeune homme ayant ievé les yeux vers le géant :

— Mon grand-père, j'ai peur de toi, lui dit-il.

Et il se rejeta en ar:.ère pour se cacher de nouveau dans les entrailles de la terre.

lesquels sont aussi de race Déné-Dindjié, un énorme Castor creusa, au commencement, un grand trou dans la terre, comme le fait ici Ehna-Gubhini, et de ce trou sortirent sept Tana et cinq hommes blanes.

Ils se dirigèrent ensuite vers une mer orientale, la traverserent et sortirent à pieds secs.

C'est dans cette mer qu'ils rentreront après leur mort,

(D'après J. Tarzon.) (1) Lignite ou houille.

De nouveau, le bon géant lança sa hache de pierre tranchante, de nouveau il fit éclater son tonnerre et se fendre les rochers. Ce faisant, il parvint à retirer l’homme de dessous terre; mais ce fut à grand’peine.

— Ah! mon grand-père, lui dit l’homme effrayé, combien j'ai peur de toi !

— Mon petit-fils, lui dit Enna-Guhini, ne crains point, je suis bon et ne détruis pas les hommes. Demeure avec moi, je serai ton protecteur.

Et le jeune homme demeura avec le géant.

Enna-Gubhini le prit par la nuque, à la manière des petits animaux, et le plaça comme un petit chat sur son épaule ; puis, il se retira. Tout en cheminant, ils virent un troupeau de rennes qui paissaient.

— Vois, mon petit-fils, ces lapins qui brouttent, dit le géant au jeune homme.

Il leur décocha un dard de silex, et en tua deux, qu’il passa à sa ceinture comme des lapins de champs.

— Mon petit-fils, allume-moi du feu, dit Enna- Gubhini; prends cette paille et fais du feu.

Ce qu'il appelait de la paille, c’étaient de gros sapins secs.

Il fit rôtir les deux rennes en entier, leur cassa la tête comme nous le faisons aux lièvres, et dîna.

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