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Il donna au jeune homme à manger les entrailles d'un renne, comme nous faisons à l'égard d’un petit chien. Mais celui-ci ne put en venir à bout.
— Comment, mon petit-fils, ton estomac est si exigu | fit-il.
Et il dévora tout.
— Mes chiens vont venir dévorer les os, ajouta-t-il.
Un gros rat musqué était perché sur sa clavicule. Il appelait ce rongeur un pou. Il le prit, le plaça entre son pouce et son index et l’écrasa bel et bien.
Ayant vu un gros orignal :
— Vois, dit-il, ce coq de bruyère qui se promène là-bas.
Cet élan, il le flécha et le tua. Il voulut que l'homine l’avalât; mais celui-ci ne put en venir à bout :
— Ah! mon petit-fils, que ton gosier est étroit ! fit le géant.
Après cela, Enna-Guhini prit de gros castors géants auxquels il coupa la queue. II les écorcha, prit une queue de femelle bien rôtie, et la passant à l’homme :
— Mon petit-fils, une bouchée ! dit-il.
Il porta la queue du castor géant à la bouche du jeune homme :
— Avale cela, c’est délicieux ! fit-il.
Le jeune homme ne put seulement venir à bout de la trainer, même à l’aide d’une corde, et il n’en mangea qu’un petit morceau.
Enna-Guhini lui dit alors :
— Ya-na-kfwi-odinza (celui qui use le firmament de son occiput) est fâché contre moi, Il a conjuré ma perte.
Il plaça l’homme dans le fourreau de son couteau de silex qu’il portait suspendu au cou, et partit avec lui. Cet homme (Dènè) devint son ami, son compagnon et son conseiller. Il dormait sur l’oreiller du bon géant.
— Or sus, mon petit-fils, lui dit encore celuici, si Ya-na-kfwi-odinz: me tue, les nuées seront teintes de mon sang ; elles en seront rougies, probablement.
Il alla tendre un hameçon pour prendre du poisson, et d’une dent de castor géant, il fit une hache. Puis, il s’en alla à la rencontre de son ennemi, le mauvais géant; car Enna-Gubhini et Ya-na-kfwi-odinza se détestaient cordialement.
— Je m'en vais examiner les pistes, dit le premier au jeune homme; pour toi, fais le tour du lac et examine le terrain. Si tu entendais le bruit Pa ! pa ! pa ! pa ! ce serait un indice de son approche.
Ce disant, il lui donna sa hache faite d’une dent de castor gigantesque.
L'homme partit.
Alors, sous la glace, il entendit un son mat: Pa ! pa! pa! Il lui sembla que l’on se battait dans l’eau, sous la glace qui recouvrait celle-ci; mais c’était une baleine qui faisait tout ce fracas, parce que, étant nue, elle avait froid.
Le jeune homme courut avertir Enna-Gubini, qui alla à la rencontre du cétacé. Alors, celui-ci, redevenant homme, se jeta sur le bon géant. Ce n'était autre que Ÿa-na-kjwi-odinza.
Les deux géants luttèrent avec fureur.
— Jetiens haut la hache en dent de castor !
s’écria le jeune homme pour avertir Enna-Guhini.
Ce disant, l’homme frappa le mauvais géant sur le phallus, qu’il lui détacha. Ce membre roula dans la neige, semblable à un cornet d’écorce de bouleau.
— Mon petit-fils, cria Enna-Gubhini, tranchelui le tendon du pied.
—- Je tiens haut la hache, cria l’homme de nouveau.
Alors, l’homme coupa à Ya-na-kfiwi -odinza le nerf de la jambe. Le géant tomba de tout son long à la renverse. L'homme pénétra dans son corps par l'ouverture du pénis qu’il avait coupé à ce dernier, et le tua. Ya-na-kfwi-odinza mourut.
Sa femme étant survenue, Déné la tua également. Alors, l’homme dit au géant :
— Mon grand-père, le géant a un fils.
— Tue-le donc aussi, répondit l’autre.
Dènè ne put en venir à bout, bien que le bambin fût encore au maillot. Enna-Gubhini lui pressa la gorge, comme on fait à un oiseau, et il mourut.
Ya-na-kfwi-odinza avait une fille nubile. Enna- Guhini épancha de l’eau. Ses eaux formèrent un fleuve qui emporta à la dérive la fille, et elle s’y noya.
Voilà donc bien la race des géants mauvais détruite.
Dènè ayant demeuré longtemps avec Enna- Guhini, le bon géant finit par le congédier.
— Il y a encore d’autres Ya-na-kfwi-odinza, lui dit-il de nouveau. Tous ne sont pas morts. S'ils parviennent À me vaincre, tu verras les nuées teintes de mon sang; le ciel en sera rougi.
Quant à toi, retire-toi, tu as assez combattu.
Ce disant, le bon géant donna à l’homme son bâton, ou du moins il lui en donna la moitié, car il était très grand.
— Quand tu voudras dormir, lui dit-il, plantele à ton chevet. Et lorsque tu te trouveras en face de quelque grande difficulté, grimpe sur un sapin et crie de toute ta force vers moi.
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