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Dènè quitta son protecteur et il s’en fut tout triste. Dès cette première journée, il alla très loin. La nuit venue, il monta dans un arbre pour y dormir, parce qu’il craignait les bêtes féroces.
Pendant la nuit, il entendit Xa/ xa/! xa!
C’étaient les chiens du géant qui l’avaient suivi et qui cherchaient à abattre son arbre pour le dévorer.
— Grand-père, s’écria Déné, voilà que tes chiens veulent m’abattre avec mon arbre !
Les chiens d'Enna-Guhini étaient très nombreux. C’étaient l'ours, le loup, le renard, le carcajou, le renne, l’orignal et même la souris. Tous les animaux étaient les chiens du géant. Et tous, prenant l’homme pour leur ennemi, essayaient d’abattre son arbre pour détruire l’homme.
Mais aussitôt, il entendit la voix du bon géant qui retentit dans les airs: « Kopa-éko, L'éléziné ! Kopa-éko ! lé ! Ilé! Ilé ! (Aube-qui-fuit, Cendre- Légère, Aube-qui-fuit, ici, ici, icil) » Aussitôt, tous les animaux s’échappèrent à travers bois, accourant vers leur maître, et l’homme se trouva délivré. Il descendit de l’arbre, se coucha au pied, planta le bâton du géant près de sa tête et, s’endormant, il se trouva par enchantement rendu auprès de sa mère.
La mère de Dènè le pleurait déjà comme mort.
Elle en avait jeté les vêtements comme on fait des hardes d’un mort.
Lorsqu'il arriva auprès d’elle et de ses parents, il voulut leur manifester la puissance qu’il avait reçue de son ami et protecteur le bon géant :
— Vous avez brûlé tous mes vêtements, leur dit-il. Eh ! mourez donc à votre tour.
Et:ils moururent tous.
— Eh bien! maintenant, relevez-vous ! leur dit-il.
Et ils redevinrent des hommes nouveaux.
En leur présence, il prit ses raquettes et les plantant dans le sol :
— Or sus, transformez-vous, leur dit-il.
Et les raquettes devinrent deux beaux arbres verts, deux petits bouleaux.
— Eh bien! maintenant, redevenez raquettes, leur cria-t-il.
Et aussitôt les arbres reprirent leur première forme.
Tout à coup, comme Dènè était avec ses parents, le ciel rougit. Alors, il se souvint de la parole du bon géant, et il s’enfonça dans les bois en pleurant :
— Oh! grand-père, hélas ! hélas! Oh ! grandpère, hélas ! hélas !
Après cela, il suivit une belle jeune fille et l’épousa. Le gras, il le rendit très gras; la graisse,
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il la changea en vapeur, et la viande, il la fit excellente (1).
À la fin, il ne se leva plus, par suite de la vieillesse; il ne commanda plus personne. Dans une île, d’un grand tas de terre et de pierre il se fit un tombeau.
— Quand je mourrai, vous mettrez là-dedans mes os, dit-il à ses enfants.
C’est la fin.
KUNYAN (Le sensé) OU EKKA-DÉKHINÉ (CELUI QUI TRAVERSE SUR L'EAU TOUTES LES DIFFICULTÉS)
(Déluge.)
Kuñyan (le Sensé) vivait seul sur la terre, ayant pour femme sa propre sœur, aussi sensée que lui. C'était un vieillard sans ancêtres ni descendance.
(1) Toutes ces phrases sont à double sens: Ekksa l'étii agunfwen, égé t'utsélé agunfwen. Elles sont expressives de la circoncision, mais je ne puis les traduire littéralement en français.
Voici comment il se maria : Il demeurait tout seul, lorsque, étant allé quelque part, il y trouva une belle femme qui lui plut. Il lui demanda à manger. Elle le servit. Aussitôt, il demeura avec cette femme qui, d’ailleurs, je l’ai déjà dit, était sa propre sœur.
Là habitaient aussi les souris et les belettes qui étaient semblables à des hommes. La souris dit donc à Kuñyan :
— Mon fils, que viens-tu faire ici chez nous ? N’as-tu pas tes parents pour demeurer avec eux ?
Le Sensé demeura cependant avec la souris et la prit pour femme. Pendant leur son:meil, le vison et la belette pénétrèrent par son anus pour essayer de le détruire ; mais il les rejeta, se leva et se mit en colère contre la femme qui venait de le tromper.
La souris le quitta et alla se plaindre à son père, l’ours blanc des glaces, un gros bonhomme auquel elle dit :
— L'homme m'a fait ceci et cela; il s’est mis en colère, m'a battue et outragée.
Aussitôt l’ours blanc, fort ému, se leva et se dirigea vers le Sensé pour lui demander raison de sa conduite. Mais celui-ci, qui l’attendait sous des poiriers sauvages qui croissaient là en abondance, commença par se repaître de poires à sa tiété, puis il tua l’ours et sa fille, et s’en alla.
Après cela, le Sensé eut envie de faire des flèches, Ayant avisé le plus gros des poiriers, il le frappa sur le tronc, et aussitôt il tomba de ses rameaux une pluie de hampes de flèches toutes préparées.
— Maintenant, il me faut des dards, dit-il.
Il s’en alla au bord de l’eau, y vit une grosse pierre feuilletée. Il la jeta dans l’eau, puis dans le feu, et aussitôt la roche se divisa en une quantité de pierres plates, dont il fit des dards en un instant.
— Maintenant, il me faut des pennes pour mes flèches, dit-il,
Il s’en alla vers un gros sapin, au sommet duquel un grand aïgle à tête blanche avait fixé son aire. Il y grimpa, en l'absence du père et de la mère, et se blottit dans le nid avec les aiglons.
— Yena-t-il, parmi vous, un qui soit rapporteur, et qui puisse me trahir? demanda le Sensé aux aiglons.
— Oui, dit un petit aigle, ma sœur que voilà médit et commet la détraction.
Kuñyan la prit, la tua, la jeta en bas du nid et prit sa place.
— Alors, dis-moi, petit, quand ton père reviendra au nid, que se passera-t-il ? dit le Sensé à l’aiglon.
— Si c'est mon père qui revient, tu seras inondé d’une grande lumière, répondit l'oiseau.
— Et si c’est ta mère qui arrive au nid, que se passera-t-il ? continua l’homme.
— Si c’est ma mère, il fera nuit noire.
Ce disant, le petit se rassit dans son aire. On entendit un grand bruit d’ailes qui produisirent des tonnerres et des éclairs, et tout à coup le grand Aigle revint, et il fit jour.
— Je sens la chair humaine ! je sens la chair humaine ! s’écria l’oiseau de la foudre.
— Quoi donc ! tu me portes tous les jours de Ja chair humaine à manger, répondit l’aiglon, et tu t’étonnes d’en percevoir l’odeur |
Le mâle s’envola de nouveau. Il y succéda un autre bruit d'ailes, et l’aigle-femelle arriva au nid. Aussitôt la nuit se fit.
— Je sens la chair humaine ! Je sens la chair fraîche ! s’écria l’oiseau carnassier.
— Maman, tu en déposes tous les jours ici pour moi; pourquoi t’étonnes-tu d'en sentir l'odeur ? répondit le petit aigle.
Elle partit à son tour, et l’homme se retrouva seul avec son libérateur. Aussitôt il se jeta sur l'aiglon, il lui arracha ses plumes naissantes, il brûla son nid ; il prit le petit, il le dépluma, il lui arracha les plumes une à une, il le tua, et s’en
en
alla avec unequantité de plumes de tonnerre dont il garnit ses: flèches:
De son union avec sa sœur, Xuwiñyan eut un fils, un fils maussade, qui pleurait sans cesre.
— Sans doute qu’il n’a pas de jouet, pensi-l.
Il s’en alla au bord de la mer, grimpa sur un grand sapin, en élagua toutes les branches à l'exception d'un bouquet tout en haut, coupa ensuite l’arbre par le pied, et le donna à l’enfant en guise de hochet. Depuis lors, il ne pleura plus.
Après cela, il prit envie à Kuñyan de détruire tous les hommes. Dans ce but, il fit une grande provision de bois de saule- sec, lequel est très dur et aigu comme dès pointes:de fer: Il épointa ces branches sèches et les planta comme des chevaux de frise tout autour de sa tente. La nuit venue, il arriva beaucoup de monde pour visiter le Sensé, et tous: s’éventrèrent ou: s’enfourchèrent sur ces pieux.
Puis il dit à sa-sœur:
— Avec de: l’écorce-de’ bouleau, prépare-moi une-sellette d’enfant.
— Que-veux-tu fäire de cela? li dit sa sœur.
Cependant elle fit là sellette, qu’elle garnit de mousse.
Quand’ Hyan- eut ‘sa: sellette, il se transforma en‘un petit enfants s'àssit: dans : le’ petit siège; le
fixa autour de son petit corps, et se dirigea en titubant, jambe de ci, jambe de là, vers le peupie qui se trouvait rassemblé au bord de la mer.
— Voyez donc Le petit enfant qui nous arrive! s'écria-t-On.
Aussitôt, rejetant sa sellette et ses langes, le petit enfant redevint un géant terrible. Il se jeta sur cette ioule et la massacra avec fureur.
Après cela, le Sensé dit à sa sœur :
— Là-bas, au Pied-du-Ciel, je vais construire un granç! radeau.
— Et que veux-tu faire de ce cajeu ? réponditelle.
— S'il y a une inondation, comme je le prévois, nous nous y réfugierons, dit-il.
Il fit part de son projet à ce qu'il restait encore d’honimes sur terre. Ils en firent des risées.
— Oh! oh! oh! S'il y a une inondation, nous nous réfugierons sur les arbres, lui répliquerent-ils.
— C'est bon, c’est bon, dit-il. Moi, s’il y a une inondation, je voguerai sur mon cajeu.
Li tressa donc de grosses cordes de racines ; il en fit un grand nombre, il travailla beaucoup, il réunit de grandes r'ces de bois et construisit, lui tout seul, un grand radeau.
Tout d’un coup, il y eut une inondation telle que jamais on n’eu vit de semblable, Ce fut
comme si l’eau jaillissait de toutes parts. Les hommes s'empressèrent de se sauver sur les arbres; mais l’eau monta, monta, es atteignit et les noya. Tous les hommes moururent.
Quant au Sensé, possesseur d’un bon et grand radeau dont toutes les pièces étaient unies et liées avec des cordages, il flottait sur les eaux et 2 périt pas. Tout en flottant, il pensa à l'avenir et recueillit deux par deux de tous les animaux herbivores, de tous les oiseaux et même de tous les carnassiers qu’il rencontra en route.
— Placez-vous sur mon radeau, leur dit-il, car bientôt il n’y aura plus de terre.
De fait, la terre disparut pour un temps bien long et personne ne se sentait d'aller la chercher, personne, dit-on. Le rat musqué plongea le premier et essaya d'atteindre la terre. Hélas! il revint à demi mort à la surface de la mer, et sans l’avoir touchée.
— Il n'y a pas de terre ! dit-il.
Une seconde fois il plongea, et cette fois-ci, en remontant, il dit à Kwñyan :
— J'ai senti l'odeur de la terre, mais je n'ai pu l’atteindre.
Après le rat musqué, le castor plongea à son tour. Il demeura longtemps sous l’eau sans reparaître. A la fin, on le vit remonter sur le dos, à bout de souffle, sans connaissance ; mais dans sa