‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 40 sur 160 · PT D CA ET · texte numérisé non relu

PT D CA ET

patte il tenait un peu de limon, qu’il donna au Sensé.

Le vieillard plaça cette boue sur l’eau en pensant :

— Je veux qu'il y ait encore une terre!

En même temps, il souflla sur ce peu de terre, et l’animant, elle grandit. Aussitôt il y posa un petit oiseau, et elle grandit davantage.

Le vieillard se mit à souffler, à souffler, et l: terre grandissait toujours. Il y mit alors un renard qui fit le tour du disque flottant en un seul jour. Mais la terre augmenta encore de volume. Le renard courut de nouveau tout autour, et la terre enflait toujours: Plus le renard courait, et plus la terre, se dérobant devant lui, augmentait en étendue.

Le renard fit deux fois; trois fois, quatre fois, cinq fois, .six fois lè tour de la terre; et elle augmentait toujours. Lorsqu'il en. fit le septième tour, elle était complète et telle qu'avant l’inondation.

Alors le Sensé fit sortir: tous les ammaux dü radeau et:les déposa sur: terre: Puis, lüi-même, sa femme et son fils, y débarquèrent ::

— Cest: par: nous, dit-il, que cette terre se repeuplera.

Alors la terre se'repeupla’ d'hommes:

Après-cela, Kuwñyan:se trouva: en présence: d’une

ne

autre difficulté. Tout autour de lui s’étendait la mer immense qui avait absorbé toute l’eau, et il ne pouvait en être maître. Alors l’oiseau-monstre, appelé Yikôné ou le Butor, but toute l’eau; il vit la difficulté et aida l’homme. Mais l’eau bue, il demeura couché inerte sur le rivage, le ventre enflé outre mesure.

Le Sensé dit au pluvier.

— L'Hydre, le buveur d’eau, est couché au soleil, son gros ventre plein d’eau, perce-le-lui.

Le pluvier se rendit auprès du Butor, qui ne.se méfia pas d’un être semblable à lui :

— “i1 grand’mère a sans doute mal au ventre, dit-il.

Et, tout.en faisant semblant de la plaindre, il lui passait la main sur le ventre comme pour le lui frictionner.

Tout d’un coup le pluvier égratigna le ventre du Butor d’un vigoureux coup d’onglon. Aussitôt l’eau gronda, où entendit l’eau mugir. Du ventre de l’hydre somtirent des rivières qui formèrent des lacs. Et. la terre, arrosée de nouveau, redevint habitable.

me de ART CE en 2

T£ATSAN KOTTCHA DÈNÈ DUGODÉLLI (LE CORBEAU DESTRUCTEUR DES HOMMES)

(Suite de la précédente tradition.)

Or, Kuñyan demeurait alors seul avec le Corbeau, qui le volait sans cesse.

— Cesse d'agir ainsi, lui disait le Sensé.

— Non, dit le corbeau, je continuerai à dérober; et si tu me tues et me précipites dans le feu, prends garde, car tous les hommes disparaîtront.

Le corbeau continua donc à voler le Sensé, qui se fâcha, le tua et icta son cadavre dans le feu. Alors tous les hoinmes disparurent de la terre comme par enchantement ; sur toute la surface de la terre, on ne découvrit plus un seul homme.

— Comment cela a-t-il pu se faire ? pensait Kuñyan.

Il s’en alla donc visiter les ossements du corbeau. Il trouva dans le foyer ses os brûlés et blanchis, il les ramassa, les déposa en un autre lieu, et les recouvrit pieusement d’une petite peau. La queue du corbeau toute seule paraissait

LE ES RTE

intacte. Le Sensé se baissa et, sur ces ossements, il petia.

Aussitôt le corbeau reprit vie, et, par reconnaissance pour son créateur, il s’écria :

— Maintenant je vais refaire tous les hommes. Là-bas sur la plage, dirigeons-nous tous les deux.

Kuñyan et le corbeau s’en allèrent donc sur le rivage, où une grosse femelle de brochet et une loche reposaient étendues au soleil presque à fleur d’eau.

— Moi, je vais m'approcher de l’un de ces poissons, dit le corbeau au Sensé. Toi, tu vas t’accointer avec l’autre.

Ils agirent ainsi, et aussitôt du corps du brochet, de par Kuñyan, sortit une foule d'hommes; tandis que du corps de la loche, de par le corbeau, surgit une foule de femmes.

Et ce fut ainsi que la terre se repeupla, dit-on, au commencement.

Plus ou moins longtemps après, les hommes s'aperçurent que les animaux disparaissaient sans que l’on sût ce qu’ils devenaient. Comme le cotbeau faisait retentir les forêts de ses croassements, tous les ruminants en déguerpirent, et il n’y en eut plus. Une grande troupe d'hommes partit donc pour aller à la recherche des animaux dont on se nourrit.

Ils rencontrèrent le corbeau, chemin faisant.

Déna

—— Corbeau, tu es un voleur, lui dit-on; car nous nous apercevons que nous n'avons plus de provisions.

Or, le corbeau s'était construit une maison dans une ile.isolée, où.il avait amassé une quantité prodigieuse de viande de castor, qu'il avait «découpée et baucanée. Une vieille femme, nom- «née la Chouette, qui en avait fait la découverte «en allant visiter journellement ses lacets à lièvres, conduisait la troupe d'hommes. Elle entra même -seule chez le corbeau, en.s’écriant :

— Eh bien! avez-vous de la viande cuite?

— Non, elle n’est pas encore cuite, avait ré- -pondu le corbeau.

.La Chouette, mécontente, invectiva le corbeau. -Ils se contredirent, et le corbeau, comprenant enfin qu’il y avait quelque complot ourdi contre lui, et qu'il était trahi, se sauva à tire d'ailes en croassant.

La Chouette tendit des lacets .dans le grand parc où le corbeau gardait tous les animaux, et -elie y prit quantité de rennes.

Les cris .du corbeau attirèrent la foule des Chasseurs, qui trouvèrent chez le voleur une ‘grande abondance de graisse et de viande. La bande joyeuse s’empara dela maison et s’y installa.

Mais : « Chut! chut ! Doucement |. doucement !

se dit-on. Le.corbeau va revenir; ne faisons pas de bruit, afin de capturer ce maudit. »

Or, le corbeau, qui était un magicien très

puissant, avait mis dans un sac de la fiente de

chien, médecine très forte. En son absence, la troupe s’était assise et attendait en silence. Sur le sentier, on trouva du gras de renne. Les hommes voulurent le manger. Pouah ! il se changea dans leur bouche en fiente de chien.

Plus loin, ils trouvèrent de la viande qui paraissait excellente. . Même mystification leur arriva. C’est que le corbeau avait attrapé tout ce monde en dispersant le contenu de son sac à médecine qui contenait de la fiente de chien.

— Comment faire pour punir cet infâme ? se disait-on en fureur.

Alors, cette même vieille, appelée Inéle-otsihiñé ou la Chouette, construisit une loge. de médecine et dit :

— Je vais faire la médecine afin de .découvrir la retraite du corbeau; car je le cherche vainement, je ne le vois plus; mes yeux me paraissent comme s’ils étaient cuits.

Aussitôt, faisant la jonglerie, elle le vit et dit :

— Voyez-vous là-bas cette terre qui s'alirnge à l'horizon ? C’est là que se trouve le voleur. Allez-y.

La troupe repartit de plus belle. Elle par:ourut

les bois et finit par découvrir ce dernier repaire du corbeau. C'était une tente de peau, et sous

cette tente, il y avait une grande abondance de

viande. On y faisait sécher des flancs de rennes.

Le corbeau, surpris par les chasseurs, ne put s'enfuir :

— As-tu de la viande à nous donner ? lui demanda-t-on.

— Eh ! certes, oui, j’en aï, et de l’excellente, répondit-il.

Alors on lui pilla toute sa viande, on lui reprit tous les animaux qu’il avait parqués, et la terre se repeupla d'animaux ruminants.

— Maintenant, tuons le voleur, ce maudit corbeau, se dit-on.

Tous les hommes voulurent se jeter sur leur exacteur;, mais il fut plus prompt qu'eux, il se métamorphosa de nouveau, et partant à tire d'ailes : « KXrwa ! krwa ! hkrwa ! » s’écria-t-il en s’envolant.

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