‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 43 sur 160 · WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y · texte numérisé non relu

WEST MAIN STREET WEBSTER, N.Y

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parents avec lui. Ils suivirent les pas de L'atsanatsandé jusqu’à une fontaine, de l’autre côté du lac, et y allumèrent du feu.

La femme demeurait avec les étrangers, dans un gros village qui se trouvait au bord du lac. Il y avait là beaucoup de monde, et leurs maisons étaient pleines de charbon. On y voyait aussi de gros quartiers de viande suspendus.

Un des habitants de ce village ayant vu passer L'atpa-nalsandé crut que c'était sa propre femme, bien que leurs vêtements fussent dissemblables. Cependant il sortit, alla vers elle et, la prenant par le coude :

— Viens dormir ävec moi, lui dit-il.

La belle lui rit au nez et l’homme la frappa.

— Apporte ici du bois, ajouta-t-il ; rentre du bois dans la maison.

La femme fit semblant d’aller en chercher; mais elle rentra sans le bois en disant :

— Ma corde s’est cassée.

Il la frappa de nouveau. C’est pourquoi elle se sauva dans les bois. Mais l’ennemi la rattrapa.

La nuit arrivée, le mari et les parents de L'atsa-nalsandé entourèrent ce village ennemi pour le mettre à sac.

Elle dit à son ravisseur :

— Je crois que ceux qui viennent pour vous tuer ont abandonné leurs projets. Ils sont pares-

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seux, sans doute. Leur pays est si éloigné qu’ils hésitent. Que pouvez-vous craindre ?

Dans la forêt, L’'alca-natsandé avait rencontré son véritable mari et lui avait donné ce signal :

— Tu battras du briquet, mais tu cacheras l’'étincelle.

Pendant la nuit donc elle entendit que l’on battait du briquet en dehors de la tente sans qu’elle pût voir d’étincelle (1). Puis, tout à coup, elle entendit glousser une gélinotte. Aussitôt L'atça-natsandé, sachant que son mari l’attendait dehors, frappa de sa hache son ravisseur et le tua.

Le mari raillait en dehors de la tente en entendant ces coups de hache :

— Ah!ah!je suppose que mon ennemi se fait caresser par sa maîtresse. Elle l’agace sans doute, disait-il en riant.

Aussitôt lui et les jeunes gens de sa suite se jetèrent sur les habitants du village endormi; ils les massacrèrent tous ; il reprit sa femme, L'atoanatsandé, et non seulement elle, mais encore la femme du ravisseur, qu’il garda désormais pour

(1) Les Peaux-de-Lièvres connaissaient l’usage du briquet depuis fort longtemps. Ils se servaient à cet effet d’un silex et d'un morceau de pyrite ou sulfure de fer, minéral qui «bonde dans leur pays.

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seconde épouse. Dès lors, il eut donc deux femmes.

Dans ce grand village se trouvaient cinq grandes caches à viande pleines de viande excellente. Il les prit, s’empara de leur contenu et brüla les cinq sarcophages.

L'atpa-natsandé était très gloutonne. Elle avait un'appétit de carcajou. Or, il arriva que la famine éprouva lé pays; et cependant, elle ne ménageait rien. Son mari partit donc pour la chasse aux rennes et dit à sa femme :

—. Ce m'est bien pénible de demeurer avec mes semblables, car on ne cherche que ma perte à- cause de ta beauté. Je ne puis plus demeurer ici ; allons vers la mer.

De fait, on cherchait à le: tuer pour avoir sa beile femme.

Ils partirent. Ils avaient avec eux leur fils, leur unique enfant.

Étant arrivés au bord delà grande eau, le mari tendit des hameçons aux truites saumonées, et il en prit deux pendant la nuit:

Tout à coup, au milieu des téhèbres, un renard s'enfuit. L'homme tressaillit.

— C'est peut-être un ennemi qui épie ma fermme,.se dit-il, parce qu’élle.est. belle et. gloutonne, et qu’elle mange sans:cesse-les provisions de nos voisins.

veau, et ils se recouchèrent pour dormir, sans qu’elle fût de retour. Ils y étaient habitués.

DES DÈNÈ PEAUX-DE-LIÈVRE 161 deux Il se leva donc. | :

— Allons nous coucher plus loin, dit-il à sa L andes Érnme, te. Il Son mari la connut. Elle le regarda, et de la a les tête de l'oiseau elle enleva une peau blanche; | î puis il s’endormit, et son fils avec eux. me Pendant la nuit, des gens armés survinrent; a fa- mais le mari et son fils continuèrent à dormir. le ne Cependant on entendit le bruit de gens qui se or la battent, de gens que l’on tue; puis le silence se fit, on n’entendit plus rien. Seulement, leur camstrié à pement était inondé de sang, et l’on distinguait Pere ', deci delà des cadavres gisants, semblables à de ER gros animaux que l’on aurait tués à la chasse. 1 Quant à L'atea-natsandé, elle avait disparu ; " BE mais, au bord de la mer, un gros carcajou était Lh : en train de dévorer les cadavres à belles dents. DR: s leur À Quand le mari et son fils se réveillèrent, le ml: À lendemain au jour, ils virent le sang et les ca- | L. 7 4 davres, et ils aperçurent aussi l’animal glouton y etil | qui se repaissait de corps morts. Ils accoururent vers lui; maïs l’animal se moqua d’eux, et déguer- l pnard à pit sans qu’ils pussent l’atteindre. | EVENE : Quant à L’alca-natsandé, elle ne reparut pas. La | He. Tout cela était un mystère inexplicable pour les 1 ge deux hommes. Cependant, la nuit se fit de nou- { sion | 111

II | ‘à

Le lendemain, à leur réveil, elle se trouvait là, à leur côté, comme si de rien n'avait été. Mais à l'avenir, elle n’eut pas grand’faim de viande, diton; elle avait trop mangé de chair humaine (1).

L'ATPA-NATSANDÉ ET K£ÇON-ÉDIN (LA FEMME QUE L’ON SE PILLE MUTUELLEMENT ET L'HOMME SANS FEU)

(Suite de la légende précédente.)

Un homme, appelé Kpon-Édin (Sans-Feu), avait une femme nommée L’alsa-natsandé, pour laquelle tout le monde se battait à cause de sa beauté.

Un chef, nommé Yamon-kha (l’Horizon qui blanchit), la lui avait ravie. L’un et l’autre avaient de nombreux serviteurs. C’est de cette

QG) Le narrateur laisse deviner à ses auditeurs que cette femme, belle mais gloutonne, s’en allait dans les camps de ses ennemis pour se repaître de cadavres, après s'être métamorphosée en carcajou ou glouton, durant le jour. La nuit, elle redevenait femme. C’est la croyance orientale et arabe aux Ghoules où vampires.

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