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LE PETIT BIEN-AIMÉ ET LE CORBEAU QUI COURT

(Suite de la légende précédente.)

Une vieille femme avait élévé, dit-on, un tout petit enfant. C'était l’un d’entre ce peuple haïssable et mauvais que l’on détruisait. Ce petit mauvais sujet était traité en fils adoptif par la vieille.

I ÿ avait aussi un chef puissant qui habitait une belle maison de bois et qui était le mari de

Se

deux femmes. On le nommait le Corbeau qui court. Il était riche, et l’on voyait au fond de sa maison ses jolis plats et ses coupes rangées avec ordre.

Or, le petit mauvais sujet dit à sa vieille mère adoptive :

— Mère, je m'en vais chez le Corbeau qui court.

— Eh! qu'y vas-tu faire? lui répondit-elle. C’est un homme puissant et farouche. Il est bien diffcile que tu te présentes à lui, mon fils.

— Néanmoins je vais y aller, dit-il. Peu importe.

L'enfant magicien s’en alla donc chez le Corbeau qui court ; il renversa tous ces beaux vases dont il était si fier, il répandit tout autour quelque matière inflammable, et il y mit le feu.

De l’intérieur de sa demeure, le grand chef entendit le vacarme.

— Qui donc a brûlé mes beaux ustensiles ? demanda-t-il.

— C’est, lui répondit sa femme, le petit Bien- Aimé, ce méchant petit tabou de Bouse.

Elle l’appelait ainsi parce que le corps de l’enfant avait été frotté de bouse de bœuf musqué, pour qu’il acquit la vertu magique.

Cependant, comme le Corbeau qui court était furieux, l’Enfant-Bouse se cacha; mais il agissait

dans l’ombre. Quand le jour reparut, le Corbeau qui court trouva sa demeure remplie de duvet blanc d'oiseaux que le petit mauvais sujet y avait éparpillé; car il portait au cou une amulette d’oiseau. Le chef, fâché, voulut en punir l’enfant. Mais lui, dormait ou faisait semblant de dormir, inconscient.

Cependant on partit pour la guerre.

— Rendons-nous là où nos ennemis se cachent, se dirent les hommes; mettons-nous en marche pour les combattre.

Ils partirent donc, laissant l'Enfant magique dans sa tente.

Mais après le départ des guerriers, il dit à sa vieille mère :

—- Grand’mère, je veux suivre les combattants.

— Que me dis-tu là? répondit-elle. Tu es si petit et ton vêtement si insuffisant |! Tu mourras de froid.

Il ne répondit rien, mais durant la nuit il disparut et rejoignit les guerriers du Corbeau qui court. Celui-ci était sur le seuil de sa tente lorsqu’il le vit arriver avec sa petite couverture toute humide du serein de la nuit.

— Mon fils, lui demanda-t-il, que viens-tu faire ici ?

— Je viens pour combattre avec vous, répartit Penfant.

DES DÈNE PEAUX-DE-LIÈVRE 199 de beau ; Il cacha soigneusement sa chevelure, car les as luvet gens du Corbeau qui court se rasaient la tète. | avait é On partait donc pour combattre les ennemis ; . lette l on s’en allait à leur rencontre, lorsqu'il tua les fant. guerriers durant leur sommeil ; il les perça de | De mir, Ë flèches invisibles, il les brisa tous, endormis; il 11

È détruisit tout le monde. Cependant il n'avait pas 4 | combattu, mais il avait fait le maléfice appelé Œ : hent, 1 Ekhé-tayétlin ou l'Enfant lié. Il avait percé une EE rche È petite chienne blanche, il lui avait fendu le nez, À .. avait délayé sa fiente dans son sang; de ce sang, 1 à ique 1 il avait frotté la tente, puis il s’était coché tran- | k: quillement. 11.

ae 1 Eh bien! durant cette même nuit, et toute la 1! rh | nuit, le sang coula à flots dans chaque demeure. 1 | ants. } On n’entendait retentir que ces paroles lugu- Î L: es si bres : | urras à — Il ya du sang dans la maison !... Voilà que UT son sang coule !... Hélas! mon fils perd tout son q ‘À | dis- È sang |. ê LH \ | qui Voilà ce que l’on entendait de partout. C'était ï ÉLUS lors- pi donc vraiment terrible et inconcevable. 1 é onte à Le Corbeau qui court, lui, réfléchissait en si- | ( 1 lence. Il ne prononça que ces paroles d’un ton Le St lugubre : (} k — On a blasphémé la grande Montagne ! Il a LL: 4 Lartit mangé notre fétiche, l’animal-dieu ! il | à Le chef pressa donc le cœur du petit magicien {| \ LE LH

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comme on le fait d’un poulet pour le tuer, et il Le tua. Pendant la nuit, il lui fouetta le cœur de sa mitaine et par sa magie le releva vivant. Il refit le petit Bien-Aimé, il le rendit bon; de sorte qu'il fut un des premiers à s’en retourner avant toute l’armée, après qu’ii eut été ressuscité et bonifié par le Corbeau qui court (1).

T£A-NA-É ÉLÉ-TSATËLI

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