MARCHE FUNÈPRE AU SON DE LA CRECRLLE
L’Enfant-Mousse, qui tua tous les hommes par Ettsonné, l'Esprit de la mort, et par la vertu du sang répandu, partit pour la Lune. On peut l’y voir encore, tenant en laisse sa petite chienne blanche qu’il immola, et portant sur son dos loutre pleine de sang qu’il avait suspendue à sa tente quand le Grand Vent parcourut le camp ennemi.
(1) TH règne dans cette légende un esprit diamétralement opposé à celui qui a inspiré la précédente. On y sent l'influence contradictoire de deux peuples ennemis vivant en contact.
Or. l'appelle maintenant Sa-wéta ou l’Habitant de la Lune, Etisonnè ou le Génie de la !Mort; mais on lui donne aussi les noms de Ebæ-Ekon ou Ventre-Bouclier, parce qu’il combat pour nous, et, par la mort de nos ennemis, nous procure ces cariboux dont nous nous nourrissons (1); Klodatsolè ou Souris au museau pointu, musaraigne, souris des sables, taupe. Enfin, on l’appelle Edzéè ou le Cœur de la nature, à cause de la g'an ‘> nonté qu’il eut pour nous.
C1 . quoi, presque à la fonte des neiges, à l’ésrinoxe du printemps, quand le soleil se retourne sur sa couche, au mois du rût des rennes (mars-avril), on célèbre la fète de Sa-wéta appelée le Passage funèbre à travers les tentes au son de la crécelle.
A cette fin, on fait cuire, dans la terre, de la viande à l’étuvée dans des marmites en fibres tressées, puis on en remplit des gibecières que les jeunes gens chargent sur leur dos; on se unit
(1) Le mythe : ir x eu, donne l'explication du nom singulier de Veniic-buu. L'vr.Ekon) que les Dénè appliquent au dieu lunaire. D'apr's ‘a eille de Lapierre, c'était un nom que les Égyptiens donn 2: « Osiréi-Hapi, « parce que, disaientils, son ventre est son bouclier ».
Bien que cette explication n’en soit pas une, elle suffit pour nous donner ici la clef de l'énigme. D'ailleurs, à Memplis, Osiréi- Hapi n’était autre que la Lune, que plusieurs peuples comparèrent à un bouclier.
de bâtons comme des gens en marche, on se ceint les reins, et tous se réunissent à minuit, dans une même tente, pour y manger en commun, mais à la hâte, et comme avec crainie, le contenu des gibecières.
Puis, l’un d’entre nous se lève et regardant la lune se met à chanter :
— Ufsédha ! Kliatsolé él’ékkè-toa-nondatocalé ! Tisu-chiw yèèn !
Ce qui signifie :
— Passe! Musaraigne, hâte-toi de sauter pardessus en forme de croix! Montagne boisée, arrive!
Alors, sortant dans la neige les uns après les autres, en chantant la même ïinvocation à la Lune, ils courent autour de la tente et des autres loges du camp, en chantant de temps à autre.
Pourquoi donc la Lune s’ennuie-t-elle, comme si elle allait se laisser tomber du ciel ? pensonsnous. Assurément, cet astre est en souffrance. Alors, de peur qu’on ne le tue, nous crions ct nous chantons (1).
Après cela, on fait un festin le restant de la nuit sous les tentes. Ce faisant, nous obéissons aux ordres de Sa wéla ou la Musaraigne, lui-même, qui nous dit jadis :
(1) Ceci suppost nouvelle lune, ou éclipse totale de lune.
L1SÉ — Lorsque la Lune paraîtra vouloir se laisser uit, tomber en syncope, vous en agirez ainsi : Quand >m- la Lune passera, vous ferez un repas nocturne et le vous passerez la nuit dans la neige et en plein air. D’autres tribus chantent :
t la | — Enékhèw! Klodatsolé nè kla toëh nasikhin !
Ttsu-chiv yèen ! — « Que c’est lourd! O musaalé ! raigne, porte-moi à travers ton derrière ! Mon-
tagne boisée, arrive ! »
D’autres :
ar - — Klodatsolé ! éhtoè nni na-dintl'a! Ku sé ya! LR sée, | — « Musaraigne! saute par-dessus la terre ! En- | : core un peu de temps! (Ou bien : Or sus, petit ï les faon !) » | ph la Les Dènè Nnèë-la-Gottinè chantent : ñ res 4 — Näétasolé! né kla toëh bhélè gunli, yanhé! | Li Ttsu-chi yengé! ta tichiré dinzè. Uhséyé! — « Mu- il ñ me saraigne, à travers ton derrière est une chaussée, dE ns- oh! la la! Montagne boisée, arrive! arrache-nous LH ce. d’ici. Je vais passer! » \l L:
ct | Les Dénè Esclaves ne font pas de procession | | ; autour des tentes; ils se contentent de manger en We uit commun leur repas nocturne, dans une tente, en { Lux $ chantant de temps à autre : il ne, — Kl6-du-tsolé, né kla toèb nakodéfwiqué ! — « O
musaraigne, à travers ton derrière nous sommes partis, ou nous avons passé. »
D’autres enfin chantent :
— Edutsolé! né kla toèh naséttine ! Tisu-chire Jéfgè, ni nallchirè dinzé ! — « O musaraigne! tu n'as tiré à travers ton derrière! Montagne des sapins arrive, arrache-nous et tire-nous d’ici (1)! »
TL'IN-AKHÉNI