‹ Traditions indiennes du Canada nord-ouest [microforme]Chapitre 56 sur 160 · LLS PIEDS OU PHALLUS DE CHIEN, OU LES HOMMES-CHIENS · texte numérisé non relu

LLS PIEDS OU PHALLUS DE CHIEN, OU LES HOMMES-CHIENS

(Suite des précédentes.)

Un géant d’entre nos ennemis enleva un jour deux sœurs. Voici à quelle occasion :

(:) De Maistre (Soirées de Saint-Pétersbourg) nous apprend que les Phéniciens offraient des rats en sacrifice à la Lune. Plutarque raconte que la Musaraigne (Musa arena), — (Mun, en grec), le rat, la souris (Mus en latin, Mñsas en sanscrit, Mouse en anglo-saxon, Men en grec), la taupe, la chauve-souris, étaient des emblèmes que les Madianites, les Ammonites et les Moabites, adorateurs de Lunus, divinité lunaire masculine, avaient adoptés, parce que ces rongeurs, amis des ténèbres, portaient le même nom que les astres, Mén et Mur.

Par la mème raison, on pourrait dire que les Orientaux, ayant fait de Moïse ou Mousa un Dieu lunaire, se sont servis du même emblème pour l’invoquer d’une manière mystique. De fait, Josèphe dit que Manéthon appelle Moïse Osar-syph ou Soleil” Taupe. |

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— Je veux une âme, dit le géant. Il me faut une tête. Te n’en demande qu’une, mais il me la faut.

Comme on la lui refusa, il se mit en colère, enleva deux filles, qui étaient les sœurs d’un Dènè, et, se sauvant, il les emmena dans le pays des Hommes-Chiens.

L'homme auquel on avait enlevé ses deux sœurs se nommait Kofsi-datpéh ou Opérant-Bâton. Il partit sur les brisées du géant ennemi pour lui reprendre ses sœurs.

Il arriva d’abord dans un pays dont les habitants se nourrissaient de petits oiseaux blancs nommés Eftsè-nonttsé. 1] demeura chez eux quelque temps, vivant de leur vie. Il tendit, comme eux, des filets dans lesquels il prit beaucoup de petits oiseaux, vu qu’il les pourchassait dans ses rets.

Étant parti de là, il arriva dans une contrée dont les hommes vivaient de grosses perdrix. Dès qu'il fut dans ce pays, son corps acquit la légèreté de ces oiseaux. Bien que la terre fût couverte d’une neige épaisse, il n’y enfonçait pas plus qu’une perdrix.

En cheminant, il aperçut du feu et se dirigea de ce côté. Il trouva une loge dans laquelle demeurait une vieille femme-perdrix.

— Mon fils, lui dit la vieille, sois le bienvenu; je vais te servir de la viande à manger. Ne crains

point, nous sommes de braves gens. Mais, plus loin, tu ne trouveras que des hommes méchants, les Pieds-de-chien.

Bientôt les fils de la vieille arrivèrent au logis. Ils étaient chargés de perdrix, fruit de leur chasse de ce jour. Ces oiseaux étaient fort gras. On découpait leur lard comme on le fait des bêtes de venaison. Ils donnèrent à manger à Koisidatoëéh des têtes de perdrix, comme nous donnons aux étrangers qui nous visitent des têtes de renne. Ils remplirent un chaudron de ces têtes, et lui firent également manger de la chair de perdrix. De ce moment, l’Étranger en acquit la légèreté.

Cependant XKotsi-datpèh ne demeura pas là; il passa bientôt dans le pays des Hommes-Chiens, se servant de leurs raquettes à double pointe, ce qui lui parut d’abord très pénible.

Ayant aperçu une giande tente, il se dirigea de ce côté, mais sans rien voir; car il régnait dans leur pays une nuit fort obscure. Il se guidait seulement sur le bruit. Dès qu’il fut arrivé à la tente, il jeta dans le feu des yeux de lièvre, et le jour se fit.

C'est dans cette contrée ténébreuse qu’il retrouva ses sœurs. Leur ravisseur, le Grand- Eñnemi, était à la chasse. IL se rendit donc vers ses sœurs, qu’il trouva en compagnie de leurs en-

fants, deux petits Pieds-de-chien, qui se jouaient autour du foyer.

— Mère, mère, voilà notre oncle qui vient nous voir ! s’écrièrent les petits hommes-chiens.

— Suivez-moi, dit XKofsi-datoëh à ses sœurs.

Voilà que je viens pour vous délivrer de la servitude du géant.

— Ah! ton beau-frère est puissant, lui répondirent-elles. Il te tuera certainement si nous partons avec toi.

— Suivez-moi toujours, leur dit-il d’un air résolu.

Elles abandonnèrent donc leurs petits enfantschiens et suivirent leur frère. La nuit venue, ils bivouaquèrent.

Mais, durant leur sommeil, le Grand Ennemi fit la médecine, de telle sorte qu’au lever du jour tous trois s’éveillèrent au sommet d’une haute montagne.

Les deux femmes en furent épouvantées.

— Recouchez-vous donc, dit Kotsi-datoëh à ses sœurs, et fiez-vous à moi.

Elles se rendormirent. Alors, par la vertu de sa médecine, il aplanit la montagne, et la changea en une plaine commode.

Ayant campé une seconde fois, ils s’éveillèrent tous trois dans une petite île déserte,

— Recouchez-vous de nouveau, leur dit-il.

Aussitôt, il fit naître du nrilieu des eaux une route ou chaussée de terre sèche, sur laquelle ils traversèrent le lac.

Ayant bivouaqué une troisième nuit, le géant les foudroya de ses grands tonnerres. Mais le frère des deux femmes cueillit une branche de saule, il la plia en nœud coulant, prit l'oiseautonnerre Îfi au collet, et le tua.

Cela fait, ils construisirent une pirogue afin de pouvoir traverser la mer ; mais à peine furent-ils sur l’eau que celle-ci s’étendit et s’enfla à perte de vue. Eux-mêmes y enfoncèrent. Ses deux sœurs pleuraient en sombrant. Mais XKofsi-datpéh les tira de l’eau avec sa baguette, et elles survécurent à ce naufrage.

Ils campèrent encore une cinquième fois; alors le géant leur suscita un rapide, un abime sans fond, dans lequel la rivière se précipitait en mugissant. Tous trois dérivaient vers la cataracte et allaient y être engloutis. Mais Kotsi-datpëh fit surgir l’abîime et s'élever le fond du terrain, de telle sorte qu’il en résulta un courant lent et tranquille, sur lequel ils continuèrent leur route.

Une sixième nuit étant survenue, il se fit tout à coup, par la vertu du grand Magicien, une obscurité épaisse qui ne permettait aux sœurs de rien distinguer. Elles se mirent à sangloter.

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- Recouchez-vous et dormez, leur dit-il, et ayez confiance.

Aussitôt, à sa voix, le jour se fit et elles revinrent à la vie.

Ils campèrent une septième nuit. Alors, on entendit tout à coup dans les ténèbres : Rho! rho ! rho ! C'était un monstre énorme, un Nahay, que le géant leur envoyait pour les dévorer. Je ne sais ce que Kotsi-datpëh fit au monstre. Il lui perça la gorge de ses flèches, sans doute, car il l’étendit sans vie à ses pieds.

La huitième nuit arrivant, l’eau leur manqua complètement. Elle se mirent donc de nouveau à pleurer, car leur position devenait très pénible, dans ce désert. Mais leur frère jeta une de ses flèches sur la pente de la montagne, et aussitôt il en jaillit une source d’eau limpide, où ses sœurs se désaltérèrent.

Finalement, ils arrivèrent au bord de la mer, où ils trouvèrent une tente. De l’autre côté de l’habitation, une source abondante jaillissait de terre. Là ils passèrent leur neuvième nuit et les jours suivants.

Bientôt ils virent arriver du monde en ce lieu fortuné, car les habitants de l’oasis se dirent :

— Voici qu’il nous est venu trois personnes, un homrmie et deux femmes.

— Quelle sorte de gens êtes-vous? leur demanda-t-on.

Mais ils ne répondirent rien à ces questions. On ne put leur tirer une seule parole. Ils ne comprenaient rien.

Alors il arriva de la rive opposée un vieillard vénérable, courbé sous le poids des ans et marchant avec des béquilles. Le vieillard leur parla ainsi :

— Mes enfants, ma vieille mère, qui est morte il y a déjà bien longtemps, me raconta jadis qu’un géant ennemi avait ravi deux sœurs à nos parents, et que leur frère était parti à leur recherche. Seriez-vous, par hasard, ces gens-là ? Voilà ce que ma mère m'a dit. Ces trois personnes sont probablement vous, sans doute ?

— Eh! oui assurément, répondirent-ils.

Voilà ce qui arriva à ce vieillard Dènè, dit-on, au commencement. C’est la fin de l’histoire des Deux Sœurs.

KOTSI-DAT£ÈH

(OPÉRANT-BATON, suite)

Kotsi-datoëh délivra ses sœurs, au commencement, de l’esclavage du Grand Ennemi, le chef des Hommes-Chiens.

Nous invoquons Xo/si-datsëh ou le Grand-Père Jaune pour qu’il nous obtienne une grande abondance’ d'animaux. On l’invoque également en vue d’acquérir le pouvoir d’opérer des merveilles. Kotsi-datsèh opérait à l’aide d’un bâton blanc dont il frappait la terre et les eaux.

Celui qui veut se livrer à cette magie bénévole ne doit pas blasphéimer, ni se dépouiller de ses vêtements; mais il doit se contenter de se promener en chantant et en donnant du bâton deci delà, ainsi que le faisait Kotsi-datoëh.

Kotsi-datpèh, le Grand-Père Jaune, demeure au Pied-du-Ciel, où il conduisit ses frères Dënè. A l’aide de son bâton, il faisait des prodiges, détruisait les géants et les animaux malfaisants. Voici quelques-unes des merveilles qu’il opéra :

Une fois, un Na-hay ou Mangeur d'hommes,

aux petits veux et au long nez (1), accourut du rivage vers une femme qui demeurait seule au bord de la mer.

— C'est pour moi que cette femme travaille, se disait le monstre. C’est pour moi qu’elle apprête des mets.

File était sans défense à sa merci.

— Kotsi-datpéh, s'écria-t-elle, toi si bon et si puissant, accours et défends-moi du Nabay.

Alors aussitôt un feu sortit de la terre, qui s’entr’ouvrit, et du milieu des flammes bondit l’Homme à la baguette. Il en frappa les eaux de la mer, les divisa de part et d’autre; dans la mer, il ouvrit un passage, il y pourchassa le Nabay et l'y noya.

Un autre jour, au milieu d’un grand lac mis à sec, on entendit gronder le tonnerre. On accourut pour voir ce que c'était. Kofsi-datpéh, le Grand- Père Jaune, y dansait dans la mer desséchée. Sa tête était toute blanchie par l’âge. Il donna aux Dènè deux sabots de renne comme un talisman puissant, au moyen desquels ils pourraient tuer un nombre incalculable de cariboux.

Une autre fois, Kotsi-datpéh arriva vers une tente dans laquelle pleurait un tout petit enfant.

(1) Probablement un cmodile, bien que j'aie traduit ailleurs ce nom par lion.

Il était seul et exposé à la voracité d’un géant mangeur d'hommes, qui avait déjà dévoré sept personnes. Kofsi-datpéh saïsit le géant à bras-le-

çorps et lutta avec lui toute la nuit, sans pouvoir

en venir à bout. Cependant, à la fin, il parvint à lui tirer le nerf de la jambe, le rendit boiteux et le renversa à terre. Puis, le ressaisissant de nouveau, il lui guérit le pied et le renvoya indemne. Mais, plus tard, se ravisant une troisième fois, ii poursuivit le géant cannibale, le frappa de son bâton, et le renversa à terre pour jamais.

Une fois encrix, Kotsi-datpéh rencontra sur le sentier un Efié-ra-kolchô {renne gigantesque), qui conviait les passants au crime.

— Sé tsoukhé ! (Approchez-vous de moi !) criait cette bête immonde.

Le Grand-Père Jaune accourut vers ce monstre affreux; il lui arracha la mâchoire. De cette michoire, il l'en frappa, le renversa à terre, puis il l’acheva de son bâton.

Enfin, un autre jour, comme les frères de Kotsi-datoéh (car il appelait tous les hommes ses frères) étaient à bout de nourriture, il se hâta, dans sa bonté, de faire à leur insu un ballot de viande sèche et boucanée qu’il alla déposer secrètement au milieu de leur camp; puis il se retira. Mais à la vue de cette viande, ces ingrats, loin de remercier leur bienfaiteur, se répandirent contre

lui en ‘invectives. Le Grand-Père Jaune, Etsiédékfwoë, s’irrita tout d’abord; mais, comme sa colère n’avait jamais d'effet fâcheux, il s’apaisa vite.

— Ils veulent sans doute de la viande fraiche, se dit-il.

Aussitôt il s’en alla sur un lac, y prit un castor, le dépeça, le fit rôtir et l’apporta à ses frères affamés, sans y toucher lui-même. Il n’en mangea que la graisse après lavoir fait griller. Il divisa ensuite le feu en deux parts, et se coucha au milieu des flammes sans qu’elles le brûlassent.

Par cette magie, ÆKolsi-datpéh procura à ses frères beaucoup de viande. Puis, il leur donna cette prescription :

— N'oubliez pas ce que je vous dis: A l’avenir, quand vous tuerez un animal quelconque à la chasse, observez ceci: Vous placerez le sang de l'animal d’un côté, et sa chair de l’autre.

C’est la fin.

EFWA-ÉKÉ

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