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— Mon cadet, tes belles-sœurs sont satisfaites de toi, c’est pourquoi elles se laissent voir.
Or, c'était en automne que le cadet avait retrouvé son frère aîné, et voilà que l’hiver était déjà arrivé comme en un clin-d’œil. L’aîné dit :
— Mon cadet, voilà que mon beau-père, le vieillard Lune, qui m’a donné en mariage ses deux filles si puissantes, vient de m'envoyer l’ordre de m’en retourner en sa terre lunaire, et ilte donne aussi mes deux épouses, mais prends garde à ceci:
— « En t'en retournant dans ta patrie, ne passe point sur la glace, » a-t-il ajouté. « Je te dis ceci pour t’éprouver. » Voilà ce que vient de me mander mon beau-père. Aïnsi donc, partons, mon petit frère.
Ayant ainsi parlé, l’ainé partit pour la lune, tandis que le cadet continuait sa route de son côté avec les femmes.
Ils arrivèrent ainsi tous trois auprès d’une chute d’eau formée par un défroit où une eau se jetait et tombait dans une autre eau; de sorte qu’il y avait une grande eau à droite et autant à gauche, et le détroit avec sa chute devant eux. Il y avait en ce lieu un petit portage fort court qui épargnaïit la peine de passer sur la glace des grands lacs.
L'homme aux deux femmes passa le premier
par le portage, en obéissant au vieillard Lune. La nuit arriva cependant, et les deux femmes qui le suivaient ne reparurent pas.
— Pourquoi mes deux femmes ne me suiventelles pas ? pensait Dindjié. Il revint sur ses pas et se mit à leur recherche auprès de ce bras de rivière qui, par une chute, faisait communiquer deux eaux.
Âiors, tout au large, il aperçut ses deux femmes qui arrivaient en passant sur la glace du lac. Mais, comme elles étaient chaudes, la glace fondit sous leurs pas, elle s’entr'ouvrit et celles furent englouties dans la grande eau où elles se noyérent.
L'homme s’en fut donc tout seul, s’en retournant vers son beau-père Lune, Le vieillard n’était pas satisfait. Cependant il consentit à lui donner de nouveau deux autres filles en tout semblables aux premières, en lui disant:
— Dans la terre d’en-bas, retourne-t’en encore. Je t’y éprouverai.
Or, une des deux nouvelles femmes de Dindjié, celle qui était assise à la porte, refusait son mari parce qu’elle le haïssait. Elle ne travaillait pas pour lui; elle était revèche et toujours mécontente ; elle ne lui adressait jamais la parole.
Le jour venu, cette femme disparut, et Dindjic se dit:
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— Où donc est-elle allée ?
Le soir, cette femme acariâtre rentra en cachant quelque chose derrière son dos.
— D'où viens-tu donc? ui demanda son mari.
Elle ne lui répondit seulement pas.
Dindjié n'avait encore eu aucun commerce avec ses deux femmes lunaires. Il n’en avait donc pas encore eu d’enfants.
Cependant, lorsque le jour fut venu, la femme du soir disparut de nouveau, et son mari la suivit de loin.
— Où va-t-elle et pourquoi sort-elle? se demandait-il.
Il la vit alors entrer nuc dans un marais noir et infect. Là elle se tenait debout, ayant un serpent noir attaché à elle. Témoin de cette abomination, Dindjié s’en fut épouvanté, laissant en ce lieu la femme de la nuit.
Le lendemain, les deux femmes étaient encore à leur poste comme de coutume, et celle qui aimait son mari s’absenta vers le soir, à son tour. Dindijié la suivit aussi et se cacha pour l’épier. Il la vit assise nue sur un lit de gelinottes des neiges, et une foule de petites gelinottes étaient suspendues à ses mamelles qu’elles tétaient.
Revenu chez lui, Dindjié se garda bic de parler de ce qu’il avait vu, mais il y réfléchissait,
Quelque temps après, pendant que l’homme était assis dans sa tente, occupé à fabriquer des flèches, ses deux femmes entrèrent portant leurs enfants qu’elles déposèrent dans la tente. Ils étaient cachés les uns et les autres sous une couverture.
— Que je les voie! se dit l’homme.
Alors soulevant une des couvertures de sa flèche, il vit que les enfants de la femme qui l’aimait étaient blancs et jolis. Leur nez était percé et portait des tuyaux de plumes de cygne, dont leur mère les avait ornés. En un mot c’était de beaux enfants.
Dindjié les contempla et les recouvrit en souriant. Il regarda alors les enfants de la méchante femme. Ah! c’étaient des hommes serpents, noirs, hideux et ayant une énorme gueule béante.
Frappé d'horreur, l’homme leur transperça la gueule de sa flèche, et les ayant tués, ils moururent.
Leur mère rentra sur ces entrefaites et se mit dans une colère terrible. Le mari ne dit rien, il sortit, s’en alla à la chasse aux lièvres; il en prit au lacet et revint dans sa tente pour que ses femmes lui apprêtassent sa nourriture. Celle qui était méchante ne voulut pas manger des lièvres blancs. Son mari lui dit:
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que tu t’imagines que ces lièvres sont mes enfants.
Elle ne répondit rien, prit les lièvres, leur mit du pémican dans les oreilles, et aussitôt ceux-ci, ressuscitant, se sauvèrent dans la forêt.
— Quelle méchante femme! s’écria le mari, indigné de perdre le fruit de sa chasse.
Alors, pour l’éprouver encore, Dindjié se soucha et affecta d’être malade.
-— J'ai mal au ventre, disait-il.
La méchante femme prit de l’urine et de la fiente de chien, en fit une mixtion et la donna à son mari en guise de médicament. Mais le poison ne lui fit aucun mal.
Les choses en étant là, on leva le camp 'le lendemain. Alors la méchante femme du soir dit à sa rivale :
— Puisque tu es seule à posséder des enfants, demeure avec ton mari. Quant à moi, je suis décidée à demeurer ici.
Ce disant, elle se sauva dans les marais et disparut. Depuis lors on ne sait ce qu’elle est devenue. Lorsque la Compagnie de la baie d'Hudson arriva dans ce pays, nous crûmes que c'était la méchante femme du soir qui s’en revenait vers nous.
Alors Dindjié, dégoûté des femmes lunaires, ”
s'en alla, bien résolu d'abandonner même celle
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qui l’aimait, et il fit diligence pour retourner dans sa patrie vers ses vieux parents. Mais sa femme le suivit de loin et s’attacha à ses pas.
Malheureusement la pauvr'tte ne pouvait courir aussi vite que lui. Ce n’était que difficilement qu’elle pouvait le suivre. Le mari faisait toujours le campement avant qu’elle arrivât, et la pauvre femme n’arrivait au bivouac qu’après le départ du fugitif.
Ainsi marchant et poursuivant l’infidèle (1), elle arriva sur les bords d'une grande eau, lorsqu’elle aperçut son mari sur l’autre rive, où il avait déjà allumé du feu. Elle y courut ; mais, avant qu’elle ait eu le temps de traverser le lac, Dindjié avait levé le pied. Par deux fois il en agit ainsi. Elle en était désolée,
La femme du matin se dit alors:
— Il est évident que mon mari veut m’abandonaer, car il a bien dû me voir venir sur le lac. Je vais user de ruse.
Donc, le soir venu, et pendant que son époux était campé sur la rive opposée d’un grand lac, la femme du matin, au lieu de traverser le lac en se
(1) On voit ici la contradictoire du mythe esquimau de Maligna. Ici, c’est la femme qui est lunaire et qui poursuit l’homme. Chez les Esquimaux, la femme est solaire et est poursuivie par le mari, de race lunaire. Seconde édition des Kourous et des Pandous.
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mettant en évidence, en fit le tour à travers bois. Ce lui était bien plus pénible.
Comme elle arriva au bivouac, Dindjié se disposait à partir. Déjà il avait chaussé une de ses raquettes et était occupé à attacher l’autre, lorsque la malheureuse courut à lui:
— Comment, voilà que tu m’abandonnes! lui dit-elle. Tu veux donc partir sans moi ?
Ce disant, elle le saisit par les jambes, se cramponna à ses genoux, et jeta sur lui les enfants qu’elle portait.
Alors Dindjié eut pitié d’elle. Il reprit sa femme et ne la quitta plus; il la suivit, et cette femme du mat n, devenue la véritable épouse de l'homme, devint aussi la mère des Dindjié. Ce sont là nos ancêtres, dit-on.
(Racontée par le dindjié Sylvain Vitædh, en décembre 1870, au fort Bonne-Espérance.)
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ETOŒ-TCHOKPEN