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LA CHANSON, LA MUSIQUE ET LA DANSE DES JAPONAIS

Les Japonais, peuple d'humeur légère et gaie, éprouvent un grand plaisir à l'audition des chansons et de la musique, comme au spectacle des pantomimes et des œuvres dramatiques. Il n'est point étonnant que leurs traditions soient remplies de récits sur l'invention et le développement de ces arts.

Cependant, il faut dire tout de suite que les Japonais montrent une grande faiblesse dans l'art musical. De même, leurs poèmes sont trop souvent dépourvus de cette unité indispensable à toute oeuvre véritablement artistique et belle. Cette observation peut s'appliquer aux contes enipruntés à d'autres nations, contes qui, fréquemment, ont perdu soit le nœud tragique, soit

la pointe comique. Qjiiant â la pantomime, Han^u* uniquement populaire au Japon, elle ne sait point davantage se tenir dans les limites de Fart noble ; elle ne suffirait point à un juge impartial.

Mais il ne faut point oublier que la joie causée aux hommes par une production artistique est souvent indépendante du degré de perfection dont Texécuteur est capable, et qu'un public peu disposé à la critique est souvent charmé par une représentation médiocre. Cette règle s'applique aux Japonais, d'autant plus qu'ils ne sont que trop enclins à surtaxer leurs mérites et leurs aptitudes.

Qjaant à la poésie, nous avons à discuter ici principalement les chansons vraiment nationales appelées Outas, dont la forme est assez simple. Un Outa normal est formé de 5 vers dont le premier a 5 syllabes, tandis que le second en a 7, le troisième 5, le quatrième et le dernier 7. Des poèmes plus longs sont pour la plupart, ou une série de ces strophes à cinq vers répétées à mesure des intentions du poète, ou bien se composent de vers à cinq syllabes et de vers à 7 syllabes alternants, jusqu'à ce qu'à la fin un vers de 5

syllabes soit suivi de deux vers de sept syllabes. 11 est vrai qu'un des livres les plus anciens des Japonais, le Kodjïki ou récit des événements des temps primitifs (livre dont Torigine, d'après les traditions et sa préface, remonte à l'an 712 de notre ène et qui est encore antérieur d'à peu près dix ans au livre semblable nommé Nihonghi ou l'histoire du Japon) a, parmi le grand nombre à^Outas qu'il contient, quelques-uns qui ont un nombre de vers et de syllabes moins régulier. Mais on voit bientôt que ces Outas, dont l'antiquité est donnée comme très haute et qui sont pour la plupart attribués à des héros ou héroïnes et à des princes ou princesses parfaitement mythiques, furent toujours destinés à avoir la succession des vers et des syllabes susdite. Les déviations à cette règle se trouvent le plus souvent vers la fin du poème qui paraît avoir été quelquefois mutilé, ou bien en conséquence de la nature des syllabes qui en Japonais deviennent souvent muettes et ainsi ne sont pas comptées, ou se composaient originairement de deux syllabes, et ainsi sont comptées pour deux. L'accent que les Japonais mettent sur ces syllabes en réci-

tant les Outas est toujours alternant. On commence chaque vers par un arsiSy et, le nombre des syllabes étant toujours impair, on finit aussi le vers par une syllabe accentuée ou un arsis, ce qui en effet sert assez bien à séparer les vers l'un de Tautre.

L'argument des Outas en général est la description des sentiments que tel objet ou action éveille dans l'âme du poète, ou — selon les idées du poète — dans l'âme de la personne dont il est question. Ainsi ces poèmes sont presque exclusi* vement lyriques. C'est là que nous trouvons la vraie force de la poésie japonaise, tandis que les genres épique et dramatique se trouvent, selon ce que nous en avons déjà dit, sur un niveau assez bas. Tout ce qui semble contredire à ce jugement est illusoire ; par exemple, dans les poèmes traduits par M. Basil Hall Chamberlain, connaisseur profond du Japon et de sa littérature, l'effet semblable à celui des poèmes européens n'est dû en vérité qu'aux efforts de cet auteur, qui, poète lui-même, a souvent prêté ses idées aux auteurs japonais dont il nous offre les productions. En outre, il faut avouer que malgré tous les efforts

du traducteur, le défaut que npus venons d'attribuer aux chansons japonaises reste toujours aperce vable. Nous ne voyons dans le Kodjïki^ livre extrêmemjent important pour nos investigations, que des poèmes lyriques attribués aux anciens héros. Ces épisodes interrompent souvent assez agréablement le récit historique, ua peu aride. Lorsque le prince Yamatodaké, héros favori du peuple japonais, retourna de son expédition glorieuse vers Test de Tîle de Nippon (expédition que les chroniqueurs japonais disent avoir eu lieu vers Tan loo de notre ère), il était malade et près de mourir. Néanmoins il eut Une dernière joie : .il retrouva son bon glaive, qu'en marchant il avait Oublié, suspendu à un pin, matsouy au même endroit où il l'avait laissé. Emu, il chanta, comme on récite ordinairement ' :

Merci à toi, pin solitaire !

Si tu étais un homme, je voudrais

Bien te donner cette épée

En récompense de ta loyauté

Qui l'a gardée si longtemps !

I . En traduisant les outas, nous préférons plutôt donner une traduction i peu prés littérale de chaque vers, que de vouloir

Selon le Kodjiki, qui à coup sûr nous donne une version plus andenne, le texte est :

Toi, qui, vls-4-vis dt Wohari,

Es debout tout seul, mon frère aîné,

Sur le promontoire de Wotsou,

O pin solitaire que voici,

O j^n solitaire, >

Si tu étais homme.

Cette épée je te la donnerais '

De la courroie je te ceindrais,

O pin solitaire que voici !

Les cas où des princes, des généraux ou des héroïnes chantent ainsi sont si nombreux qu'il serait impossible de les citer tous. Nous nous bornons à mentionner les chansons réciproques — soit entre un héros et sa maîtresse, soit entre deux frères, ou entre deux adversaires — qui parfois sont d'une beauté remarquable. Mais ce ne sont pas seulement les temps antiques qui

imiter le nombre des syllabes, chose assez difficile eu égard au canictère de la langue japonaise.

I. Ce vers ayant 7 syllabes dans Toriginal, fut apparemment destiné i en avoir 5. Wohari et le cap Wotsou sont des localités de la contrée qui sépare Test de Nippon du centre de l'ancien empire, ou le Gokinaï.

nous fournissent des exemples de ces chansons nationales. Jusqu'à présent le peuple a aimé chanter des Outas, et Ton y trouve souvent des plaintes touchantes, une vive expression du plaisir éprouvé à la vue de la nature, ou d'autres pièces adaptées à l'occasion, d'une manière vraiment poétique. Qu'il nous soit permis de donner ici un poème du jour que de jeunes Japonaises, élèves d'un maître de musique américain, lui ont dédié lorsqu'il quitta le Japon. Cet outa (de deux strophes) indique clairement les sentiments et les idées que les Japonais ont de la musique.

Pourquoi nous plaindre ?

Pourquoi verser des larmes ?

Ton âme est avec nous, Ton nom nous est répété Par les sons de la flûte et du koto ' .

S'il est bien vrai Que dans le koto vit une âme,

Qu'il s'en aille alors Chez toi et qu'il te chante, Au delà de la mer, notre chanson!

I. Voir ci-dessous la description de cet instrument i cordes.

Malgré tout son charme, la poésie japonaise est insuffisante. A plus forte raison, la musique est encore infiniment inférieure. On peut ajouter que les Japonais ne savent ni comprendre, ni apprécier la bonne musique. Miss Isabelle Bird, une Ai^laise qui, avant son mariage, se plut à parcourir le Japon jusque dans les provinces les plus reculées, nous raconte dans son livre intéressant et impartial: Unheaten tracks in Japon, qu'elle avait été invitée à Tokio à une soirée musicale où il y avait des Anglais et des Japonais accompagnés de leurs filles ou épouses. Lorsqu'une Anglaise exécuta sur le piano les notes graves d'une marche funèbre de Haendel, les Japonais godèrent un silence profond, signe de mécontentement aussi fort que l'étiquette le leur permettait.

Je me trouvai un jour avec des étudiants de Tokio dans une place centrale de la province de TchitchiboU « nommée Omiya, lorsqu'on célébra la fête du dieu Hatchiman ou Yabata ».

I. Nom assa fréquemment prononcé Titipoti, ce qui est faux. Cette prov&ce est riche en mûriers et en vers à soie ; sa popit> lation est portée à tirer son origine de la Corée.

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