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Dieu de U guerre qui, selon le Kodjiki et le Nibonghi

Or, à cette fête, on avait construit en pleine rue trois petits temples où des corps de musiciens renforcés de gamins faisaient un, bruit si détestable que Ton croyait être en enfer. Les Japonais cependant ne semblaient guère Touïr, et même pendant que les prêtres de la religion nationale chintoîste, nommés KannouchiSy priaient pour ceux qui avaient fait des offrandes, en s'accroupissant sur une plate-forme des temples sous laquelle les musiciens étaient placés, ce bruit ne cessa point. Nous en fûmes persécutés jusqu'après minuit.

Mes jeunes amis semblaient éprouver du plaisir à écouter ces sons dignes de sauvages, et quand je les interrogeai sur ce qu'ils pensaient de cette musique en comparaison de celle des gardes impériales dont les musiciens sont exercés à l'européenne, ils répondirent tous que l'une valait bien l'autre. Si nous enlevons à cette réponse ce que le code de politesse japonaise lui a imposé, nous

régna vers la fin du iil* siècle de notre ère, sous le nom d'Odjine-Tennô, et fut déifié après sa mort (en 510) d'une manière merveilleuse, accompagnée de l'apparition de huit drapeaux en plein ciel, ce qui est indiqué par le nom de HaUhiman et par celui de Yahata^ signifiant tous les deux huit drapnux.

trouvons que Ton préférait décidément le bruit / irréguiier, mais national, à une musique civilisée, mais étrangère.

D'accord avec ces observations, nous trouvons encore un passage remarquable dans les Mittheiiungen der deutschen Geseîîschaft fur Natur- und Foîkerkunde Ostasiens, (vol. I, n<»6, p. 13, 1875), où le Dr Mueller a publié des Notices sur la musique Japonaise, notices continuées dans les livraisons 8 et 9 du même journal. Dans ce travail, qui donne un tableau assez complet et assez correct de la musique japonaise, l'auteur assure que le peuple japonais trouve notre musique au moins aussi laide que celle du Japon est censée l'être pour nous, Européens. Il est vrai que des Européens en jugent autrement et admirent la musique japonaise, mais ce sont des exceptions prouvaiit simplement que l'Europe est bien plus tolérante que le Japon, car nous ne trouvons guère de tels cas exceptionnels parmi les habitants de ce pays.

« Un Japonais de qualité, rapporte M. Mueller, m'a dit positivement que ce ne sont que des enfants, des femmes et des koulis qui peut-être s'amusent à entendre la musique européenne, et

qu'un homme vr^ument instruit la détestera toujours. »

Depuis l'époque où ceci fut écrit, j'ai grande raison de^ croire que les Japonais de distinction n'ont point changé d'opinion.

Ce mépris pour la 'musique étrangère nous paraît paradoxal, les Japonais ayant peu de mérite quant à l'invention de leur musique, en particulier, dans le genre sublime. Dans l'art musical, comme dans les autres branches des Beaux- Arts, de la Science et de l'Industrie, les Japonais en général ont montré peu d'originalité. Les idées empruntées aux Chinois ont été ou conservées, ou quelque peu modifiées selon le génie japonais ; ainsi, certains arts et métiers ont progressé au Japon, mais il en est qui ont périclité, principalement la musique.

Ce fait n'est pas nié par les Japonais, pui^ qu'ils racontent que la musique la plus sublime — celle de la cour du Mikado — est fréquemment renouvelée par des importations de la Chine, aveu d'autant plus caractéristique et intéressant que cette musique est réputée très antique. Des musiciens de la cour impériale m'ont assuré

qu'il y a dans leur orchestre des flûtes datant du xe siècle de notre ère, bien que j'estime beaucoup plus récente la laque qui les recouvre. Il est décidément arbitraire que de prétendus connaisseurs japonais rapportent qu'il se trouve, parmi les pièces exécutées par les musiciens de la cour, des compositions musicales provenant du viiie siècle ou même des temps mythiques.

En suivant de près cette musique sublime ou supérieure particulière à l'orchestre de la cour, et appelée le Gàkkou ou le GagakkoUy on ne saurait nier que les sons de ces instruments — sons qui flottent pour ainsi dire sans mesure ni mélodie, et même sans intervalles réguliers, en ascendant et en baissant, en se renforçant ou en se ralentissant selon l'arbitraire de l'auteur, —fatiguent et tourmentent affreusement les nerfs de celui qui n'y est pas accoutumé. Les compositions japonaises connues en Europe, — par exemple celle qui nous est donnée par M. Eckert, maître de musique militaire à Tokio ', l'hjTnne national

I. Mitihetîungen der deutschen Geseîlschaft fur Natur- un Volkerhundi Ostasiens, liv. 23, ou vol. III, p. 131.

exécuté toutes les fois que l'empereur se montre au pubKc, — ne nous en donnent pas une idée suffisante, car elles ne nous disent pas combien les flûtes et les autres instruments à vent — instruments les plus essentiels du Gahkou — peuvent choquer nos oreilles par leurs sons forts et aigres. Ces instruments à vent sont de trois sortes :

1. La flûte ou lefouyé — prononcé /owe — qui est le plus haut et le plus formidable ; il est semblable à notre flûte et se joue de même.

2. Le hautbois (car c'est ainsi qu'on traduit généralement le mot japonais hitchiriki, prononcé à peu près ch'Uhirïkt)^ tuyau plus court à anche, joué comme notre flageolet ou piccoîo,

3 . Le M (ou shâ)y instrument qui produit des sons d'une grande intensité et qui est formé de 17 tuyaux à anches unis en bas et n'ayant qu'un seul embouchoir. Dans les concerts où j'eus l'honneur d'assister, il y avait 12 flûtes, 12 hautbois, et 12 châs, tandis que les instruments à cordes et les diverses espèces de tambours ne se trouyaient qu'en petit nombre.

L'instrument à cordes essentiel est Itkoto, semblable à une guitare longue de i à 2 mètre, dont

l'espèce employée par legakkon possède 6 cordes, tandis que celle du peuple en a 13.

Outre ce koto, il y a un luth biwa, à quatre cordes, puis de grands tambours, ou taikos, suspendus à une monture, et de petits tambours ou tsoudxpumis en forme de sabliers et maniés simplement par un des musiciens; enfin un disque de bronze battu par une baguette.

Les deux pièces de bois frappées Tune contre l'autre par le directeur, et qui sont souvent mentionnées parmi les instruments des Chinois et des Japonais, ne leur appartiennent pas en réalité, car elles ne servent qu'à indiquer le commencement et la fin de chaque pièce. De même il n'y a pas à faire mention d'une troisième espèce de hoto à 7 cordes, dite le koto chinois, celui-ci ne se trouvant que dans la littérature japonaise, et n'étant pas enusage dans le pays. Un rang moins élevé est accordé par les Japonais à la musique des productions du N6^ protégées jadis par les Chogounes (Shâgouns) ou régents mondains de Yeddo'.

I. Yeddo, anjonrd'hui Tokio, fîit le séjour des Chogounes de la maison des Tokougawa; de 1600 à 1868

Négligées depuis 1868, on a recommencé à les cultiver ; et j'en ai vu des représentations dont les sujets étaient presque toujours tirés de la mythologie ou de l'histoire des temps reculés. On peut dirô^ que la musique vocale y prédomine. En dehors des chanteurs principaux, on se sert d'un chœur, les instruments étant bornés à de petits tambours ou tsoud:^oumis, dont les manieurs ajoutent de la rhusique vocale, en imitation des instruments, accompagnée de distorsions de la face presque incroyables. Toutes ces choses sont très bien décrites dans le livre américain de M. Edouard Greey, intitulé The golden Lotus ^ publié à Boston en 1883. Je puis constater que le rapport donnée par M. Greey du No-gakkou est tout à fait exact, puisque j'ai vu moi-même une autre représentation des mêmes pièces.

La musique populaire ajoute au koto et au bitua un autre instrument à cordes, le satnisen, instrument à 5 cordes, à caisse carrée et à longue anse. ' On le joue comme le koto au moyen d'une espèce de plectron ou d'une bague protégeant le doigt. Ajoutons le violon japonais, ou kokîoii, dont on se sert comme d'un petit violoncelle placé sur la

jambe du musicien, et qui n'a aussi que 3 cordes. Uarchet est beaucoup plus courbé que celui de notre violon.

Nous avons déjà dit que le koto populaire a toujours 13 cordes et, par conséquent, une tablette large et arquée ; c'est comme si le vieux koto japonais avait été ajouté au *o/o chinois, le premier ayant 7, le dernier 6 cordes. Les instruments à vent, parmi lesquels on préfère en général les flûtes, et les tambourSj-ne diffèrent pas de ceux que nous venons de décrire.

Il serait injuste de dire que chaque production musicale est un vacarme aussi détestable que celui de la susdite fête du dieu Hatchiman à Omiya ; on peut observer cependant; tous les jours dans les rues de chaque ville et parfois même dans les villages, que ce vacarme n'est p;is tout à fait exceptionnel. Les yadoyas (restaurants) où l'on prend du thé et du saké (boisson fermentée semblable à du vin blanc, fabriquée par la fermentation artificielle du riz et souvent chauffée pour être bue) et où l'on aime à manger en compagnie des poissons et d'autres gourmandises, retentissent presque tous les soirs du bruit des tambours

et des Eûtes, et ce bruit se prolonge souvent jusqu'après minuit. On voit des bandes d'acteurs et de musiciens qui parcourent les rues, prêts toujours à amuser le peuple. Quelquefois aussi des cloches et des carillons attirent le public. En voyage, on entend dans les auberges, la nuit et le jour, les chanteurs et leurs samisetis; mon sommeil fut souvent interrompu par cette musique peu mélodieuse. Car, en chantant, les Japonais ont en vue presque exclusivement le texte — auquel Tart musical est toujours subordonné — et l'accentuation est maniérée, grotesque selon nos idées. Le manque absolu d'intervalles réguliers ne peut nous rendre agréable le chant des Japonais, bien que ce défaut aide à faire paraître ce chant plus original. Les Japonais, naturellement, en sont moins affectés; ce n'est que rarement qu'une voix désagréable les fait protester contre un chanteur.

Les pantomimes, bien qu'elles soient moins fatigantes pour les Européens que la, musique japonaise, souffrent toujours d'une certaine stéréotypie des mouvements et de quelques défauts caractéristiques des danseurs, par exemple du

roulement des yeux et de la détorsion de l'orteil qu'ils aiment à diriger en haut et à détourner des autres doigts du pied, ce qui leur est assez facile parce qu'ils dansent les pieds nus ou couverts du bas japonais qui, comme on sait, offre une cavité séparée à l'orteil.

Les pantomimes se divisent selon leur style comme la musique. Le genre distingué et antiquç représente en général des scènes mythiques ou du moins austèrement stylisées, accompagnées de la musique, du Gakfeou. J'eus occasion de voir une représentation préparée pour le Mikado, où l'on dansa une pantomime martiale et d'autres scènes dont le but était de rendre- hommage à l'empereur, et enfin une pièce comique. Un barbare, — vêtu comme tous les autres danseurs d'une manière obsolète et pompeuse — tenait en main un bocal de bois qu'il faisait semblant de vider incessamment et qui l'enivra en apparence, ce qu'il marqua assez habilement, malgré la contrainte que le style lui imposait. D'ailleurs on exécute des pantomimes pour célébrer les fêtes religieuses, mais aujourd'hui on en voit plus rarement que jadis. Quelques mythes obtiennent

la préférence, par exemple celui- de l'ancien empereur, ou plutôt souverain divin, Hohodémi^ et de son frère Hôsouséri, dont nous ferons mention ci-dessous. Toutes ces pantomimes sont aussi estimées par les Japonais de qualité que par le peuple, tandis que les pantomimes des rues et les représentations des danseuses de métier dans les maisons publiques, sont méprisées par les gens de distinction, qui ne les fréquentent qu'en secret et les laissent ^u bas peuple et aux étrangers.

Le théâtre des Japonais, doht les appareils sont beaucoup plus simples que les nôtres, a souvent donné lieu à l'opinion erronée que cette nation est très habile dans cette ^orte de divertissements. En 'effet, il se confirme encore ici ce que nous avons dit de la musique et des pantomimes ; le

. plaisir que les Japonais y prennent est beaucoup plus grand que la manière dont ils s'acquittent de la poésie dramatique et de l'art mimique.

Quant à la poésie; les tragédies et les drames sérieux sont écrits dans un style traînant, et man-

. quent de moments vraiment tragiques aussi bien que les autres poèmes. Les comédies ont rarement de l'esprit et se bornent pour la plupart à

-sodés platitudes et • à des scènes où les coups de bâton sont les épisodes saillants. Les tragédies historiques sont quelquefois si longues qu'il faut plus d'un jour pour les représenter; tout y est dépeint d'une manière si triviale qu'il faut la patience des Japonais pour y .pouvoir assister du matin jusqu'au soir sans sortir et en ayant sur soi la nourriture dont on a besoin. Les mouvements des acteurs sont tout à fait conventionnels ; on ne se soucie guère de la vraisemblance ; et j'ai vu parfois les acteurs devant sortir, s'asseoir simplement au fond de la scène et tourner le dos au public. Les combats habituels sont exécutés d'une manière extrêmement dénaturée; il en est de même quand un acteur doit mourir et surtoVit quand il commet le Harakiri ou le suicide par l'ouverture du ventre. Les Japonais, accoutumés à ces manières contraires à la nature, sont, il est vrai, émus par ces scènes, mais un spectateur impartial n'y saurait jamais trouver l'émotion. L'accentuation et le style des discours sont encore plus mauvais ; il m'a paru souvent que l'admiration dont les Japonais accueillent leurs acteurs favoris est due surtout à leur toilette pompeuse,

nullement conforme à la simplicité de la scène, toilette exagérée et d*assez mauvais goût.

Il est à- remarquer que les meilleurs théâtres

— y compris les Né-gakkou et les pantomimes du style élevé, — n'ont toujours que des acteurs et que les rôles d'actrices y sont exécutés par des hommes versés dans ce genre, tandis que les théâtres vulgaires, correspondant à peu près à nos cafés chantants, emploient de préférence des actrices presque toujours sorties de la classe des Geïdms ou chanteuses et danseuses des yadoyas et àtsfoudjivaras, appartenant ainsi au demi-monde.

Après avoir parcouru les divertissements artistiques de la nation Japonaise, nous allons donner les traditions qui s'y rapportent. Puis, les ayant exposées, je finirai par en discuter l'origine et les rapports avec les mythes d'autres nations.

I . Je puis me référer à l'œuvre déjà citée, parue dans les MiUheiluttgen cUr deutichen GeseUschaft fur Lander- und Volherhundt Ostfisiens. vol. I, n» 3, p. 13 ; n° 4, p. 45; 1109, p. 31-35 ;

— de même à M. Kreitner, auteur de Im fernen Often, ouvrage contenant le voyage fait par M. Kreitner avec le comte Szechényi. On y trouvera plusieuis spécimens de la musique japonaise. Des connaisseurs m'ont dit que quelques-unes de ces pièces sont assez pauvres; je pense que, l'un portant l'autre, elles donnent une idée trop flatteuse de la musique japonaise.

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