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obligée de quitter le monde sublunaire après la naissance du dieu du Feu. Celui-ci l'avait brûlée. Isanami s'en vengea en le coupant en trois morceaux. Mais répoux malheureux avait tâché, en vain de faire sortir Isanami des enfers. Avant de s'y rendre, Sosanâ parcourut les terres et y trouva l'occasion d'inventer la Chanson et de composer le premier Outa.
Se promenant le long d'un fleuve dans la contrée d'Idzoumo située vers l'ouest de l'île de Nippon, il y vit flotter une paire de ces petits bâtons dont les Japonais se servent en mangeant et qu'ils appellent hatchis\ Il en conclut que des être? humains demeuraient par delà et s'en alla en amont de la rivière où il trouva des maisons. En même temps il entendit des plaintes pitoyables. Il entra donc et vit une jeune fille très belle et ses parents. Tous trois pleuraient à chaudes larmes. Sosanâ, prêt à leur donner secours, demanda quelle était la cause de leur douleur ; ils lui dirent qu'un monstre affreux, un dragon à huit têtes, d'une grandeur énorme infestait leur demeure. Le père — un dieu paisible qui cultivait le riz — lui raconta qu'il avait
perdu déjà sept filles jeunes et charmantes par le fait de ce dragon qui de temps à autre venait les dévorer. A présent, il attendait la perte la plus cruelle, car le dragon allait revenir et dévorer la dernière de ses filles, la princesse Inada (c'est-àdire, la Princesse au Ri:(.) Sosanâ s*infornlades qualités du dragon, sut qu'il était un dieu puissant, et promit son secours sous cette condition que la princesse Inada serait son épouse. Les parents en furent ravis. Sosanô leur ordonna de préparer avec leur riz une quantité énorme de saké qu'il versa dans huit cuves. Le monstre arrivant, il dit à Inada et à ses parents de se cacher, tandis qu'il allait à la rencontre du dragon avec la robe et le voile de la princesse ' . Il se plaça alors de façon à ce que les huit têtes du dragon aperçussent le reflet de sa figure — ou, comme disent les Japonais, son ombre — sur la surface du saké contenu dans les cuves. Le monstre, croyant dévorer la princesse, vida les cuves et devint ivre ; les huit tètes se baissèrent et le dragon
I . Le Kodjiki donne une version différente, et dit que Sosanâ ttansforma sa fiancée en an peigne qu'il ficha dans ses cheveux.
s*endartnit. SosatuS thra son épée et coupa en morceaux le dragon, ce qui ne lui fut d'aucune difficulté, si ce n'est quand il essaya de couper Textrémilé de la queue ' ; son glaive en fut ébréché. Sosanâ, étonné et curieux, s'aperçut qu'un glaive supérieur au sien était enfermé dans cette partie du corps du- monstre. Il en fit présent à sa sœur Amatêrasou et parvint à apaiser son courroux. Elle apprécia tant cette épée, qu'elle la donna à son petit-fils quand il quitta le ciel et devint souverain du Japon ; c'est pourquoi cette armé fut plus tard un des chefs-d'œuvre du trésor des mikados. Après cela, Sosano bâtit un palais qu'il fortifia. Il y demeura longtemps avec son épouse ; c'est ainsi que les dieux terrestres du Japon descendent presque tous de lui. Le poème qu'il inventa pour célébrer sa victoire est, en texte japonais :
Ya koumo tatsou Idzoumo ya he gaki
I. Le Kodjikiy qui dévie ici encore des autres relations et qui donne huit queues aussi bien que huit tètes à ce dragon, dit que ce fut la queue du milieu, expression d'ailleurs peu exacte, qui donna tant de peine à Sosanâ.
Tsouma gomi ni Ya he gaki tsoukourou '
Sono ya he gaki wo.
Malheureuseument, les savants ne s'accordent point sur le sens de ces paroles ; les Japonais eux-mêmes ne savent pas donner une réponse satisfaisante aux questions relatives à la vraie signification de cette curiosité littéraire, dont l'importance n'est guère amoindrie par ce fait que la date qu'on lui attribue est certainement fabuleuse. La traduaion la plus répandue est celle que donne M. Basil Chamberlain — bien qu'il ne l'approuve pas, — et qui est la suivante :
' Huit (ou plusieurs) nuages se lèvent Pour le combat, et forment une défense pctuple,
Refuge de ma compagne ; Oui, elles forment une défense octuple,
Et voilà cette défense octuple.
Je crois que la traduction suivante est préférable, et je peux ajouter que plusieurs Japonais que je consultai furent de mon avis. La voici :
I. Transactions of the Asiatic Society of Japan ; vol. x, snppl., p. 64.
fV-^KF'
Contre le dragon des huit nuages, Pour lui résister, il y a ici une défense octuple,
Refuge de ma compagne, Une défense octuple que j'ai bâtie,
Et voilà cette défense octuple.
Ici, le mot tatsou, qui peut signifier s'élever , est traduit par dragorty qui se nomme aussi tatsou, et, par cela, le poème a certainement gagné. Moins heureuse sans doute est l'interprétation que M. Basil Chamberlain préfère à celle que nous avons citée ci-dessus. Il prend le mot idT^oumo que nous venons de traduire par combat pour le nom de la province où l'aventure arriva. Peutêtre le poète Japonais aima-t-il à introduire ce nom-là, mais tout en l'employant comme nous l'avons traduit et ne voulant voir qu'une allusion au nom de la contrée. Je laissé à part les autres interprétations, surtout celles qui attachent un sens différent aux mots ya he gaki puisque les Japonais les traduisent presque unanimement par défense octuple ou muraille octuple, en ajoutant que ce ne sont pas des murailles de notre façon, qu'il faut avoir égard à ce qu'il est question d'un dieu.
Le troisième mythe important pour nous est celui d'Okouninouchî ou du grand souverain du pays, dit aussi le Prince aux huit mille lances. Le Kodjiki raconte que ce dieu était un descendant assez reculé de Sosanô : mais on a des raisons de croire qu*il s'agît ici d'une rédaction posthunie causée par des motifs éthiques dont nous parlerons plus tard. Le pauvre Okouninouchi avait 80 frères qui s'allièrent pour le tourmenter et l'humilier. Lorsque, malgré leurs efforts, il eut gagné le cœur d'une princesse à laquelle ils faisaient tous la cour, ils essayèrent de le perdre. Sa mère le sauva plusieurs fois, et lui dit enfin de descendre en enfer chez son aïeul Sosanâ et d'y chercher du secours. Il suivit ce conseil, mais il ne fut reçu que froidement, avec des soupçons injustes. Sosanâ lui tendit même des pièges ; ce ne fut que par les conseils de Souséri-Hime, fille de Sosanâ, qu^ Okouninouchi échappa à ces embûches. Comme c'est dans le cours habituel de ces traditions, Okouninouchi enleva la princesse Souseri '.
I. C'est là sans doute le motif qui a porté les auteurs plus modernes à faire d* Okouninouchi le pttil-fils, et non \t fih de
Ayant trompé Sosanâ, les deux amants s'enfuirent, et, selon les conseils de Souseri, Okouninouchi enleva les armes et le Koto de son beau-père. \jè Koto faillit le perdre, car en chemin il heurta un arbre et résonna si haut que toutes les terres en tremblèrent. Sosanâ, endormi lors du départ de sa fille, s'éveilla et se débarrassa de tous les obstacles qu'on lui avait suscités. Comme on lui avait lié les cheveux aux poutres de sa maison, les fugitifs puicent gagner assez de temps pour s'échapper de l'enfer. Sosand, admirant le courage et le bon sens d'Okouninouchi, lui accorda sa fille et lui donna sa bénédiction.
Comme Sosanâ^ les autres per^nnages de ce conte mythique aimaient la poésie et la musique ; le Kodjiki nous donne des poèmes chantés alternativement par Okouninouchi et Souséri-Hitne lorsque celle-ci, jalouse, alla lui dire adieu pour
Sosanô, car, dans ce dernier cas, le dieu eût été le frère de son épouse, chose qu'évitent les traditions de l'Asie orientale. On préféra interpoler une série de générations insignifiantes entre ces deux dieux plutôt que de permettre un tel inceste. Il est à remarquer que le même motif a, sans aucun doute, eu de l'influence sur plusieurs antres mythes japonais.
toujours ; elle finit cependant par se réconcilier avec lui.
Ûkounittouchi devint le chef des divinités terrestres dépossédées par Ninigt,
Avant de passer aux traditions relatives à la postérité de celui-ci, nous avons à voir un récit assez intéressant concernant la ' parenté d'Okouninomhi, récit qui est en connexion intime avec la chanson.
Avant de détacher Ninigt pour régner sur les terres, la déesse Amatérasou s'avisa d'envoyer des ambassadeurs aux dieux terrestres pour préparer avantageusement la mission de son petit-fils. Elle désigna d'abord le dieu Amewakahiko (ce qui signifie le jeune prince du ciel) ; mais malgré là confiance que la reine des dieux mit en lui, il se montra méchant et ne se soucia point à^ Amatérasou et de ses ordres. Au lieu de lui obéir, il se lia aux dieux et aux déesses terrestres et ne songea qu'à s'amuser. Amatérasou le fit exhorter par des messagers, mais tout fut inutile. Les derniers de ces messagers furent le faisan et la faisane. Le faisan, il est vrai, se comporta comme Amewalcahiko lui-même, et alla paître en un
champ de haricots, mais la faisane s'assit sur le toit ai Amewakahiko et chanta : « Amewàkahiko, pourquoi oublies-tu tes devoirs ? que ne donnes-tu avis à Amatérasou ? »
La belle-sœur du jeune dieu lui dit de tuer cet oiseau impertinent ; malheureusement, il ne sut résister à ces instigations. Il prit Tare céleste qui lui avait été donné par Anmtérasou pour un effet tout différent, et tua la pauvre faisane d'un coup de flèche. Mais l'arc était des plus forts ; la flèche, après avoir traversé le corps de l'oiseau, s'envola jusque dans le ciel et parvint aux pieds d' Amatérasou. Celle-ci la ramassa et la rejeta en bas en disant : « Fasse ^w'Amewakahiko sorte du danger où peut-être il se trouve, s'il est fidèle à moi ; mais perce son cœur, s'il est un traître! »
De cette manière, Amewàkahiko fut tué.
Alors son père, un des dieux célestes, fit naitre un orage qui enleva le corps de son fils jusqu'au ciel, et il ordonna les cérémonies funèbres dues au défunt. L'épouse et les beaux-frères d'AmewakaJjiko, fils d'Okouninouchi, pleurèrent le mort chez eux ; un seul, nommé Adjijiki, monta au ciel pour assister aux funérailles. En y arri-
vant, il fut transporté de colère, car Fépouse et les enfants abandonnés jadis par Amewàkahïko le prirent pour celui-ci auquel il ressemblait extrêmement . Or, une telle méprise, selon le code de la religion nationale des Japonais, est une profa-' nation outrageante, les morts étant toujours réputés impurs. Il tira donc son épée, et, d'un seul coup, il jeta en bas sur la terre tout Tappareil funèbre afin^ que le corps de son ami ne restât pas chez les dieux du ciel. Puis il descendit lui-même, brillant et éclatant, et sa sœur ChXtaiérou — verbalement, celle qui brille en bas — veuve d'Atnewakahiko, chanta ces vers pour le célébrer :
« Semblable aux joyaux de la tisseuse céleste .(c'est-à-dire de la divinité des étoiles que nous appelons la constellation de la Lyre), Adjijiki franchit les vallées , ce dieu resplendissant ! »
Laissant à part pour le moment la vraie nature de ce mythe, nous passons aux traditions dont les objets sont les descendants de Ninigi, qui bientôt après la mort à'Amewakahiko^ prot^é par le vaillant dieu du Tonnerre, Takemikadioutchi, et suivi d'Ou^oumé et d'autres dieux, — comme nous
venons de le rapporter, — déposséda Okouninouchi et ses fils. Il y a d*abord Hohodémi, fils de Ninigi^ qui hérita de son père l'empire de l'île de Kiouchiou ou Tsôâkouchi et l'expectative du reste du Japon.
Ce prince Hohodémi, ou Haori-no-mikoto, était un des jumeaux dont l'épouse de Ninigi accoucha assez prodigieusement. Ninigi^ entrdné par le soupçon qui souvent s'attache à la naissance des jumeaux, se méfia injustement de l'impératrice sa femme. Celle-ci avait incendié la maison où elle se trouvait lorsque le terme des couches approcha, en proclamant qu'elle périrait par le feu avec ses enfants si elle était coupable, mais qu'elle sortirait saine et sauve avec les nouveau-nés si elle avait été fidèle à son mari. Pendant que les flammes éclataient, elle accoucha du prince Hosouséri — dont le nonï indique cette circonstance -^ et, quand le feu commença à diminuer, du prince Haori, — c'est-à-dire du prùtce du relâchement des flammes, le même qui, plus tard, fut ordinairement nommé Hohodémi.
Après la mort de Ninigi, les deux frères régnèrent ensemble ; il fut convenu que Hohodémi
parcourrait les bois et les montagnes et y chasserait, tandis que Hosouséri gouvernerait les plages et y pécherait. L'un d'eux proposa un jour à son frère de faire un échange ; alors ils furent malheureux, Hosouséri s'était fatigué en Vain, et Hohodémiy non content de ne rapporter aucun poisson, avait perdu son hameçon. Hosouséri y plein de dépit, ne fut point satisfait de ce que Hohodémi lui offrît quantité d'hameçons nouvellement tirés de son glaive; il ne cessa de crier qu'il ne serait content qu'en retrouvant son hameçon. Hohodémi fut contraint à se rendre vers la mer, où, suivant l'avis d'un bon dieu de la plage, il pria le souverain des Ondes, Watatsouno-Kami, de l'aider à retrouver l'hameçon fatal. Celui-ci l'accueillit honorablement et fut heureux que sa fille aînée, Toyotama-Himey la princesse aux nombreux joyaux^ épousât ce descendant de la déesse suprême. En outre, le roi des mers assembla tous les poissons et découvrit que l'hameçon était dans la bouche d'un poisson rouge semblable au spare que les Japonais appellent Taï, Quand il le donna à son beau-fils, il l'exhorta à se venger de son frère et lui promit
son secours. L'hameçon devait être restitué avec des malédictions, et, afin que celles-ci ne pussent retomber sur son auteur, Hohodémi devait se détourner en les prononçant. Quant aux champs que les deux frères cultiveraient, le roi des Ondes assura qu'il ferait si bien que Hosouséri aurait toujours le désavantage. Si celui-ci choisissait les champs hauts et secs, ses récohes sécheraient, car le roi des mers n'enverrait que la pkiie nécessaire pour les contrées basses où se trouveraient les champs de Hohodémi, Il ajouta à ces promesses deux pierres merveilleuses, dont l'une avait la force de faire monter les eaux et l'autre celle de les faire s'abaisser. Pourvu de ces ressources, Hohodémi retourna au Japon, et, agissant selon les conseils de son beau-père, il réduisit si bien au désespoir son frère malveillant que celui- , ci eut recours aux armes. Alors Hohodémi se servit de ses deux pierres. Celle qui faisait monter les eaux obligea d'abord Hosouséri à se retirer sur une colline, puis, de là, sur un arbre ; enfin elle le força à demander quartier. Il jura de ne jamais troubler son frère. Ses descendants ne devaient avoir aucun droit, comme lui-même, ils ne pou-
vaient prétendre qji'à être jongleurs ou à vagabonder autour des portes du palais. Sauvé par la seconde des pierres merveilleuses, Hosouséri tint sa promesse. Il dansa la première pantomime qui représente sa propre défaite, et qui, jusqu''à présent, est celle qui s'exécute le plus souvent aux jours des fêtes religieuses. Il imita si bien les mouvements qu'il avait faits quand il était en danger d*^re noyé, que Hohodémi lui pardonna sous les conditions proposées par Hosouséri luimême. Ainsi tous 'ceux de la postérité de celui-ci sont réduits à se faire ou jongleurs ou vagabonds et ils sont dénommés par le reste des Japonais : Hayàbitos (hommes alertes) et Inouhitos (hommes chiens),
Hohodémi inventa en outre un beau poème en rhonneur de son épouse qui fut obligée de le quitter — tout comme Mélusine — parce qu'il Tavait vue en serpent ou dragon de mer, forme à elle propre qu'il lui fallut prendre quand elle accoucha d'un prince qui devint l'unique héritier de son père. Cet Outa:^ bref mais plein de passion, exprime les douleurs que Hohodémi éprouve parce que sa compagne l'a quitté pour toujours, tandis
que les oiseaux de la mer ne manquent pas de retourner dans leur nid. Il semble de plus que les Japonais attribuent à ce souverain mythique de leur pays des compositions musicales, car,' dans im concert de Torchestre impérial, un de mes amis indigènes me chuchota à l'oreille que la pièce exécutée dans ce moment était l'œuvre d'un des dieux souverains du Japon, qui fut parent des divinités de la mer et dut ses victoires au secours de ces êtres qui se montrent ordinairement sous la forme de dragons. En entendant dire cela, je m'imaginai que les sons des flûtes, des hautbois et des châ, fluctuant sans cesse, étaient destinés à peindre les tortillements de ces dragons ou serpents fabuleux ; mais je fus bientôt désabusé après m' être convaincu que les mêmes sons prédominaient partout, indépendamment du caractère de la musique, et servaient aussi bien à peindre les plaintes d'une mère ou la joie des vainqueurs après une bataille, que tout autre sentiment.
Les chroniques rapportent que l'épouse de Hohodémi ne quitta plus la mer et renonça même à revoir son fils qui fut nourri et élevé par sa tante Tamayori-Hitne, sœur cadette de Toyotama-
bime', qui pour cette raison est très vénérée des Japonais. Ce prince avait quatre fils dont deux débarquèrent dans Tîle de Nippon et fondèrent l'empire japonais.
L'aîné cependant, honorairement nommé Jtsouse, ou la cinquième branche, c'est-à-dire le chef de la cinquième génération après Amatérasou ' , fut mortellement blessé dans un combat et laissa le trône à son frère cadet, qui, sous le nom de DjimmoU'-Temd, devint le premier empereur ou Mikado du Japon en l'an 660 avant J.-C, date pourtant fabuleuse et mythique.
Les traditions s'attachent dès ce moment à l'île de Nippon et surtout au gokinat ou aux cinq provinces voisines du lieu où Djimmou débarqua, et où plus tard s'éleva Kiyoto, capitale du Japon durant huit siècles, jusqu'en 1600. Comme la province de Yamato était la plus importante de ces provinces, son nom est souvent celui dont on
I. Il faut avouer que la plupart des traducteurs et des commenuteurs japonais expliquent câ nom autrement et parlent de cinq branches d'une rivière qui se .jette dans la mer près du centre du futur empire japonais, mais itsou étant aussi le nombre ordinal mon explication est sans doute préférable.
se sert pour indiquer tout ce qui est purement et vraiment japonais.
Cependant les traditions retiennent la même tenue durant les jours de Djitnmou, héros dont . elles rapportent assez de traits merveilleux. Il y en a plusieurs où la chanson joue un grand rôle. Parmi les démons contre lesquels Djimmou combattit, on nomme avant tout les tsoutchi-goumo (ou sans le nigori japonais, amollissement de la première lettre de la seconde partie d'un mot composé, les isoutchi-koumo), qu'on traduit le plus souvent par araignées de terre, mais dont nous expliquerons plus tard le vrai sens. Le Kodjikî ajoute qu'ils étaient très farouches et qu'ils avaient des queues ; leur nombre était de quatre-vingts. Ils étaient si terribles qu'après avoir pénétré dans le camp impérial, ils firent une telle peur aux guerriers que Djimmou s'avisa d'une ruse. Il les régala de saké, et ordonna à quatrevingts de ses meilleurs soldats de surveiller ces monstres et d'avoir toujours l'œil sur chacun. Les |;uerriers, -leurs glaives dissimulés sous leurs habits, devaient en même temps faire attention aux paroles que Djimmou chanterait ;
dès qu'il l'indiquerait, ils tueraient les monstres d'un seul coup. t
Au beau milieu du festin, Djimmou entonna . une chanson qui finissait par ces mots :
« Dans la profonde cœueme d'Osaka, il y a une grande multitude ; mais quoi qu'il en soit, les braves guerriers du régent sublime, descendants des héros célestes, la frapperont et ien débarrasseront à grands coups de leurs glaives semblables au marteau du dieu du Tonnerre, à ce marteau de pierre ! Ainsi, descendants des guerriers sublimes, /«/«ç vos armes et frappe\ fort! »
A ces mots qui, en effet, étaient assez intelligibles, les soldats de Djimmou .tuèrent les Tsoutchi'goumos d'un seul coup et sans aucune résistance.
Le KodjiJn fait aussi mention de plusieurs autres poèmes chantés par Djimmou en l'honneur de ses victoires et de ses amours. Un de ces poèmes rapporte que Djimmou, ensorcelé et «ndormi avec toute son armée, ne fut sauvé que par le secours du dieu du Tonnerre qui lui jeta du haut du ciel un glaive droit et fort à deux tranchants et à poignée en forme de croix. Les
[^"'Ip-Cr^T,
chroniques ajoutent qu'après ce désastre, on luj donna un corbeau gigantesque qui dut toujours être son avant-garde. La mort de ce héros fondadateur de l'empire japonais ne fait cependant pas cesser les épisodes poétiques et musicaux des anciens récits. Djimmou laissa l'empire à ses trois fils légitimes ; mais un enfant illégitime, Tagichimimiy guenier renommé, le leur disputa. Ce guerrier avait été jusqu'à persuader à sa bellemère (la mère des trois princes légitimes) de l'épouser. Cependant l'impératrice douairière ayant vu que Tagichimimi tendait des pièges à ses fils, le désavoua et avertit ses enfants par des chansons qui, à l'insu de Tagichimimiy leur firent connaître qu'il y avait un danger imminent. Le texte de ces outas est celui-ci :
<r Des nuages sombres se sont élevés du câté du fleuve de Savi, et le feuillage des forêts du mont Ounébi commence à frémir, car le vent va souffler,
rr Hélas, les nuages qui apparurent sur la montagne d'Ounéhi pendant la journée présagent une tempête quand il fera nuit, ainsi que le frémissement des arbres Va annoncé. »
La chronique continue en rapportant que les
— octrois frères, fils de Djimmou, se préparèrent â prévenir les desseins de Tagichimim en le tuant. Le cadet seul osa s'approcher et frapper son ;idversaire. En conséquence, après la renonciation de ses frères, il devint Tunique héritier du trône.
De même, mais par une déesse des champs — on pourrait dire par une nymphe — le dixième empereur du Japon Soudjin, qui régna de 97 à 30 avant J.-C, fut prévenu qu'un de ses cousins lui dressait des embûches. Cette jeune fille divine vêtue d'une simple ceinture autour des reins ' apparut à Tun des parents de l'empereur commandant une armée désignée pour faire la guerre contre un ennemi lointain. Lorsqu'il s'avança dans un col près de la capitale, elle l'appela et lui chanta un Outa dont les paroles indiquaient que dans le palais impérial il y avait des geps insidieux qui entraient en secret. Interrogée sur le sens de ces mots, elle répondit que ce n'était qu'une chanson et disparut. Le général crut
I. M. Basil Chamberlain remarque que cène ceinture, on founàochi n'est pas chose remarquable. Mais il oublie que \a chronique veut dire que la njTmphe n'était vêtue que de cette
rrvv-
devoir retourner auprès de l'empereur qu'il avertît de ce qu'il venait de voir : celui-ci, en devinant la signification, ordonna que l'armée marcherait sans délai contre un de ses cousins déjà suspect. Celui-ci, pris au dépourvu, fut vaincu sans difficulté.
Le prince Yamatodaké, que nous avons déjà cité, fut le fils du douzième empereur japonais nommé Keîko, qui mourut en Tan loo de notre ère après avoir régné sur le Japon pendant 60 ans. Mais Yamatodaké mourut avant de succéder au trône, à la suite des fatigues qu'il avait souffertes durant une expédition dont le but était l'assujettissement des provinces 4e l'est et du nord-est du Japon habitées alors — comme dit la Tradition — par des sauvages » . Ainsi le nom de ce héros national le plus populaire du Japon ne se trouve pas dans la série des Mikados, bien qu'il soit l'aïeul de tous les empereurs depuis Tchouaî, son
î. J'aî montré ailleurs que ces sauvages, les harhares dt l'Est ou les yébi^ou (yémicht), dits aussi dodjtn, ne sont pas des peuples vraiment historiques et que leur identification avec les Atnos est erronée.
fils, qui après la mort de SeîmotC, frère de Yanut" todàkdy hérita deTempire en Fan 190 de notre ère. On dit que le prince Yamatodaké a laissé plusieurs Outas dont nous avons cité ci-dessus le plus intéressant, mais il serait fatigant de les mentionner tous, aussi bien que ceux se rapportant à Djingo-Kogo^ veuve de Tempereur Tchouai, qui, après, la mort subite et prématurée de son époux, régna sur le Japon de l'an 201 à Tan 269 de notre ère. Elle passe pour une guerrière excellente, et les chroniqueurs prétendent qu'elle a conquis la Corée d'une manière assez fabuleuse. Il su/fira ici de signaler ces exploits comme tout à fait mythiques et de ne faire mention que d'un * seul trait, l'invention du Koto, faite sous le règne àQDjingo-Kogopsir un simple soldat qui plaça, tout comme il est rapporté d'un des dieux devant la caverne d*Amatérasou, six arcs sur une planche, mais qui les sonna avec un plectron. On ajoute que cet homme communiqua d'abord son invention au ministre de Djifigo, au fameux Také-no- Outchi qui s'empressa d'en avertir l'impératrice. En outre, l'histoire fabuleuse de Djingo et de son fils ûdjin, qui suivit sa mère en 270 et qui qua-
fante ans après fut reçu parmi les dieux, est toute pleine d'allusions à la poésie et à la musique ; il eij est de même pour Nintokou, fils et héritier d'Odjin-Temâ, et pour ce ministre Tàké-no-Outchi qui servit tous les régents, depuis Tchouat jusqu'à Nintokou. Nous nous bornons à un seul trait caractéristique du règne de Nintokou, C'est le mythe d'un arbre merveilleux et gigantesque qui Crût près de la frontière des provinces Kii et Idzoumi, vis-à-vis de l'île d'Awadji, sur les bords du fleuve lunaire^ fleuve dont le nom n'existe plus ; cet arbre, après avoir été abattu, fournit du bois de charpente pour un vaisseau entier renommé par sa vitesse et en conséquence employé à apporter chaque matin de l'eau fraîche de l'île d'Awadji au palais de l'empereur. Le vaisseau étant usé, Nintokou fit construire d'une partie de son bois un koto qui fut aussi merveilleux, et dont le son se fit entendre à sept lieues, aussi loin que le vent fait frémir les roseaux de la plage d'Osaka, comme ajoute le Kodjiki.
Après Nintokou y on remarque que les traditions diminuent, si bien que plusieurs auteurs ont cru devoir faire commencer ici la véritable Histoire.
Un examen approfondi montre que le caractère mythique se continue. On trouve quelques épisodes assez importants pour la Chanson. Deux frères que Ton croyait les derniers rejetons de la famille des Mikotos à la suite des fureurs d'un empereur nommé Youriakou (qui régna de 457 à 459 ^P' J-'^O» parcouraient désespérés les contrées les plus désertes ; ils furent longtemps recherchés en vain par un des seigneurs de la cour. Enfin celui-ci entendit chanter d'une voix plaintive des vers qui exprimaient la douleur de ces princes. Il reconnut les deux frères et les reconduisit dans la capitale ; ils y devinrent empereurs successivement, et restèrem fidèles à l'affection mutuelle que les souffrances leur avaient inspirée. Ce fut le cadet, qui, sous le titre d'empereur Kmio, régna le premier, par la volonté de son frère aîné. On dit que dans un combat dangereux contre un rebelle, Ken:(o se distingua si bien que son frère crut devoir lui laisser la préférence, et que ce rebelle insolent, dont le nom était Chîbiy se découvrit lui-même — après s'être enivré — par des vers qu'il chanta contre les deux princes.
On dit que Tempereur Km:(â avait commerce avec une vieille femme qui, semblable à la nymphe Egérie que consultait Numa, lui donna des oracles. Plusieurs Outas ont été composés par Tempereur en l'honneur de cette femme ; Ton ajoute qu'elle était chaque fois appelée auprès de IÇen:(o par une cloche suspendue à côté de sa demeure et sonnée par un fil qui touchait à la chambre du Mikado, Celui-ci n'avait point de fils ; son frère aine Kin^en lui succéda. Kinien laissa le trône à son fils unique Mouretsou, auquel un autre héritier collatéral succéda en Tan 506 ap. J.-C.
A partir de cette époque, les chroniques deviennent de plus en plus froides et prosaïques ; ce n'est qu'au xiie siècle qu'un revirement de l'élément héroïque se montre dans les traditions japonaises. Mais alors ce ne sont plus les Mikotos pu les descendants de la famille des régents légitimes dont on chante les exploits, car ceux-ci deviennent de plus en plus des monarques essentiellement ecclésiastiques. Ce sont plutôt les ancêtres des régents séculiers ou politiques qui, de l'an 1600 à 1868, résidèrent à Yédo, ville nom-
mée à présent Tokio, et devenue le séjour àts Mikados réinstallés à la suite des événements de .1868. Ces régents de Yédo s'appelaient Gjogouns '; ce qui signifie un général en cllef ; leur dynastie, nommée celle des Tokougawa, était une branche de la famille ancienne des MinamotoSy famille dont naquircnt aussi les Achikaga — qui régnèrent en Chôgoun, à côté des Mikados, de 1333 à 1573 — et les Minamotos propres, qui sont les vrais héros de la soi-disant histoire du xiie siècle. La parenté de ces héros avec les régents d'Yédo — qui durant plus de deux siècles et dans les temps les plus cultivés eurent une influence énorme sur tout le Japon — ne fut pas sans conséquence pour les traditions elles-mêmes. Il faut lui attribuer en grande partie le rôle noble que dans cette prétendue histoire jouent, pour la plupart, les Minatnoto, et le rôle ignoble ou peu important qu'on a attribué à leurs adversaires, dont les plus importants sont ceux de la famille des Taira, Comme c'est le cas de l'histoire authentique, ou
I. Ce n'est que par erreur que l'on substituait. en Europe à ce titre celui de Taîkoun.