‹ Traditions japonaises sur la chansonChapitre 6 sur 9 · TH · texte numérisé non relu

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du moins beaucoup plus certaine du xvie siècle, on doit conclure ce qui est 'dû à ce motif dans les traditions à demi-mythiques du xiie sj^le.

Les contes mythiques qu'on assigne à cette époque nous donnent deux exemples bien intéressants et même charmants de l'influence de la Poésie et de la Musique sur les Traditions.

L'archer Yorimasa, descendant de la famille illustre dés Minamoto ' , tua un monstre qui tourmentait sans cesse son maître l'empereur Konoye- Tennâf le 77e de la série des souverains japonais. Ce monstre était le Nouyé ou Noué, qui s'asseyait deux fois par jour sur le toit du palais et hurlait affreusement. Il était moitié tigre et moitié singe, et pourvu de griffes formidables ; les heures pendant lesquelles il se montrait étaient Vheure du tigre — de 3 à 5 heures du matin — et l'heure du singe, — de 3 à 5 heures après midi. —

I. Ce mot signifiant ceux qui se trouvent ^u-dessous d'une fon^ taine, a, été traduit souvent par les Japonais en Gftidjif mot originairement chinois qui a le même sens, tandis ^ue TatrOy dont le nom signifie doux ou paûihle, se traduit en Hethi. Ces npms sinico-japonais furent plus populaires dans les siècles passés, si bien que la lutte des deux familles s'appelle très souvent le Gen-Pei-Kasseit.

L'empereur, déjà malade, fut si troublé qu'il faillit mourir. Personne n'osait attaquer ce monstre qui pouvait voler, jusqu'à ce que le brave Yorimasa, un archer qui ne manquait jamais son but, et son valet Inouhayata, homme aussi braveque lui, entreprirent cette aventure. Le Noué s'étant placé sur le toit du palais, Yoritnasa et Inouhayata entrèrent dans une cour voisine, et l'habile archer perça, d'un coup de flèche, l'œil du' monstre qu'il put viser grâce au flambeau apporté par son valet. Le monstre abattu, Inouhayata accourut et lui coupa la tête qui fut rapportée comme trophée. Le Mikado récompensa le vaillant guerrier en lui envoyant un glaive de valeur et de renom. Le messager — qui était un de ces Koughés ou chevaliers de la cour impériale, également versés dans les beaux arts et dans les aflaires militaires — profita d'un hasard pour faire une chanson lorsqu'il donna le cadeau souverain à Yoritnasa, La lune croissante était en forme d'arc et un coucou volait auprès d'elle." Le Koughé adressa donc ces mots à Yqrimasa : « Va demander au coucou quelle sera la récompense que notre maître te donne! A Il nous faut remarquer que les Japonais ont à

peu près les mêmes superstitions sur cet oiseau que les Européens et qu'ils le prennent pour une sorte de prophète. Yorimasa lui répondit sur-lechamp : (( Va le demander plutôt à la Lune qui tend Varc, mais ne sait pas tirer comme moi ! » Dès ce moment Yorimasa fut estimé comme le Koughé Ip plus achevé, sachant aussi bien faire des poèmes que combattre ; en son honneur, on figure très souvent sur des armes ou sur des manches de couteau, un croissant et un coucou volant.

L'autre récit que nous avons à citer ici n'est pas moins populaire. Il rapporte les aventures du fidèle Nakakouni, qu'on a nommé le Blondel japonais, et que les poètes, les peintres et les sculpteurs du Japon n'ont pas cessé de célébrer jusqu'à nos jours. Quoique n'appartenant pas à une famille distinguée, Nakakouni était au nombre des Koughés et l'ami intime du jeune empereur Takakoura, quatrième successeur de Konoyé. Ce souverain ne régna que de 1 169 à i i8i , et mourut jeune, comme avait été le cas de Konoyé et des deux Mikados intermédiaires. Sa maladie fut amenée ou du moins gravement augmentée par un chagrin causé par son épouse et son beau-père, le

fameux Kiyomori, chef de la maison des Tairas , qui était en ce temps maître absolu au Japon. Tàkakoura aimait tendrement une de ses concubines, ou fiaichis ', la belle K<^o ; l'impératrice, furieusement jalouse, tourmenta son père jusqu'à ce qu'il consentît à faire enlever la pauvre Kogo qui, depuis, languit dans une place solitaire et lointaine de la capitale de Kiyoto ; pendant que son amant s'attristait de plus en plus et se mourait de chagrin. Nakakouni, ému par les souffrances de son maître chéri, se rendit en voyage pour chercher l'objet de son désir. Monté sur un cheval blanc, il parcourut tout le pays ; pour retrouver la belle KogOy il jouait de la flûte et exécutait un air favori de l'empereur et de Kqg^o, dès qu'il arrivait à un endroit habité. Enfin, dans un désert où il espérait à peine parvenir à son but, un Koto lui répondit en répétant le même air. Averti ainsi que Kogo était là, il l'enleva et la reconduisit à Kiyoto, où ses amis l'accueillirent en triomphe et où l'empereur eut ses derniers

I. C'est le nom convenant aux concubines des empereurs dont le nombre normal est de douze, tandi« que celles des autres Japonais s'appeU»nt Mékalcés.

jours embellis par la présence de sa bien-aimée. C'est à bon titre que Ton vante le dévouement de l'infatigable Nakakouni,

Passant aux légendes boudhiques, nous n'avons que peu de choses à noter. L'empereur Chotokou^ vers le milieu du viiie siècle — auquel les traditions attribuent le mérite d'avoir répandu le Boudhisme, — composa, à ce qu'on dit, une pièce musicale en l'honneur de ses victoires. Mais, bien que les musiciens de la cour et les connaisseurs japonais assurent que ce fait soit authentique, il est certain que toute l'histoire Japonaise de ce temps est suspecte et trompeuse.

Un autre saint boudhiste, un poète qui chantait les délices du paradis de sa religion, est commun aux Chinois, qui \Q\\om.mtnt Li-Tieh-Kwaî, et aux Japonais, qui prononcent le même nom Ri-Teî'Kwaî ; mais il est peu connu de ceux-ci et loin d'être vraiment populaire. Il est cependant en rapport avec la poésie et ne doit pas être omis ici. Il lui fut permis, à ce que disent les anciens livres boudhiques, de faire plusieurs voyages dans le ciel où son âme se délectait, tandis que son corps était bien gardé, afin qu'il ne perdît pas

la faculté de recevoir son âme. Le voyage final s'approchant, Ri-Teî-Kwaï en voulut profiter autant que possible. Il ordonna à son disciple le plus avancé de prendre soin de son corps pendant sept jours, dernière limite de l'absence permise à son âme. L'élève s'engagea à rester sans cesse auprès du corps de son maître et tint sa promesse jusqu'à la sixième journée, moment où il fut averti que sa mère était mourante et lui commandait d'accourir auprès d'elle. Le pauvre disciple, ainsi placé entre deux devoirs sacrés, se dévoua pour celui qui était le plus naturel et s'en alla au lit de mort de sa mère. Retourné chez son maître, il trouva le corps de celui-ci corrompu et incapable de loger l'âme de Ri-Td-Kwaî qui fut forcée d'entrer dans le corps d'un mendiant boiteux. Ennuyé sans cesse de cette demeure peu convenable à son âme, le malheureux poète vécut encore longtemps avant d'être délivré par la mort et reçu dans le ciel.

Les contes populaires qui s'attachent à certaines localités sont, pour la plupart, trop remplis du culte des revenants — culte vraiment indigène et pénétrant presque toutes les traditions — pour

s*occuper sérieusement des Arts ; les traditions d*origine boudhique font seules exception. Ainsi les habitants de la partie des rivages japonais donnant sur ÏQFoudJi-Yanm, — montagne volcanique, inactive durant les derniers siècles et justement réputée la plus haute du Japon — racontent que jadis un pêcheur trouva, un beau jour, une robe merveilleuse faite de plumes. Il aperçut bientôt quelques charmantes filles nageant dans les ondes, ne douta pas de leur origine céleste et pensa que la robe était à Tune d'entre elles. II retint la robe et vit une des jeunes filles s'approcher de lui et le prier de lui rendre sa robe sans laquelle elle ne pouvait remonter au ciel. Il y consentit, mais sous la condition que la fille divine lui apprendrait une danse céleste. Il hésitait cependant à rendre la robe avant la danse ; elle lui reprocha sa méfiance désobligeante et reçut sa robe ; après quoi, elle le récompensa par la plus belle danse du monde, qui finit par l'emporter au-delà du sommet du Foudji-Yama '.

I. Cette version n'est pas d'accord avec le fait que dans les temples de cette contrée, on voit plusieurs robes de plumes fai^s artificiellement et qu'on dit être celles des filles célestes.

Une tradition rappelant les Lloronas ou Femmes pleureuses de nos mythes, a été trouvée par M. Greey aux alentours de Tokio, dans le village de Moukojima où il y a un petit temple et un saule révéré par les paysans. Ce saule, dit-on, renferme une mère infortunée dont le fils fut enlevé par des brigands. Le pauvre enfant ne sut endurer les tourments qu'on lui imposa. Il mourut et fut enseveli à Moukojima. La mère désolée le cherchait partout ; elle le trouva enfin, mais mort. Elle fut si désolée que, par pitié, les dieux la changèrent en dryade. Le saule sacré murmure ses plaintes tout comme le font les pins Filao dans les cimetières chinois.

Quant aux contes de revenants et à leurs con-^ génères, il n'est pas étonnant que les renards blancs sorciers, objets favoris des traditions japoponaises, soient parfois montrés comme ressem-

Un médecin allemand nommé Kaempfer, chirurgien de l'armée hollandaise, en avait va déjà il y a deux cents ans, comme on le lit dans son livre sur le Japon, ouvrage assez intéressant et instructif. Il se peut donc qu'il y ait eu d'autres versions de ce conte chez les Japonais, différentes de celle que nous venons de donner et qui n'est que trop simplifiée ; mais à présent elle semble être la seule qui existe.

blant à de belles filles et sachant charmer les hommes par l'art de la musique et de la danse. De même les esprits méchants des marais — dont le suprême paraît être Midioumé ou Vaune — prennent quelquefois une figure charmante et attirent leurs victimes. Mais, en général, ces spectres sont simplement affreux et cruels. Il est très exagéré de parler de démons japonais semblables à nos fées ou aux Elver et Ellepigen des Danois et des Scandinaves. Bien que cet Eîverfolk ou Elîefoîk et son roi soient souvent la cause de la mort d'un jeune homme, la ressemblance n'est qu'apparente ; la plupart des démons insidieux et dangereux des Japonais, les Onis, sont dépourvus de toute qualité capable de séduire les hommes. Ces Onis dévorent tout ce qu'ils peuvent agriffer ; je ne connais qu'un seul mythe en différant. C'est celui de Koremotchi, général renommé du commencement du xie siècle et descendant de la famille des Taira y dont nous avons parlé. Ce héros fabuleux s'était distingué en chassant les Coréens de l'île de Kiouchiou avec l'aide d'une épée divine forgée à cet efiet, et l'assistance d'un membre de ta famille des Minamoto qui n'était pas encore

hostile aux Tatra, Ce général alla un jour à la chasse dans une forêt remplie de beaux érables, — à cause de cela ce conte est connu des Japonais sous le titre de Momidji-Gari ou la chasse dans la forêt d'érables. Au milieu des bois, il vit soudainement une belle dame avec son cortège. Elle fit danser des jeunes filles et chanta ellemême si doucement que AV^/«o/cH s'approcha et, après avoir obtenu d*être de la partie, lui fit la cour. Régalé par elle et lassé des divertissements arrangés en son honneur, il s'endormit. Il était perdu si le dieu Hatchiman ou Yabàta « n'était allé se promener dans la même forêt. Celui-ci se courrouça contre les Onis insidieux et mit son glaive à côté de Koremotchi dont toutes les armes avaient été enlevées par les démons ; ce glaive le sauva, car étant un glaive divin, il anéantissait l'effet des sorcelleries ; il mit Koremotchi en état de lutter contre le chef des démons et de le tuer. Cette scène est souvent représentée dans le Nô-

I . Le même dont nous avons mentionné la fête ci-dessus et qui, selon l'opinion des Japonais orthodoxes, n'est autre que l'empereur Odjin déifié.

Gàkkou; je fus témoin moi-même des applaudissements par lesquels elle fut accueillie ' .

Plus souvent que les Onis^ les démons des eaux aiment la danse et la musique ; mais, comme leur chef Chodjô, ils préfèrent encore boire le saké. Les Japonais ont nombre de traditions où Chodjô et ses partisans se montrent reconnaissants pour les offrandes de sakê. Ils sont parfaitement inoffensifs, et les monstres rapaces de la mer comme les Cappas êtres formidables qui ressemblent à une tortue gigantesque à griffes aiguës, n'ont aucun rapport avec eux. Le rôle que jouent les démons des bois, ou Tengous, est semblable à celui des compagnons de Chodjô. Ces Tengous, êtres laids au nez long et souvent en bec d'oiseau, ne sont point méchants, mais plutôt bienveillants et affables, comme on le lit par exemple dans l'histoire de Yochitsouné, héros tout à fait mythique, qu'on dit avoir été le demi-frère de Yoritomo^ le plus renommé des Minamotos et le premier Chogoun 2. Ce furent les Tengous qui apprirent à

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