Ce Yoriiomo, après avoir perfidement donné la mort à un
ce héros populaire les sauts merveilleux par lesquels il sut vaincre ses ennemis les plus dangereux ; on le voit souvent peint ou sculpté combattant le géant Benheî, qui, après sa défaite, devint le partisan fidèle de son vainqueur.
Les Tengous aiment aussi à boire le saké, à danser et à chanter ; ils remplacent souvent nos lutins et nos gohïins.
Nous pouvons mentionner encore le dém.on du Vent, armé de huit tambours et connu sous le nom sinico- japonais de Raî-Ten ou Raî-Den (dieu du Tonnerre).
Une tradition remarquable est celle d*un Koughè des temps antiques, bien antérieur aux héros du xiie siècle. Il s'appelait Yasoumasa, et était le favori de son souverain. Bon musicien, il aimait surtout à jouer de la flûte, même à la promenade. Un soir d*hiver, il s'était éloigné de la ville de Kiyoto tout en jouant de la flûte, lorsqu'il aperçut un brigand qui venait l'assaillir. Yasoumasa se
des cousins, Yochinaga et à son frère Yochitfoune'y malgré le dévouement et la fidélité de celui-ci, est dit être mort en 1199. Il est à demi mythique lui-même.
— 79'contenta de le regarder fixement et de jouer de la flûte ; ainsi il charma si bien le brigand qu'il ne put approcher et qu'il fut forcé de se soumettre. Yasoumasa le fit prisonnier et l'amena à Kiyoto où il demanda son pardon, et le fit s'amender.
N'oublions pas une autre tradition très répandue chez les peuples de l'Asie orientale, celle d'un monde au delà de la mer, où il n'y a ni mort, ni hiver, ni maladies, ni vieillesse. Ces îles de la Jeunesse et de Vie éternelle s'appellent Poung-Lat-Chan en chinois, ce que les Japonais prononcent Horatsan. Quelques auteurs placent ces îles dans le Sud, mais - la plupart disent qu'elles se trouvent vers l'Est. Tous d'accordent pour dire que ces champs élyséens — où l'on sonne du Koto et où l'on joue de la flûte nuit et jour pour s'amuser sans cesse auprès des jolies femmes — sont si loin que les mortels n'en peuvent jamais revenir que par un miracle.
En dehors de cet Horatsan — qui nous rappelle l'autre monde de plusieurs traditions romanes et celtiques -7 il y a une île des Femmes qui ressemble plutôt aux îles Ouak-ouak des Mille et une Nuits, dans lesquelles Asem retrouva son épouse,
fille de la reine des Génies. — Ce pays d'amazones fabuleuses s'est changé chez les Japonais et les Chinois en une espèce de séjour du demimonde; les récits en sont souvent impudiques.
Le Horaîsan a été quelquefois confondu avec un séjour également exempt de la mort et de la vieillesse, mais qui se trouve au fond de la mer. Ce fut dans ce pays que le fameux pêcheur Ourachimataro fut enlevé par une tortue gigantesque, ambassadrice de la princesse marine Otohimé ; il y vécut trois cents ans dans les fêtes, croyant que ces années n'étaient que des journées. Pris du désir de revoir ses parents, il partit un jour pourvu d'une boîte qui avait le pouvoir de le ramener chez Otohimé sain et sauf, s'il ne Youvrait pas. S' étant convaincu que son père et sa rtière étaient morts depuis des siècles, il se désespéra et ouvrit la boîte ; après quoi il devint un vieillard décrépit qui mourut presque aussitôt.
De même que dans les récits que nous venons de citer, la musique et la danse ne jouent qu'un rôle secondaire dans les contes que les Japonais racontent aux enfants. Ces contes, par le fait des récitateurs japonais, sont embellis ou plutôt gâtés
par des traits peu importants. Parmi ces épisodes interpolés arbitrairement, on trouve souvent des descriptions de représentations musicales et mimiques. Des auteurs étrangers ont quelquefois imité cette manière — nous citerons M. Griffis, écrivain américain — mais il est inutile de nous arrêter à ces fantaisies. Bornons-nous à citer le conte du Moineau à la langue coupée^ dont l'origine ancienne est garantie par une édition publiée il y a 200 ans. Ce moineau, ou plutôt cette fille de passereau, poursuivie par un oiseau de proie, fut sauvée par un vieillard. Dès ce jour elle s'attacha au vieillard qui l'aima et la soigna. Mais la femmp du vieillard haïssait le pauvre petit oiseau et lui enviait chaque morceau qu'il glanait. Un jour, le vieillard étant sorti, elle voulut couper la tête du moineau parce qu'elle l'avait surpris mangeant un peu de riz. L'oiseau se sauva, et les ciseaux ne lui firent qu'une légère coupure de la langue. Quelque temps après, le vieillard, en allant vendre quelque chose dans un village, rencontra dans un taillis de bambous une jeune fille qui lui dit être le moineau échappé. Elle l'invita à entrer chez elle, le régala
et Tamusapar des danses et des chansons. Quand il lui fallut partir, elle lui offrit un présent. Il le refusa d*abord ; mais, comme elle insistait, il choisit la plus petite des deux caisses dont elle lui laissait le choix. Retourné chez lui, il trouva que cette caisse était pleine de très belles choses ; mais il fut vivement réprimandé par sa femme pour n*avoir pas choisi la plus grande caisse. Afin de réparer le dommage, la vieille s'en alla, eut la même rencontre, et, après avoir logé chez le moineau, elle exigea un cadeau et n'hésita pas à choisir la plus grande des caisses. A son retour, elle fut punie, car, dans cette caisse, il n'y avait que des spectres affreux qui la . tourmentèrent jusqu'à ce qu'elle mourut.
Un rôle prépondérant n'est attribué que rarement dans ces contes à la danse ou à la musique. On peut citer, cependant, le conte du Pot merveiU leux qui devenait un animal de l'espèce nommée Tanouki ' , quand l'eau versée dans son intérieur était prête à bouillir, et qui, alors, dansait habi-
I. Animal qui a de l'affinité avec le renard et le chien, mais qui ressemble aussi au raton. Son nom scientifique est Nyciereuies procyonoîdes.
lement sur la corde. Il enrichissait son maître qui le fit voir pour de l'argent jusqu'à ce qu'il s'avisa d'entrer dans un sanctuaire. Nous pourrions encore mentionner le conte du Maître d'armes qui parcourait sa patrie en chevalier errant et qui sauva une jeune fille abandonnée à un démon des montagnes. Il réussit grâce à un brave chien, Chippeîiaro, qui fut merveilleusement capable de tuer ce démon. Ce monstre avait la forme d'un matou gigantesque et il était accompagné d'un grand nombre de chats également formidables. Ces chats dansaient d'une manière farouche et chantaient des vers en menaçant la vie de leurs victimes. Ce conte, apparemment, est tiré de la même source que la tradition d'Inada et de Sosanô, tradition qui, d'ailleurs, rappelle celle de Persée et d'Andromède, et d'autres contes. Un troisième exemple est fourni par le conte d'un vieillard qui par hasard aperçoit des lutins — ou des Tengous — dans une forêt, e.t qui, en les voyant danser, sort de sa cachette et les amuse si bien qu'ils lui ôtent une verrue. Un de ses voisins, pourvu aussi d'une verrue, veut profiter de cette occasion, mais il perd courage
devant les lutins et danse si mal que les tengous le blâment. Persuadés que c'est le vieillard de la veille, ils lui ajoutent la verrue de son voisin, de sorte qu'il eut deux verrues. Ce conte ne semble pas être d'origine japonaise ; il ne ressemble que trop à certains contes irlandais ; vu le génie imitateur des Japonais, je ne doute pas que ce ne soit un conte importé tout récemment chez eux. A coup sûr, il y a plusieurs autres contes japonais assez répandus qui ont été introduits par les Européens depuis 1852.
La dernière tradition dont il nous faut faire mention est celle des sept Dieux du Bonheur.
Ces demi-dieux, ou démons bienveillants, divinités des -plus populaires chez les Japonais, sont toujours gais ; ils dansent et chantent ou sonnent le Biwa et le Samisen, Benten, surtout, déesse qui seule accompagne les six autres dieux mâles, aime à danser et à amuser ses compagnons en chantant et en sonnant le Samisen. Ces dieux du bonheur sont une collection de divinités d'origine hétérogène. Benten, déesse de l'Amour et de la Beauté, tire son origine de l'Inde. Le patron des guerriers, Bichamon, était aussi du cortège de
Boudha quand il fut transporté au Japon. Un vieillard à tête extrêmement élevée, Djourôsin, invoqué pour donner la longévité, est un esprit auquel les Chinois ont consacré Tétoile appelée Canopus. Le dieu Foukourokoudjou, qui donne le succès, est aussi un génie chinois.
Daïkokou, patron du riz et des richesses, et Hoteï, donneur de bonheur domestiqué, ne tirent pas moins leur origine de la Chine, tandis que le dernier, Yébisou, patron des pêcheurs, est un des dieux japonais enfants d^Isanaghi et d'Isanami. Malgré leur origine partiellement étrangère, tous ces êtres mythiques sont devenus nationaux et sont intimement liés à toutes les classes du peuple. Benten est fréquemment implorée par les femmes qui lui demandent de les faire chanter et danser assez bien pour plaire aux hommes.