‹ Traditions populaires comparéesChapitre 138 sur 386 · NYMPHES TERRESTRES · texte numérisé non relu

NYMPHES TERRESTRES

la chasteté même? Pourquoi Dryas et Fauna , dont les noms rappellent le séjour sauvage , poussèrentelles la retenue au point de ne Jamais regarder un liomme en face ?

Nos Dryades , à nous , si folâtres , si rieuses , aiment à égarer les jeunes garçons dans les bocages, mais elles ne sont pas méchantes comme les sœurs qu’elles ont laissées en Asie. Quand on les accuse sérieusement d’étre succubes , en assimilant leurs bons tours aux joyeux passe-temps de la fée Morgane dans la forêt enchantée de Brocéliande , je suppose qu’on les calomnie ; car les ricanements , les railleries par lesquels se terminent toutes leurs avances , sont la preuve qu’elles n’entraînent pas les hommes jusqu’à la chiite. Là , dans la déception, se trouve la morale de ces mythes populaires.

L’idée do nymphes qui égarent nous vient de plus loin que des côtes de l’Armorique (1) : il faut entendre Burckhardt voyageant , à l’est de la mer Morte (2). « Dans les cantons septentrionaux do l’Arabie, dit-il, les Bédouins n’aiment pas en général voyager pendant la nuit , même dans la saison chaude, à moins d’être en très-grand nombre. Durant la marche de cette nuit (31 août 1812') , mes compagnons parlèrent d’une croyance superstitieuse , relative à des démons femelles , invisibles,

(1) Urfl.ipnp fraiiraisc.

(2) .\our. Ànnal. tien Voy. ,1, \ , |>. 211.

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qui habitent le désert , et enlèvent les voyageurs restés en arrière des caravannes , afin de jouir de leurs embrassements. »

L’abbé Bannier , d’après Pococke, dit que ces divinités subalternes sont appelées , en Arabie , les filles de Dieu.

Le nord de l’Europe connaît depuis longtemps cette classe de déités trompeuses dont nous avons vu les sœurs dans le Lèmont. Qu'y a-t-il de plus ressemblant , à de pareils récits , que ceux de Kaempeviser , recueil de poésies danoises de la plus ancienne origine connue ? Là , vous voyez l’histoire d’un Jeune homme qui s’égare pendant la nuit , et qui arrive sur une montagne où dansent les Elfes : un de ces êtres fantastiques l’invite à danser , il s’y refuse , et tombe mort en arrivant chez lui.

Henri Dondas Robertson , dépeignant une divinité champêtre adorée dans les villages de l’Inde centrale , cite plusieurs autres déités qui en sont les terribles transformations. « Elles ont toutes , assure-t-on , l’esprit tourné à la malice. Quelquefois l’une d’elles empoigne un malheureux humain , et l’on n’en entend plus parler. »

Certes , pour en revenir à la Dame -Verte du Lômont et de Relans , et à ses joyeuses suivantes, il faut convenir que , si elles sont de la même famille , la civilisation a bien heureusement adouci les nuances de leur première éducation.

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