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CHAPITRE XXVI

LA FAMILLE

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La maternité a donc joué un grand rôle dans le culte de la femme chez nos pères : nous nous en apercevons à la multiplicité des vocables sous lesquels ont été placées nos églises et nos chapelles, car il a été naturel aux peuples convertis à l'Evangile de multiplier cette dulie autant de fois qu'ils avaient naguère érigé des autels à leurs idoles féminines. C'est surtout à la Vierge-Mère qu'ils adressèrent le plus d'adorations , parce qu'avec son fils entre ses bras , la mère de Dieu leur offrait le tableau de ce qui leur tenait le plus à cœur , l’épouse et la progéniture, en un mot, la famille.

On a trouvé dans les Gaules , mais principalement sur les bords du Rhin , de la Seine , de la Saône , de la Loire , de l'Aroux et de la Gironde , certaines idoles de terre blanche, qui sont l'expression naïve de cette pensée ; elles représentent une

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femme assise dans un fauteuil de jonc , tenant contre son sein découvert, ou modestement voilé, un ou deux nouveau -nés au maillot. Avec des statuettes de ce genre , se trouvaient mêlées nombre de figures d'enfants , soit en simple buste , soit en pied, dans un laraire qui fut mis au jour en 1853 près de Mâcon. Ces dieux lares et ces ea:-»o/onous semblent on ne peut plus significatifs. Il s'agit bien ici ou de vœux accomplis pour la fécondité des épouses , ou de vœux formés pour la conservation des fruits de l’bymen.

Quelquefois les représentations sont symboliques : et ces femmes tiennent sur elles des fruits ou des fleurs , comme celles dont nous avons parlé sous le titre de Déesses-Mères , en Allemagne , en Lorraine et à Lyon ; ou bien un chat , comme à Rheinzabern , animal assez bien choisi pour rappeler l’idée du foyer domestique ou du ménage , c’est-à-dire l’idée de la famille.

Quelquefois aussi, les figurines de la nourrice sont accompagnées de celle d’une femme qui n’est pas, à beaucoup près, aussi décente qu’elle. Celleci n’a pour tout vêtement qu’une chevelure guindée dont les guiches contournées lui tombent sur le haut des bras (1). On croirait voir une prêtresse de nie Formose , se montrant in naturalibus au

(1) Des slntiicUes de ce gciiir , en IciTe blanche, et creuses, ont élé trouvées, près de Montiiierle ( dép. de l'.Ain), pêle-niêlc avec des statuettes de nourrices.

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faite d’une pagode, si Vénus n’était pas plus près de nous pour nous servir de point de comparaison. Mais, que vient faire Vénus en pareil lieu? — Ce qu’elle y fait? Elle y est à sa place , puisqu'elle est comptée parmi les déesses-mères chez les Romains. Elle n’était pourtant pas un brillant modèle à suivre pour leurs épouses ; mais elle présidait aux mystères de la reproduction , et , à ce titre , on croyait bien faire que de se mettre, en chaque ménage, sous ses voluptueux auspices. Reine des cœurs , elle recevait aussi les confidences des per- .sonnes que des peines secrètes portaient à recourir à sa protection.

11 y a quelque chose de plus étrange à l’assemblage des diverses figures trouvées près de Mâcon, c’est la présence du singe accroupi et couvert d’un capuchon à pèlerine , à la manière des maîtres de cérémonies d’un grand Lama kalmouk. Le singe n’a pas reçu d’honneurs religieux chez les Européens ; il faut renvoyer son culte à l’Inde , au Thibet , aux contrées voisines. Le costume étranger qu’on remarque à la fois sur ces animaux et sur les figures d’hommes qui les accompagnaient dans le même laraire, me parait à peu près comparable à celui des Schamanes de la Tartarie , magiciens , prêtres , devins , qui ont coutume de s’habiller de la même manière que leurs idôles(l ).

I) (!os(umes livils lU* luu< los iteuplr*;, I. ni.

Diÿiîi^ûM by CaOO^Ic

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Nous voici bien près de deux pays de l'Orient où l'on trouve de frappantes analogies de repré* sentations religieuses de la mère de famille ou de la Vierge-Mère

C'est d’abord celle qui frappa , dans le temps , le voyageur Tavemier parcourant les Indes , à la vue d’un groupe d’idoles , composé d’une jeune femme , d’un enfant qu'elle menait par la main, et d'un homme qui lui parut âgé. Le personnage du milieu était désigné, dans le pays , sous le nom de Marion, le même que l'on donnait naguère en France aux personnes qui avaient reçu celui de Marie sur les fonts de baptême. Une telle rencontre de la sainte famille chez les sectateurs de Boudah dut causer au voyageur français une extrême surprise (1) !

C’est , en second lieu , l’image si vénérée dans toute la Chine de la déesse Kouan-in , représentée assise dans un fauteuil , tenant un ou deux enfants sur elle , ou les ayant debout à ses côtés , et que nos missionnaires assimilent en même temps à la Vénus romaine accompagnée de son fils , et à la décente Diane > toutes deux à cause des fonctions qu’elles remplissaient, l’une comme présidant à la copulation et à la fécondité , l’autre , comme se mêlant d’accouchements; car, en effet, Kouan-in

(1) Un autre dirait que coltp «nintr famillf y avait été portée par des apdtres ou des missionnaires.

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jouit de ces deux attributions dans ia religion du Céleste-Empire.

Kovan-in, Miao-Tchouang, paraît avoir

donné son nom à la province des Miao-t*é, habitée par les Fans , espèce de sauvages réunis à la Chine proprement dite , province où elle avait pris naissance, le Sé-Tchouan. En chinois, tsé, signifie tantôt les fils , tantôt le département : ainsi, par exemple , Miao4sé veut dire le département de Miao , ou bien les fils de Miao , père de Kouanin. D'un autre côté , Miao signifie chat ; c'est une onomatopée qui s'est formée du miaulement de cet animal , miaou , et qui a fait appeler les Miao-Ué fils du chat. Ils pouvaient bien avoir eu pour enseigne nationale le chat , comme nos anciens Bourguignons , de la race des Suèves , qui relevaient leurs cheveux sur le sommet de la tête, à la mode chinoise.

Après cela , si l'on voulait supposer que les noms de Kouan-si et de Kouan-ton , que portent d'autres provinces de la Chine , se sont aussi formées depuis que ces provinces se sont mises sous la protection de Kouan-in; nous serions loin de combattre ce sentiment : n'avons-nous pas des provinces gauloises qui ont pris leurs noms de l'objet de leur culte principal ? Les Medio-matrici , par exemple , ne paraissent-ils pas tenir le leur d'une dévotion particulière aux Viergfis-Mères , comme nous l'avons déjà vu ? Peut-être qu'un étymologiste

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plus entreprenant que nous , et se fondant sur des rapprochements assez nombreux , trouverait curieux de comparer le nom de Tsé~Kouan-in à celui de Séçuanie , le département de Koiian-in , et d’ajouter que ce sont des Tartares Ëleuth et des Tartares du Tgé-Kouan qui , lors de la grande émigration des peuples de l’Asie en Europe, se seraient établis en delà et en deçà de la chaîne du Jura , sous les noms A' Helvètes et de Séquanes.

Mais , évitons pour le moment tout ce qui ressemblerait à une dissertation : nous ne pourrions que l’ébaucher, et elle est trop excentrique pour n’être traitée qu’à demi. Une autre fois , lorsque nous aborderons l’intéressant sujet de la filiation des peuples , nous montrerons plusieurs nations de l’Asie installées en Europe, et parfaitement reconnaissables à des restes de costumes , d’usages et de noms. Aujourd’hui, nous dirons seulement que des Tartares , voisins de la Chine , étaient déjà dans la Pannonie et dans la Dalmatie à l’époque où Septime- Sévère arriva dans les Gaules , et qu’il y atteignit son compétiteur Albinus sur les bords de la Saône.

Septime-Sévère avait dans ses armées des de. vineresses pannoniennes et dalmates , dont les oracles promettaient l’empire à son ambition. Soit que ces sortes de prêtresses schamanes eussent été regardées comme des divinités, soit qu’elles ne fussent que porteuses d’idoles de leurs pays scytiques , toujours est-il que leur culte a laissé quelques tra-

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ces daps nos contrées (1 ) , après les deux batailles livrées, de Tournus à Lyon , entre Septime-Sévère et Albinus ; car on voit encore dans une maison de la commune de Roche - Taillée , une inscription conçue en ces termes :

Pro sàll'te üomini ^ostri iMperatoris imcU

SEViimi SEVERI AUGUSti TOTlUS^'Ue DOMUX eJUS ALFA- NUS Afa^RONIS ET MATRIBU« PANNONIORCM ET DALHA-

TARCM Titus Clauâiu* pompeianos tribunu* uiLitum LEcionis primœ Hinerviæ loco exgclto clm diêcu- B1TIONE ET TABula Votum Soivit.

Or, qu’étaient ces mères Aufaniœ ^ c’étaient des mères de familles , maires familias , suivant l’expression de Jules César ou de Tacite , qui , chez les Germains, remplissaient les fonctions du sacerdoce et prédisaient l’avenir. — Mais , d’où vient Aufaniœ? — M. de Boksieu l’a très-probablement trouvé danslenomd’Oyfân, ville de l’ancienne Pannonie , actuellement appelée Bude. Je craindrais de me tromper en tirant le nom de Bude de celui de Boudah; mais je ne saurais laisser échapper un pareil rapprochement, qui s’offre d’une manière si opportune. Car les lecteurs auront peut-être remarqué, en môme temps que nous, que la recherche do l’origine des idoles trouvées sur les bords de la Saône , nous a reconduit bien avant dans ie.s

(1) Ces idoles sont à la vêrilc de fahriealinti romaine, mais leur étrangeté fait supposer que les Romains ont rendu ainsi re qui les frappait dans ces nouveau-venus et dans les objets de leur culte.

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contrées orientales , où la secte de Boiidah s'est multipliée depuis bien des siècles , et où nous avons retrouvé des analogies de culte , de costumes, d’images et de noms, tout à fait surprenantes.

A présent , qui nous expliquera cette autre analogie de nom , de culte et d’attribution que nous allons observer entre une divinité chinoise et une divinité romaine, entre Kouan-in et Cunina?

A la Chine, Kouan-in est la déesse chère aux petits enfants , aux mères de familles ; à Rome , Cunina est aussi la protectrice des nouveau -nés au berceau , quœ infante» in cuni» tuetur ; la divinité qui les préserve de toute fascination, acfa»cinum mmmovei.

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