KT LA MARATRE DE LHAL AMONT
ne font pas assez d’aumônes. Elle a fondé , dans son temps, nne bouillie au profit des indigents de ses terres ; c’est ce qu’on appelle le brei , mets composé de pois , de gruaux de blé noir et de poisson (1) ; et elle se fâche quand on néglige de le leur distribuer.
Quelquefois elle vient la nuit chez les princes , dans la chambre des nouveau-nés, quand le sommeil a surpris les nourrices ; elle berce les bambins et les promène familièrement. Une fois, disefit les frères Grimm, une bonne d’enfants, qui ne 1a connaissait pas , lui ayant demandé dans sa frayeur : qu’as-tu à faire de cet enfant ? et lui ayant dit des mots injurieux , elle répondit: «Je ne suis point ici une étrangère comme toi ; j’appartiens à cette maison ; et cet enfant, c’est un rejeton des enfants de mes enfants ; mais, puisque vous ne m’avez pas accueillie avec les égards que je mérite , je ne reviendrai plus désormais. »
M. Auguste Demesmay s’est laissé inspirer par une tradition franc-comtoise à peu près semblable, en donnant un autre nom à son héroïne , dans une pièce délicieuse qu’il a intitulée : La Marâtre de Chalamont (2) , et dans laquelle il fait revenir
(1) Nous avons fait remarquer, à l'occasion de Btrthr la Sauvage, que ce nuinger indiquait, par sa eomposition, une offrande à la déesse Herte qui était — passez-moi le terme — une divinité amphibie.
(2) Le chütcau de Chalamont entre Ponlarlier (Doubs ) et Salins (Jura).