‹ Traditions populaires comparéesChapitre 196 sur 386 · IN UDI · texte numérisé non relu

IN UDI

UE ABV IV NOMBUS K A ÜVLA PR O SA LVTE, RVPI AGRICOL. etc.,

ce qui prouve assez pour la haute antiquité du nom de Fée.

De nos jours , le recteur d’une académie allemande, qui a dirigé des recherches spéciales sur les fées d’Europe, M. Henri Schreiber, ne balance pas à leur attribuer une existence celtique , et à les assimiler aux Ginns de l’Orient.

Ils avaient aussi le sentiment d’une pareille naissance pour nos fées , ceux qui nous ont amusé par leurs contes d’Oberon et de Titania, le roi et la reine des fées, quand ils les ont faits habitants de l’Inde,

(1) Ooiirl dp fîrbrliii. Dirl. èlym. Fr.-Crll.

et qu'ils les ont supposés accourant en Europe, pendant la nuit , pour s’y donner des bals champêtres au clair de la lune ; mais , en poussant plus loin qu’eux , nous nous permettons de chercher jusqu’au Céleste-Empire un point de comparaison que nous avons toujours trouvé trop frappant pour n’être point remarqué de nos lecteurs. Un empereur de la Chine a déifié une sainte fille de Lieou- Kieou , sous le titre de Tyen-Fey , c’est-à-dire dame du Ciel î'I). Fey, en chinois, signifie dame, comme jPo, Foï , Foë signifient seigneur en Ton- Kinois.

Ainsi , quand on dit la fée , c’est comme si l’on disait la dame; et quand nous rencontrons en mille endroits les dénominations de la Dame du boU , du pré à la Dame, de la Combe à la Dame, de la cour des Dames , du banc des Dames , du chemin des Dames , de la chaussée à la Dame , de la grange à la Dame , nous pouvons y substituer celles de la fée ou des fées , car elles ne sont au fond que la traduction de celles-ci.

Déjà plus d’une fois, le nom de la Chine est venu se placer inopinément sous notre plume, parce que le désir d’emprunter des lumières à tous les lieux possibles, surtout à l’Asie , qui est notre berceau commun , nous a conduit , en quelque sorte mal-

(1) Tien , l'ii chinois , sigiiine le ciel matériel ou visible , comme l'esprit ipii y préside ; Fey veut dire dame , dans la racme langue.

gré nous , jusqu’à l’extrémité orientale de l’ancien continent. Est-ce à dire , pour cela , que nos ancêtres tenaient des Chinois leurs croyances superstitieuses? Certes, nous n’y songeons point; mais nous croyons que plus on remonte dans l’antiquité, plus on doit retrouver de mots communs à l’usage des diverses familles qui composaient le genre humain. Par exemple , nous sommes les descendants des Scythes qui sortaient de la Tartarie ; les Chinois , d’un autre côté , sont en majorité d’origine Tartare. « Tout ce qui peut contribuer, dit notre savant compatriote M. Pauthier(l), à former une conviction historique sur des données traditionnelles confuses, nous confirme dans l’opinion que les Chinois actuels ne sont pas indigènes sur le sol de la Chine ; qu’ils y sont arrivés du nord-ouest , et qu’ils ont été obligés d’en chasser, pour y trouver place, des peuplades moins civilisées qu’eux , appartenant à une race distincte qui aura peuplé peut-être les côtes orientales de la Chine et d’une partie du continent de l’.\sie. »

Ailleurs , nous établirons par l’histoire , par les traditions, par la nomenclature géographique , par la comparaison des mœurs , des usages , des costumes, des monuments matériels, des institutions civiles et religieuses , qu’une partie des peuples de r.\sie méridionale et centrale est venue occuper

fl) Oe la â^nsWaivert pittomqur.

380 LE BERCEAl’ DES FÉES,

plus de la moitié de l’Europe. Nous renvoyons à un autre temps l’émission de ce travail. L’histoire de la filiation des peuples ne saurait, à cause de son étendue, se traiter à l’occasion des fées. Faisons seulement ici trois ou quatre questions.

Par exemple , pourquoi les Bas-Bretons appellent-ils Boudik les fées de leur pays ? Ne pourraitron pas supposer un rapport entre le culte boudique en Asie , et le culte de nos boudiks en Bretagne (1)? Pourquoi les Bretons de la Cornouaille (2) appellent-ils aussi Spriggians les fées de leurs rochers , de leurs arbres , de leurs fontaines comme s’ils disaient les esprits femelles du Ginnistan (3) ? Pourquoi ces mêmes Bretons nomment-ils Mary-Morgan une sirène, et pourquoi la iée Morghiane , qui était de Perse et qui avait été prisonnière des Dives dans les montagnes du Kaf , au Ginnistan, avait-elle choisi sa résidence favorite sur les côtes de l’Armorique (4) ? Pourquoi appel-

(1) Boudait, l'indien, dont Ic.s Chinois ont fait leur Fo ou Foë , naquit 1022 ans avant J.-C.

(2) Departement du Finistère.

(3) Cian a été le monarque des Péris , pendant deux mille ans. Il immortalisa son règne par des expéditions militaires ; mais il fut chassé de ses états par Eblis ( le diable ) , et confiné avec ses sujets dans la partie de la terre la plus éloignée. (Le Finistère , ou extrémité de la terre, semblerait être désigné dans cette histoire fahuleusc.)

(4) lUorgiauf ( car c’était son premier nom ) signifie la ginn ou l'esprit femelle de la mer. Quand nos paysans, qui jurent par elle, prononcent tnorguiainr , ils conservent mieux .son véritable nom.

lenl-ils Gores et Gourics les esprits qui se rallient autour de leurs menhirs , où ils étaient jadis des prêtres? Ce nom n’est-il pas une altération visible des Gouroux de l’hindoustan, des .KAowry des Syriens , des Kourin de l’Arménie , qui sont autant de prêtres et d’hommes instruits des secrets de la nature ? Pourquoi enfin trouve-ton à Carnac des menhirs comme dans le Karnatik ? J’aurais beaucoup d’autres pourquoi à jeter en avant, pour préparer les esprits à la grande solution de la question hindoue ; mais je m’arrête.

Je pense donc qu’il faut avoir fait peu de pas encore dansl’investigation des théogonies et des filiations, pour se persuader que les esprits , les sylphes et les fées doivent leur existence aux créations de nos romanciers ! Il y a force raisons de se convaincre, au contraire, que la croyance à ces divinités subalternes , qui s’étaient glissées comme des médiatrices entre l’humaine faiblesse et la Toute-puissance éternelle , était inhérente au schamanisme de la Scythie asiatique , ou Tartarie actuelle , de la même manière que la foi au.x anges de la Chaldée , aux Ginns de l’Arabie , aux dives et aux péris de la Perse , aut( déoutas de l’Inde, adhérait aux autres dogmes de l’Europe celtique, d’où étaient sortis les démons de la Grèce, les génies et les nymphes de l’Italie.

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