CHAPITRE XXXV
l’arbre et I.’.VRBRISSEAU DES FÉES.
En Nomundie , U foudre u« frappe I épine
Manche , parce que b couronne dn Christ était faite de cet arbuste
Alf. DK !foac.
J’ai lu quelque part que le hêtre était l’arbre des fées : à défaut de plus amples renseignements à cet égard , je me permettrai de demander si c’est parce que fau signifiait en même temps fayard et fée dans la langue rustique de la Franche-Comté et peut-être encore ailleurs (1).
L’aubépin , que le peuple nomme autrement la noble épine était sans doute aussi consacré à ces mêmes génies. Elle est du moins l’objet d’une certaine vénération dans quelques pays de la Haute et de la Basse-Bourgogne. Les habitants do la campagne , qui ont retenu les instructions traditionnelles de leurs jières , croient que l’aubépine a la pro-
(1) Fnu, liétrc. La Combe. Dicl. du vieux lamj . . — Fau se dit pour fée à l'oecasion de la quenouille de la fau , qui est la Pierre- levée de Siraandre et Cliavannes (dép. de l'Aiii).
390 l’arbre et l’arbrisseau des fées.
priété de préserver des coups de la foudre , et ne manque pas de s’abriter sous ses tiges lorsque le tonnerre roule dans un ciel nuageux. D’antres, inspirés par la même confiance , se contentent d’en cueillir un rameau, fleuri ou non; et, mêlant sans le savoir la foi chrétienne à un reste de paganisme, s’en servent pour faire sur eux le signe de la croix. Lejeune pasteur en attachera, par exemple, un petit bouquet à son chapeau , et la bergère à son corset.
Au'Picarreau (1), village que déjà nous avons eu occasion de comprendre dans le récit de nos traditions populaires , sur la Vierge-Mère des bois de Poligny, chacun est très-persuadé que la meilleure épine-blanche dont on puisse espérer de pareils services , c’est celle que l’on cueille du côté du séjour ou dans le séjour môme de la Dame-Blanche.
Voilà la noble épine bien rattachée à sa consécration première.
M. de Roujoux, ancien préfet de Saône-et-Loire, a laissé en portefeuille quelques notes précieuses sur ce département : nous lui empruntons avec plaisir celle qui suit :
« Il n’est pas rare de rencontrer au printemps une mère en pleurs , agenouillée devant un aubépin , priant avec ardeur pour un enfant fiévreux , qu’elle tient dans ses bras. Elle est sûre de sa guérison ; les vents porteront au ciel ses vœux avec la
(1 (fti Jura
l'asbke et l’abbrisseau des fées. 39 1 douce exhalaison des fleurs de l’aubépine. On dit que les branches de cet arbrisseau formèrent la couronne du Christ ; et cet acte de religion , fait avec ferveur , résultat d’une foi sincère , aurait droit au respect des hommes , s’il ne s’adressait pas à l’image matérielle dont ces gens simples ne séparent aucune idée. »
On voit encore ici une dulie christianisée.
La commune de VAubépin , sur le bord du premier plateau du Jura , près de Saint-Amour, est nommée Alba spina dans les chartes latines. Elle pourrait bien avoir pris ce nom d’un arbrisseau si vénéré chez nos aïeux ; et la dévotion spéciale qui conduit les pauvres pèlerins à la chapelle de Saint- Garados(l), située sur son territoire et près des ruines du château de l’Aubépin , pourrait bien avoir succédé , dans le temps , à quelqu’autro dévotion d'un culte antérieur. Il y a du moins assez de merveilleux dans l’historiette de son origine , racontée par un chroniqueur de Lons-le-Saunier.
Le conseiller Courbe rapporte que lorsque Varnaire, maire du palais de Bourgogne et d’Austrasie, fut disgracié et obligé de prendre la fuite , pour échapper aux satellites qui le cherchaient, il trouva un refuge sous un aubépin en fleur (2). Il ajoute
(1) Caradot n’est pas le vt-riliibli’ iiora «lu saiiil qu’on honore en cet endroit. C’est saint Oc/on, moine de Hanme, abbé de Cluny.
(2) Le soin que l’on a ru de faire observer que ect arbuste ctail fleuri, révèle l'inteution d'allaeher du merveilleux à sa protection.
392 l’arbre et l’arbrisseac des fées.
que de là sont venus à ce lieu la dénomination de YAubépin , et l'antique race de gentilshommes qui l’a portée. Ce Vamaire , Wamacaire, ou Vernier, suivant notre chroniqueur, aurait fourni à saint Colomban, disgracié do la même cour en même temps que lui , les fonds nécessaires pour la fondation de l’abbayc de Baume.