C-l) Département de l'Ain
LES DAMES
Ui
le Rhône , au coin d’un rocher dit le Banc-des- Damet. On suit la terrasse du Banc-des-Dames , pratiquée sur la rive gauche du Rhône, et bientôt on arrive à un chemin très-curieux , presque souterrain, que les eaux du fleuve semblent avoir ouvert , à travers les rochers , à une époque où son lit était plus élevé qu’aujourd’hui (1).
Rentrons, pour un instant, dans la Franche- Comté.
Le Bou à la Dame, situé à l’ouest du territoire de Digna, sur la route de Cuiseaux à Louhans(2), ne m’est pas assez connu pour m’y arrêter.
Mais , si nous passons d’ici à la Cour aux Dames, près de l’ancien prieuré de Moulier-en- Bresse(3), il n’en sera pas de même. Là , soit dans l’enceinte d’un grand fossé , parfaitement circulaire (auquel on donne le nom de la Cour aux Dames , bien que cette enceinte n’ait jamais appartenu à des individus de leur sexe, dans une terre qui dépendait d’un monastère d’hommes ) , soit au milieu des sombres forêts du Défan (4) qui parait , d’après sa dénomination , avoir été un sanctuaire druidique , l’œil fasciné des habitants de ces bocages distingue parfaitement ces trois dames d’avec les Duses et les Goules, aussi soin-
(1) Staliüliqiic du dé|>at icrncnl dr l'Ain, ISOS. |> tiO.
(2) Département dr Saôiir-rl- Loire.
(.A) Idem.
(4) Drnr fnmim . lemplr dr la [•(T'i'ir
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bres, aussi tristes qu’elles, qui y tiennent le sabbat. Telles, dans les bniyères de l’Ecosse, se présentèrent à Macbeth les trois fées qui lui prédirent la royauté.
Retournons à la Combe d’Ain, et arrêtons-nous sur le territoire de Boissia (1) , au Molard-à-la- Dame. Personne ne pourrait dire au juste de quelle dame des bas siècles , ou des temps modernes , cette butte a reçu pareille appellation : il me reste à moi la faculté d’en rapporter l’origine à une de ces dames surnaturelles à qui l’on a tant et tant dédié de lieux dans la vieille Séquanie; et je le fais avec d’autant plus de probabilité, que nous lui allons trouver des compagnes dans les mêmes parages. Le Molard-à-la-Dame domine , en effet , la plaine de Vère , où l’on trouve onze des tombeaux antiques qui se rattachent à une grande bataille livrée dans le Val-d’Ain. Rien n’est célèbre aux environs de Clairvaux, comme les Dame» de Vère. Les jeunes filles , même les écoliers , en redoutent la rencontre : ils savent, par le fréquent témoignage des personnes les plus respectables, que ces dames passent pour des espiègles, et que leur plus doux plaisir est d’inquiéter, d’effrayer les gens timides. Elles s’emparent d’eux, les font tournoyer rudement, les étourdissent et les plantent là , ne sachant plus de quel côté se diriger pour s’en revenir à la mai-
(1) Départemrnt du Jum.
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son. Aussi, les plus sages n’atteiulenl-ils januiis le crépuscule pour se retirer de la prairie, lorsqu’ils lèvent les foins , par les grands joure d’été : aussi , dès qu’on menace un moutard de la correction des Dames de Fère, se range-t-il bien vile à ta raison , de peur de les voir arriver sur lui , une verge à la main. Dans l’intérêt de l’éducation, on a fait à ces dames une réputation de Croquemitaine ; je crois que i>os siècles les ont calomniées.