LES DAMES BLAKCHES, DRUIDESSES
De vieille» femme» au» pied» nu» , au» cbeveut blancs , aoi vèlemeot» blancs , retenu» par une eein* tore garnie d'airain, acccmoaRoiient, cbn les Kimri» toutes le» «ipéditiotts militaires, et dreesaient an milieu du camp leur appareil de sorcellerie.
( STtaiov. Géograpb. Uv. vu ).
Pourquoi ces dames sont-elles blanches ? il est temps de le dire. Ceux qui voudraient que ce fussent autant de veuves , parce qu’il fut autrefois d’étiquette de porter le deuil en blanc (1), et qui en feraient des revenantes semblables à la femme blanche d’Allemagne et de la Bohême , laquelle réparait de loin en loin dans les châteaux de Neuhaus et de Rosemberg , pour annoncer la fin prochaine de leurs maîtres , courraient grand risque de se tromper du moins quelquefois. La blancheur de leurs vêtements est précisément ce qui doit nous révéler leur ministère sacré.
(1) Ce que M. de SainUFoy ( E»»ai hitt. tur Paris, l. v, p. 6) dil des reines blanches , veuves de nos rois , n’csl pas applicable aux personnages mythologiques dont on fait presque partout des fées.
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Les Druides on cérémonie , au rapport de Pline (1), avaient la saie et la tunique blanches. Sulpice-Sévère, dans la vie de saint Martin , nous apprend que les Galls, au IV*' siècle, promenaient les images des démons couvertes d'un voile de lin. Les pythonisscs des Kimris se distinguaient des femmes de leur nation , qui s'habillaient de noir , par la couleur opposée. Jomandès nous peint les prêtres des Goths, frères des Kimris , avec des ornements blancs. Diogène Laërce donne le même éclat à la robe sacerdotale des mages de la Perse; et si , dans la vie civile , les Gaures aiment à se couvrir de vêtements de la nuance du feu , cela n'empêche pas — fait observer l’abbé Bannier— qu'il ne soit exactement vrai, que, dans l’exercice du culte, leurs prêtres doivent être habillés de blanc.
Le portrait que l’on a tracé , d’après Strabon , de la prêtresse des Kimris (2), va nous en faire reconnaître une sur un bas-relfef trouvé à Château- Gaillard, dans le Bas-Bugey, pays qu’occupait le camp de ces hordes du Nord , lorsqu’elles ballirent si complètement les consuls Manlius et Gépion. et qui devint, dès cette époque, le partage des Ambrones, leurs compagnons do fortune (3). De vieilles
{i) Hut. nul. lib. XVI , r. 4t.
(2) Sirab. Grog. , Hb. vu.
(8) Ce lieu csl sous le bourg d'Ambroniiy {.liiibronrf ).
LES DAMES BLANCHES , DRUIDESSES. 457 femmes aux pieds nus , aux cheveux blancs , aux vêtements blancs, retenus par une ceinture garnie d’airain , accompagnaient , chez les Kimris trans- Rhénans , toutes les expéditions militaires , et dressaient au milieu du camp leur appareil de sorcellerie , consistant en une énorme chaudière de cuivre, de longs couteaux et un escabeau. Lorsque ces hideuses prêtresses avaient choisi une victime parmi les captifs , elles la garottaient et la suspendaient au-dessus de la chaudière ; une d’elles , montant sur l’escabeau , la frappait à la gorge , et recevait le sang dans une coupe. La couleur de ce sang, sa rapidité , sa direction faisaient autant de signes prophétiques qu’on interprétait. Ses compagnes se partageaient ensuite les membres et les entrailles palpitantes.
Les figures de sacrificateurs , qu’on a trouvées à Château-Gaillard (1) , sont assurément d’un goût barbare. Dans l’une , ses crins touÉFus et relevés en arrière , témoignent que le personnage n’est pas un victimaire romain ; dans l’autre , la tête est couverte d’une coiffe qui n’appartient pas aux modes italiques. Chacun est monté sur un piédestal , que l’on prendra, si l’on veut, pour l’escabeau du sacrifice. De la main droite , la femme fatidique tient le couteau sacré; l’objet (pi’elle presse contre elle de la main gauche , est trop endommagé pour
(I) üi'parlcmcnt de I Ain
être reconnu : ce doit être le vase à recevoir le sang de la victitne , ou quelques morceaux de la victime même.
Cette chaudière de sacrifice me revient à l’esprit , et je suis naturellement conduit à regarder comme un lieu d’immolation de victimes humaines, certain lieu très-extraordinaire qui porte le nom de Brame-Chaudière dans la forêt noire de Moirans (i).
D’abord, il est bon de prévenir le lecteur que cette vaste forêt de sapins commence au lac d’ Antre et à la ville druidique d’Héria , et qu’elle renferme dans son sein des indices positifs de la religion gauloise. Tel est, par exemple , sur le chemin des Troie-Pierres , un autel haut de sept mètres , où la main de l’homme a visiblement aidé la nature, et au pied duquel on remarque des blocs de pierres énormes qui peuvent avoir composé , dans le temps, un dolmen au-dessus de l’autel même. Telles sont aussi , sur le chemin des Bourbouillons , deux pierres debout, d’un mètre soixante centimètres de hauteur , qui peuvent avoir supporté d’autres pierres placées horizontalement , au milieu pourtant d’un tas de gros rochers qui n’ont pas eu de destination. Telle est, enfin, vers une des extrémités de la forêt de Moirans , du côté des Cro-
(I) Départcmorit du Jura.