I.F. PLEURANT, LE MUSICIEN, LK CRIEUIl DES BOIS
I<c crimr i*it un (‘Aprit qui,imitolr rri d» animaux saurage», niM*ani el quadrupède», de manière a tromper tout Ir monde. U»e tient dan» les hois, etc.
On redoute de s’approcher de eea forêt* et de* lieut rirconroisin». (üMuu. irad , t i.p VR6\
Vos in Rama audita est ploratus et ululatu» multu* - Rachel ploran» filin* tuo», et nolait conanlari , quia nonsunl. S. MsTTmrr . eh. n. r. Ht.
On avait parlé plus d’une fois au professeur Bourgon (qui a publié en I8il le premier volume d’une Nouvelle Histoire de Pontarlier), d’un Esprit de l’arrondissement de cotte ville, bien connu de tous les montagnards sous le nom du Pleurant des bois; mais, en sa qualité de professeur et d’historien sévère, cet écrivain de l’école éclectique ne s’est pas fait scrupule de renvoyer au chathuant des montagnes boisées du voisinage (1) les accents plaintifs qui viennent à l’oreille du voyageur, et qu’il prend tantôt pour les tristes plaintes d’une créature humaine qui sc meurt dans quoique
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LE PLEClUiNT, LE MLSICIEN, .■> 1
précipice , tantôt pour celles d’un esprit infortuné qui promène sa mélancolie dans les plus profondes solitudes. Quelle que soit l’opinion d’un savant sur ce phénomène aérien , nous devons faire une plus large part à l’opinion commune en rapportant ici nos traditions populaires , sans trop nous inquiéter de leur fondement.
Les Juifs avaient aussi , dans l’air de la solitude, aux environs de Jérusalem et d’Éplirata , une voix émouvante et plaintive qui ébranlait les fibres de leurs cœurs ; c’était celle de Rachel , cette tendre mère, dont on montre encore le tombeau à une lieue de Bethléem : Fox- audita est in Rama , Rachel pleurant ses fils, et refusant toute consolation, parce qu’ils no sont plus. Cette plainte aérienne s't fait toujours entendre.
.\ux Esparons, à vingt minutes de marche du village de Cuvier ( 1 ), vous entendez des cris dans l’air, liés les onze heures du matin ; et ces cris qui vous glacent d’effroi (dit un instituteur primaire qui nous a garanti le fait) partent d’une poitrine humaine, à n’en pas douter. « Si c'était à onze heures du soir, au lieu de onze heures du matin , il serait permis de les confondre avec les cris funèbres du hibou ; mais ma mère les a elle-raôme entendus.; rien par con-séquent de moins douteux. »
Une autre fois pourtant, ce seront des coups
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?)2 LE r.RIELR DES BOIS.
d’archet sur des cordes sonores, qui se feront écouter avec un doux saisissement, tel que les magiques symphonies des bois de Cithers , au pied des Vosges.
Pour achever de prouver aux incrédules qu’il s’agit bien autant d’un esprit que d’un phénomène, j’ajoute encore , d’après la même autorité , qu’il se passe, dans cette mystérieuse contrée , des choses plus capables de vous épouvanter que de vous réjouir. « Des personnes que j’ai connues (poursuit l’instituteur) étaient allées, près de là , épierrer un champ, dans le cours de la matinée. Tout en se livrant paisiblement à ce travail, elles s’entretenaient ensemble des prodiges dont cette localité ‘était si souvent le théâtre , lorsque au même instant les barres qui entouraient leur héritage furent emportées par un être invisible. Ces témoins sont irrécusables, vous pouvez en toute sâreté vous confier à leur déclaration. »
Quant à moi, je puis attester à mon tour que, me trouvant au bois de Criraont(l), en 1826, j’entendis par derrière moi , à une assez grande distance, comme le cri inarticulé d’un homme qui réclame quelqu’un ; que je me retournai , et que , n’apercevant personne , je demandai à ceux qui m’accompagnaient si c’était une voix que j’avais entendue. — On me répondit affirmativement;
(1) Dépjrlrmenl Hii Doiih»