LF, GÉANT DE LA PIERRE QUI VIRE
Je n‘ai pa« doute un innUnt , sur U fui irHuinere , de U diflorme réalité de iM)n PoWphéiue . type éternel de loue Irft Age*.
Ch. Nodier Pref de la Pécaui Miette»
J’allais, ma foi, laisser échapper l’histoire du Polyphême de Poligny ; c’eût peut-être été dommage.
Cette fameuse Pierre qui vire du Mont-Saint- Savin , savez-vous son origine ? Sans doute , vous conjecturez que c’est tout simplement une dent de rocher qui perce le sol dans la déclivité de la montagne; et déjà vous la comparez à d’autres aiguilles du voisinage, moins apparentes, et sur le compte desquelles le populaire ne dit mot. Je serais moimême tenté de croire avec vous cette anomalie géologique , mais , suspendez votre jugement jusqu’à plus ample information.
On assure que jadis — et ce jadis nous reporte bien loin — un géant do la contrée, joli garçon, mais assez mauvais sujet d’ailleurs , et qui , depuis
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quelques jours , épris d’une Galatée de Plâne ou de Barretaine, guettait dans les bois une occasion favorable de la surprendre seulette, s’avisa un certain soir de la poursuivre dans la c6te. Elle se prit, la pauvre petite Oréade , à fuir à toutes jambes à la vue de ce beau monstre , car il n'y avait plus alors sur la terre de ces premières filles d’Eve qui passent pour s’ètre assez bien accommodées de l’amour d’un géant, comme la Daïda de M. de Lamartine.
Dans sa perplexité , la bergère séquanienne , recourant à l’intervention divine, se vit sur le champ exaucée : au moment où le maudit colosse allait atteindre sa proie , il se sentit arrêté debout sur une base de rocher, et se trouva roc vif lui-même, des pieds jusqu’à la tête.
Depuis ce temps , le géant que l’on désigne aujourd’hui par la Pierre qui vire , n’a pas quitté le poste où l’a fixé le châtiment du ciel ; et il ne lui est donné de se mouvoir sur lui-raêine qu'une fois tous les cent ans, à l’époque anniversaire de sa faute ; encore est-ce dans le moment où l’on s’y attend le moins.
A certaine cérémonie chrétienne qui s’est pratiquée , dit-on , jusqu’au moment do la révolution française, dans les paroisses environnantes, à l’occasion de la Saint-Savin , et qui avait lieu sur la côte de ce nom , on reconnaît que le christianisme a fait une espèce de transaction avec le paganisme.
LE GÉANT DE LA PIERRE QUI VIRE. 543 Une dame des environs de Poligny nous assurait demièremént qu’au jour de la fête de ce saint local, il se faisait autrefois une procession générale où figuraient les corporations religieuses : cette procession se terminait à la Pierre qui vire de la côte Saint-Savin , qui en était le but; et alors chacun , sans exception, venait à son tour donner l’accolade au rocher, en le touchant de ses deux joues. On s’en retournait ensuite , dans le même ordre , à l’église paroissiale d’où l’on était parti. Certainement cet acte de vénération n’eut pas dans l’origine saint Savin pour objet , à moins qu’on n’ait jugé à propos, dans un temps de transition religieuse , de faire d’un simulacre de Bélénus une représentation de saint Savin.