CHAPITRE LXXIV
GARGANTUA
RabeUi* oVct potot l'inremeur do paraonoof^ np tbolofique d<> Girgaotua. La tradition de ae« eiploit* était répandae particolièrenent en Touraine , es Anjou , en Poitou et daoi le doebé de Rets, bien aeant qu'il ne Aonfeit à faire de ce héroe itigaoteaque le pro totype de MD roman
iRtoi lOHANNAut Edii. de Rabelai* i
Gargantua est-il né de la mythologie gauloise ? N’est-il, au contraire, qu’un des songes drôlatiques échappés du cerveau du facétieux curé de Meudon ? Les savants de la Société royale des antiquaires se décident pour la plus haute origine ; ils n’hésitent pas à regarder les monuments naturels marqués de son sceau comme des réminiscences d’un des cultes primitifs de nos ancêtres ; ce sentiment s’accorde du moins avec l’universalité de la réputation de notre géant ; car si le fils de Gargamelle et de Grandgosier n’avait été que le héros d’un conte bleu débité aux petits enfants vers le milieu du XVP siècle, je doute fort qu’il eût pénétré si avant dans les sites les plus reculés de nos montagnes.
CARGANTUA.
Gargantua se reproduit dans toutes les fables nationales, et s’empare de tous les objets grandioses qui sollicitent notre admiration.
Le fauteuil de Gargantua que l’on montre au voyageur entre la ville de Baume-les-Dames(t) et le village d’Hyèvre, figure à merveille dans une vallée du Doubs où l’on raconte que, pressé par la soif et fatigué de la marche, il but tout d’un trait cette rivière , et s’assit parmi les rochers de la rive droite , entre le menhir naturel dont nous parlerons dans le chapitre sur le culte des rochers bruts, et le haut escarpement du Grand Crucifix : car, fidèle à son destin et justifiant partout le sens de son nom de baptême, le bon Gargantua ne songe guère qu’à satisfaire les exigences de son gosier.
J’aurais dû déjà transporter le lecteur à une lieue au-dessus de Clairvaux-les-Vaux-d’Ain (2). Là il eût contemplé avec le même étonnement les magiques décorations d’une autre scène religieuse , où les formes singulières du site n’agissent pas sur l’esprit avec moins de pouvoir que le sens caché de leurs appellations. A droite s’élève une montagne ombreuse, toute noire de hauts sapins, et du front de laquelle se détache l’obélisque naturel du prinpela (3) qui servait de bornes à la terre monastique de Saint-Claude et auquel s’arrête encore l’arron-
(1) Département du Doubs.
(2) Département du Jura.
(3) C'est-à-dire le mince pilier.
GARGANTUA
dissement de ce nom. Â gauche, c'est une pente pierreuse surchargée de la roche de Gargantua, surchargée eile-méme d’un autre bloc plus petit percé à jour et courbé en voûte comme un arc de triomphe.
Si vous demandiez à la naïve pastourelle qui fait un bouquet de gentiane bleue dans la prairie, ce qu’elle sait de Gargantua, vous apprendriez que ce Polyphème dont les effroyables repas ont émerveillé votre enfance, voyageant un beau jour dans le Jura, eut soif et se pencha sur le ruisseau de la Drouvenne afin de l’avaler ; mais que ses lèvres ne pouvant atteindre au courant, trop resserré entre ses bords, il se mit à son aise en écartant le rocher. L’empreinte des cinq doigts de sa main demeura dans la pierre ; tout le monde est à même de le vérifier, c’est là le monument le plus authentique du passage de l’Annibal-géant dans nos Alpes.
Des mains de géants sont également empreintes sur des colonnes de pierres énormes près de Mîttenberg ou de Kleinen-Haubach sur le Mein (1).
Près de la Roche de Gargantua sont les ruines de Rochefort et le bois du couvent; couvent imaginaire, puisque nul écrit ne l’atteste, mais qui pourrait bien avoir été une demeure druidique en des lieux d’ailleurs tout remplis d’idées païennes.
(1) Grimin. , t. i , p. 31, 22.
GARGANTUA
Car comment méconnaitre un siège des Duses (1) et des Griffons (2), sortis de la terrible religion des Celtes, sur ces roches si poétiques qui se groupent autour du rocher de la Croix, au village de la Franée, sur la tète sourcilleuse du Griffonin, dans la gueule béante de la Baume et sur le syphon du Grand Dard ou des Gangônes (3)? Syphon mystérieux par où la Drouvenne (4), après les grandes pluies, ne trouvant plus son issue assez large pour s’élancer des flancs de la montagne , monte perpendiculairement au haut de ce rocher du Grand Dard (5), et s'élance impétueuse et jaunissante, sur les cascades inclinées de sa source de tous les jours.
(1) En breton , ùrut signifie l'esprit malin; et, dans la Frise , le même mot exprime un homme qui a commerce avec le démon.
(2) En Saxe , Gri/fonStein veut dire Pierre du Diable. On sait, dit M. Chambry {Monum. celt. ) , le rdic que les grifTons jouent dans la mythologie celtique, et les souvenirs, comme on voit , n'en sont pas encore effaces.
(3) Onomatopée tirée du retentissement que produit le jet d'une grosse pierre dans cette cavité étroite et profonde.
(A) Dtvsentia , rivière d\l DilAlè.
(9> h'idéo du'cfiablu aeuotn^iaguei .wuvMt les nrisMaïut de ce itAttr: au grand Soncey (dép<. du Doul>s)‘,ila Sorcière Caliii Miget, en 1640 ,. troublait une source du Dard (Perreciot. Etat civil det personnes dons /es Gaules, t. ii', p. 2S0 etsuiv.). Dans les Alpes du canton de' Vatid*, sur tes hatllenvs «fcs DMUfrèts , deux «Wendei^ afittisnleffl lé rnisseau du Dard ( Depp. la Suigae , t. i ,tp. Hd y ,