CHAPITRE LXXVl
LES GÉANTS VRAIS DE l’ ANTIQUITÉ.
Noué trotiTQB* U trBdiiiuo d uo* race aocÎMoa de Kcante éUhUe ctaec tout les peuples , et s'appuyaot sur les plus antiques BoBamenis de Itn? bifteirc.
I Jolibois. Dissert, sur l'orig. de la trnd. des géaots. Revue du LjrouDais , t. nvu).
Voue ne croyez pas aux géants ; mais qu’entendez-vous par ce mot ? Pour vous le géant est une absurdité de l’histoire, une fiction de la poésie, un conte fantastique pour amuser les enfants. Ainsi, vous les regardez tous comme des jeux de l’imagination et non comme des jeux de la nature. Quant à moi, je ne Suis pas si difficile, j’admets des géants comme j’admets des nains, sans accepter toutefois, quoique fort divertissante, la fable des Titans, ni celle des Pygmées. Je viens à vous, le Dictionnaire de l’Académie à la main : « Le géant, dit-elle, est celui qui excède de beaucoup la stature ordinaire des hommes. » Je m’en tiens à cette définition; et, bien que l’on ait abusé du terme, je me hasarde A m’en servir.
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Les bonnes gens qui n’osent pas tout à fait croire que Gargantua, en se désaltérant à nos rivières do Doubs et de la Drouvenne, les mettait à sec ; que la Pierre-qui-Vire de Poligny soit un Polyphême pétrifié ; que le géant des Vosges ait formé l’étang du haut du Them , en laissant tomber une goutte d’eau du creux de sa main , autant d’objets que nous avons déjà rencontrés ailleurs; ces bonnes gens, disons-nous, ont d’autres raisons pour se persuader que nos pères étaient des colosses, dont la corpulence a diminué d’âge en âge.
Ne trouvons pas leur système de dégénération trop dénué d’autorités, car il s’appuîrait au besoin du sentiment de Pline et de Juvénal, chez les anciens , comme des sérieux calculs d’un membre de l'Académie des sciences, M. Henrion, chez les modernes.
On voit aujourd’hui au château d’Arlay, et l’on voyait de temps immémorial, au château des princes d’Orange à Noseroy , une côte longue de six pieds deux pouces et demi. La corde de l’arc qu’elle forme est de quatre pieds, et le rayon d’im pied et demi. Le P. Joly qui a mesuré ces dimensions (1), et qui nous atteste qu’un très-habile anatomiste a trouvé à cet os une exacte ressemblance avec la cinquième côte de l'homme, prise à gauche, a supputé que la taille de l’individu qui en était porteur
(I) Lettreê $ur la Franche-Comté , p. 56^
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devait être de plus de trente pieds, ce qui, ajoutet-il, est incroyable. Ce débris animal était un sujet de conte perpétuel pour le peuple qui , sous ce rapport, était aussi savant que les anatomistes et les historiens, puisqu’il en faisait la dépouille d’un géant. Ce n’est plus aujourd’hui qu’une côte de baleine, le géant des mers.
J. -J. Chifllet citait déjà , au commencement du XVII* siècle, de singuliers exemples d’hommes de la grande espèce, inhumés dans notre province (1). Il<avaitvu, en 1612, chez les Franciscains de Besançon, la mâchoire d’un cavalier qui offrait de telles dimensions, qu’il osait en comparer les dents molaires à celles d’un cheval. On gratifiait l’individu qui avait fait usage de ces magnifiques mandibules de la qualité de cavalier, parce que l’on montrait en même temps d’énormes éperons qui provenaient de la même découverte.
Suivant le docte bisontin, on avait jadis tiré du cimetière de Champ-Noir, d’autres os d’une grandeur presque inadmissible. Que dis-je ? des hommes de son temps, qu’il donnait fiour des personnages dignes de toute confiance, assuraient que l’on avait exhumé du sol franc-comtois des débris de géants si longs, si gros, si solides que, de l’os crural d’un de nos aïeux , on avait fait une espèce de pont jeté sur un fossé pour le passage des gens de pied.
(I) VrMafUio. Pars i , p. 19'î.
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Un fait plus surprenant encore, parce qu’il est rapporté avec plus de détails, nous apprendra, dans un chapitre à part, le phénomène qui distinguait Chàtillon-le-Duc (1).
Rappelez-vous que non seulement la poésie, mais l’histoire même, ont constaté, de commun accord, la prééminence physique des familles du nord, sur celles du sud ; et que, de l’aveu de César, déposé dans son livre de la Guerre des Gaules (2), nos pères regardaient les petits Romains du haut de leur grandeur , à l’époque même où ces gloiiesux pygmées de l’Italie balayaient nos géants devant eux.
Jules César étant à Besançon et passant la revue de ses troupes à Chamars, comme l’a dit quelque part je ne sais qui (3), ne cherche point, dans son éloquente allocution, à dissuader scs odiciers ni ses soldats, intimidés par d’effrayants récits (4), de l’idée qu’on les conduisait à la rencontre d’une armée de colosses , puisque c’était un fait positif ; mais il leur fait sentir que des héros expérimentés dans l’art des combats, dont les pères avaient défait les Kimris et les Teutons, et qui venaient eux-mêmes de subjuguer les Helvètes, vainqueurs des Germains
(1) Département du Doubs.
(2) yam plerwfue hommibus yalli» prœ moÿnitadiue curporum , siwrum bri'vitat iwttra conlemptui e»t (De Bello gall. , liv. ii , c. 20).
(3) Petit Album Frunc-Comtenu , , p. 2S3 et suiv. , arlielc
signe G , sur la taille des anciens Bourguignons.
(4) [)e Brilo , ete., liv. |fr, ch. 39
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en pluâieure rencontres, triompheraient aussi facilement des compagnons d’Aiioviate.
Af ioviste était roi des Germains , et parmi les nations germaniques dont les phalanges combattaient sous ses ordres figuraient les Suèves (1). Or, les Burgondes appartenaient à la grande confédération suévique, et c’est le même peuple que Sidoine Apollinaire qualifie de SepUpet (2). Sept pieds romains , mesure en usage à cette époque (le règne de Gondebaud ) se réduisent à six pieds quatre pouces, une ligne, six points de notre pied de roi. Telle est à peu près la taille de certains squelettes que nous trouvons tous les jours dans les plus antiques sépultures de nos aïeux (3).
Ce n’étaient pas ici seulement des corps choisis pour la garde des souverains , comme pour celle du roi de Prusse, c’était la masse de la nation germanique à qui ce phénomène était particulier. Et il fallait qu’au temps de César les Germains eussent plus de sept pieds do stature pour faire sensa-
(1) De Uellu. Coll. , liv. i , vb. 51.
(2) Sid. ,\pol. Epitl. 9. Lampridio:
Hic Bttrgmuiio êepHpet freguctUi r Flexo poplité lupplicut qnietnn.
Ibidrin : rurmen 12 :
Ex tjuo aeptipedet videt palrono».
(3) M. Laurcau (Hùt. de France avant Clovis, t. i , p. 21, noU' a) cuire dans assez de détails sur quelques tombeaux découverts en Boiirgogue. La taille que l'on infère de la gi'andciir des os qu'on y a trouvés est de six à sept pieds de roi
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tion dans la Gaule, où c’était la taille commune ! Du moins les auteurs latins sont unanimes à dépeindre tous les Galls comme des géants ou comme servant d’étendards et de signaux dans l’armée romaine, quand il y en avait dans les cohortes (1).
L’espèce a fort dégénéré depuis. Convenons toutefois que, dans les climats où les colonies suéviques ont su continuer une vie active et frugale , elles ont aussi mieux conservé qu’ailleurs la corpulence avantageuse et la santé robuste qu’elles tiennent de leur antique origine. On cite à cet égard les populations allemandes de la Suisse, et en particulier celles du canton de Berne (2), qui sont des peuplades suéviques, des Nuitons, établis depuis l’an 422 dans un quartier de la grande province séquanienne auquel elles avaient transporté le nom de Nuitland (3).
(1) Picot de Genèvc(Mi(t, des Gaulois , t. ii , p. 210) , cite pour tes autorités à cet égard, Diod. de Sic. , liv. v; — Amm. Marcel, liv. XV, c. 12; — Tite-Live, liv. 38, c. 17 et 21; — Sueton, in Calig.,c.t7; — Strab. , liv. iv; — Arrian, — Pausanias, — Appian, — Florus,— Uirtius, — Pansa, — Plutarque , — Syl. Ital, — César.
(2) L'Encyclopédie , au mot Géant.
(3) Abrégé de Vhist. de Bourgogne, par Mille, t. i , page 4 et suiv.