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CHAPITRE XCVII

On peat appcltrr cfs dtahin de fort booa garçona , auaai bien qoo cani qu'on nomme nndtsa, qui pansent soigneusement Ica cheyaus de leurs maîtres cl qui ont soin des horloges.

(Hiat deM. Ooms, per BonnELon, p. lit)

Au pied des sapins de l’ancienne chartreuse de Bonlieu , autour de ce domaine féodal de l’Aigle , où la Vouivre se tient aux derniers décombres d’un fort ; où un Sylphe à cheval voyage dans les airs ; où une Dame du lac et une Dame blanche apparaissent quelquefois , il est encore des esprits qui ne sont pas connus. Nous en devons supposer plusieurs à la Combe aux Follets , petit vallon verdoyant de la Fromagerie, qu’arrose le ruisseau des Abeilles (1), en descendant au Saut-Girard , cascade pittoresque qui serait bien faite pour captiver en passant les regards du lecteur ; mais , sans m’arrêter à des descriptions de sites , ni à des lutins sans

(1) Je traduis ici le nom du bief detavuiU, ainsi ni|)|)or(c dans les litres cl ainsi prononce par les habitants actuels de la coumiunc.

DIgitiz

noms, je passe d’un pas rapide à la grange de Mu-

nan (1).

Là, de temps immémorial , réside un génie familier qui sert la ferme avec une constance et un désintéressement vraiment admirables. Doit - il y végéter tout le temps do son exil sur notre planète, comme une de ces déiU'îs de l’armée rebelle de Moissassour dans l’Inde , à qui le dieu suprême a laissé l’espoir de rentrer au séjour céleste , après des siècles d’expiation (2)? J’abandonne cette recherche aux hommes de loisir.

C’est à l’étable surtout que le précieux domestique porte son attention ; c’est au gros bétail qu’il a voué ses services les plus affectueux ; c’est là qu’il veille avec amour à la garde de l’habitation , lorsque le sommeil et le repos se sont emparé de tout ce qui respire. Digne consort des Kobolds de l’Allemagne, des Trolls duDannemark, des Brownies de l’Ecosse , et des Gobelins de la Normandie (3) , il passe surtout les nuits à être utile aux cultivateurs les plus laborieux, les plus prudents , les plus honnêtes ; et il ajoute à tout le bien qu’il leur fait

(1) Hameau de la commune des l’clilcs-ChicUcs , au canton de ClairvauN (Jura).

(2) Les sectateurs de Foï , comme les sectateurs de Bouddha, qui croient à la mctcmpsychosc et à la transmigration des âmes , sont persuadés qu'il s’en fait des apparitions. Un savant missionnaire a jugé sérieuse et réelle l'apparition attribuée nu philosophe Uonfiitzé

(3) X. Marmier. .Sourenira de eo;/. . p. 21t.

la grâce de se laisser voir de loin en loin, sans pourtant s’arrêter à des entretiens superflus. Le Servant parle peu, ou plutôt il ne parle pas.

Le portrait de l’esprit familier de Monan n’est pas des plus gracieux, si je m’en rapporte à la description que m’en a faite un montagnard des environs de Bonlieu. On vit un jour cet esprit à cheval sur le battant d’une porte , on put l’envisager tout à l’aise.

Ce serait, Dieu me pardonne! un véritable squelette pour la maigreur , une espèce de charpente humaine à qui la pénitence qu’il est venu faire en ce monde n’a laissé que les yeux pour pleurer; encore serait-il vrai de dire qu’il verse peu de larmes, car il a les yeux fort beaux, fort brillants. Son crâne dégarni de cheveux est couvert d’un bonnet rouge et pointu, ou si l’on veut d’un corno phrygien , comme qui dirait un sans-culotte de quatrevingt-treize. Aussi n’inspire-t-il pas le respect ; aussi se permeton de l’appeler Carabin , comme si l’on trouvait quelque chose de ridicule à ce sobriquet, pour lui en faire une digne application. Il veut bien le souffrir ; c’est très-beau de sa part.

Il faut pourtant se garder de pousser trop loin la plaisanterie à son endroit ; il se fâche et il a raison. Un batteur en grange s’étant avisé de l’apostropher un peu trop légèrement , fut enlevé par le toupet , comme le prophète Habacuc , et fut promené par tous les défilés les plus étroits de la charpente du

63i LE SERVANT CARABIN.

fenil , puis replacé parmi les batteurs ébahis , sans avoir toutefois essuyé d’autre mal que la peur. Certes , il ne lui arriva plus de bafouer Carabin ; et la leçon servit à tous les camarades.

Le bonnet pointu de Carabin et la vengeance qu’il tire de l’insulte me rappellent le lutin de Hildersheim en Saxe. Il y avait là, en 1132, un esprit servant très-officieux , qu’on appelait Bonnet pointu. Il s’amusait à fendre le bois , allumer le feu , tourner la broche , mettre le couvert ; mais un garçon de cuisine l’ayant un jour fort maltraité , il l’étrangla pendant la nuit , le coupa par morceaux et le mit en ragoût. On fut obligé d’instrumenter contre lui par voie de censure, et de l’excommunier (1).

{t) Chron. d'Hirsang, an 1132. — Salgues. Des Erreurs et de» /»» 0- , l. 1, p. 327. ,

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