ESPRITS ET SERVANTS DE CONDES
mo suis-je pas avisé de douter de ces nattes si merveilleuses ? On me dit qu’on pouvait m’en faire voir d’assez belles aux crins d’une cavale qui appartenait à la maison Dalphin , où je passais la nuit. On sortit l’animal de l’écurie, et je vis de mes propres yeux, dans sa crinière , des espèces de nœuds trop difliciles à décrire pour en donner l’idée. Je crus m’apercevoir que cet imbroglio dé crins s'était formé par le frôlement du col de la jument contre les arbres, quand elle s’y était grattée; mais je gardai ma réflexion pour moi. On mo fit ensuite la politesse do m’ofirir la tresse la mieux caractérisée ; et , comme j’objectais que l’enlèvement do ce chefd’œuvre du Servant occasionnerait sans doute la perte de sa bôte favorite , on me rassura sur une telle crainte , en me disant que le Servant ne s’en offenserait pas , et qu’il en serait au contraire trop flatté pour s’en venger sur l’animal. On retrancha donc la mèche è laquelle tenait ce nœud gordien , et je l’emportai.
CHAPITRK Cil.
LE CADET
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Let Follela nalickai ac plaicaMnl à cfiraycr Ica pê* sauts, i égarer Ica Totageurs , ils aimaient i panser les cbevaui , h empêcher de (iornir et A loarroenfcr les personnef craintives . Il est aisé de reconnaître dans ces aimables Follets, si familiers , si dévoués a leur maître, ces etcellcnts dient domestiques appelés LanKâ par les anciens , bunncAimcs, in&ncs respee Mhles , eardieiw ft proi«'ctenrî <!'-s foyers.
BftonincLLr.
La croyance aux esprits follets est beaucoup plus répandue qu’on ne le pense. Partout dans les campagnes on trouve do ces lutins qui se mêlent des soins du ménage , et qui surtout s’occupent du bétail avec amour. Ils étrillent , brossent , frottent toute la nuit, donnent à manger aux boeufs , aux vaches, aux chevaux, et prennent un soin particulier de la crinière do cos derniers qu’ils tressent avec une habileté surprenante. Malheur au valet de ferme imprudent qui s’amuserait à défaire ces nœuds si bien formés à la crinière d’une bête fa-
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vorite. Une rude correction viendrait bientôt lui apprendre qu’on ne brave pas impunément les Servants, et que, pour être le plus souvent invisibles , ils n’en sont pas moins doués d’une force et d’une adresse au-dessus de celles des vulgaires humains. Nous avons dit qu’ils sont le plus souvent invisibles ; cela fait assez entendre qu’ils sont visibles quelquefois, et, en effet, il n’est pas de paysan dans les montagnes du Lyonnais qui n’ait vu le Servant sous une forme ou sous une autre , ou du moins qui ne connaisse quelqu’un qui a eu ce bonheur.
Une chose bien plus commune encore que de voir des lutins, c’est de les entendre. Dans le Lyonnais , par exemple, où le Servant est plus généralement connu sous le nom de CaAet, il est fort peu de gens qui n’aient entendu, jour ou nuit, dans la cave, au grenier, au fenil ou à l’écurie, un petit rire agaçant , clair et moqueur ; c’est Cadet qui a ri , et il est bien rare qu’alors Cadet ne soit en train de faire une malice.
Dans une grosse maison bâtie à ini-côte , à une portée de fusil du joli bourg de Thurins (i) , à la Renaudière , où habita longtemps une famille' aujourd’hui fixée à Lyon, un Lutin, au vu et au su de tout le village , a longtemps’ partagé avec un domestique nommé Barthélemy, le soin d’entretenir
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