I.K CILTE DD TAUREAU
avait été découvert sur le mont de Chàse à Arlay (1); il a trois cornes et point d’onûlles ; nous l’avons représenté dans un de nos Annuaires du département du Jura.
J’ai donné dans la même publication, en 1847, la figure d’un petit bœuf Apis en bronze qu’on a trouvé, en 1831, au pont des Arches , à notre colonie égyptienne de Mauriana (2).
Château-Renaud, sur Louhans (3), était, avant la révolution de 1789, une terre appartenant à M. de Mailly ; on voyait au château de ce lieu un muséum d’une foule d’antiquités gauloises et romaines provenant de ce territoire , où l’on a reconnu des traces de temple ou de palais (4). Parmi le.s objets curieux qu’on y distinguait , se trouvait un taureau d’airain, ferré d’argent, dont M. de Caylus a publié le dessin dans son recueil d’antiquités gauloises , et dont Bullet a parlé dans une dissertation , où il essayait d’établir que c’était une des images du dieu Bison , honoré dans la Séquanie , mais particulièrement à Besançon, Bisontio.
Nous reviendrons bientôt à cette ville avec le Bison sacré ; mais n'interrompons pas ce qui nous reste à dire de Château-Renaud.
(1) Département ilu Jura
(2) Idem.
(3) Departement de Saône-et-Loire.
(A) Deêeription >/» duché de Rnurçingnc , p.ir ('.niirtépé'r , I. iv , p. 217 et siiiv.
LE CULTE DU TAUREAU
Il parait , dit Courtépée, par une bulle do Luce U, de l’an H 81 , que l’ancien nom de ce village était Centaure , ecchûa Sancli Laurentii de Cenlauro. En supposant que le taureau de bronze de M. de Mailly, seigneur de ChiUeau-Renaud , indiquât sur ce point de la Séquanie le culte établi de ce syiu- Imle de la divinité , je serais porté à croire , moi , qu’il s’agissait plus vraisemblablement de san Taiire (le Saint-Taureau, le taureau sacré) que de centaure. — D’où vient que l’on a fait du centaure un être moitié homme et moitié cheval , au lieu de le faire moitié homme et moitié taureau ; on avait bien composé Minos II , le Mino/ai/re , d’un corj)s humain et d’une tôto de bœuf ( 1 ) ?
Puisque nous en sommes à parler des lieux qui paraissent avoir pris leur nom du culte du bœuf, nous ne quitterons pas la Bresse sans visiter la commune de Boz (2), dont la population toute agricole est une de celles qu’on regarde comme venues de
(1) Les anciens, jouant avec les mois, ont bâti des fables sur le nom (le Pasiphaë , femme de Minos : Pusi-phaf voulait din' bouche ou femme d'Apis, car -1/iij contient foules les lelircs de Po«i. Voilà poiu-qiioi on a imaginé l'union monstrueuse de la femme de Minos avec un taureau (le bmuf Apis), ü'aulres ont pnHendn qu'elle avait eu alTiiire avec Ttiurus , rapitaine erctois.
(2) Déparlement de l'Ain. — linz est prononcé Bouc. Les liabilaiils de celle localilé sont pourtant nommes Kurrinn par ceux des environs , ce ipi'ils prennent en mauvaise pari sans ipi'on sache pour quoi. Il II'» a pas Irop de rappori entre Bon et Ituirim.
LE CELTE 1)L TAl REAL . 70:{
rélranger sur les bords de lu Saône J Sa dénomination de Bon, qui en latin signifie bœuf, est, suivant quelques personnes, assez en harmonie avec le goût particulier de ses habitants pour l’espèce lK)vine. Je ne l’alfirme pas; mais je sais, pour eu avoir été témoin, que les bœufs sont la grande affaire des gens du pays , et qu’ils sont un objet constant de leur sollicitude et de leur affection.
J’y étais le 2 septembre 1828 , au moment du labour ; la plaine était couverte de cultivateurs à la charrue , et l’on entendait un bruit de paroles pareil à celui qui se fait sur une foire. Ces paroles étaient uniquement adiessées aux bœufs , et elles étaient autant d’entretiens séparés , d’une variéh' vraiment surprenante. Personne ne se doute de quoi le laboureur s’occupe alors avec les compagnons de ses travaux , tant il y met d’excentriciti* ! il leur parle comme à des amis , à des enfants de la maison , en les exhortant à la patience dans le travail , en les encourageant par l’appàt d’une récompense au retour , en stimulant leur amourpropre, et en les initiant aux projets de leur maître. On croirait être dans les champs de l’Asie, où le bœuf est si respecté , parce que les dieux y prennent quelquefois sa forme.
(1) Xous avons «jiielqucs raisons Irrs-sprciouscs do oroiro ijii'ollo dcscond des poiiplados giim iiTos ipii av.aionl suivi Soplinic-Scvoro . arrivant des bords du Danube.
LE OL'LTE DU TAUREAU
C’est ce que nous rendrons plus manifeste au chapitre suivant.
Achevons ce que nous avons entrepris d’exposer au sujet du sens que présentent certaines dénominations locales et des traditions anciennes qui s’y rapportent.
Le Taureau est une des sommités les plus élevées de la chaîne du Jura , au nord-est de Pontarlier (1), dominant le sombre défilé à l’entrée duquel se dressent, dit M. Demesmay , les statues colossales et mystérieuses des dames d'Enlreporle : son altitude, suivant le père Chrysologue , est de 832 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les sires de Joux qui avaient cette montagne sous leur domination , eurent originairement pour cimier un bœuf ailé issant, et le cri héraldique de cette maison souveraine était Au Bœuf (2)f Si le blason est trouvé d’institution trop récente pour être une preuve de ce que nous avançons, il n’exclut pas,, du moins, une tradition qui aurait pris .sa source dans la mythologie locale.
D’autres lieux , en assez grand nombre , ont adopté pour leurs armes des objets qui leur retraçaient une antique origine.
Une des communes voisines de Pontarlier, et qui
(1) Départcnifnt du Doubs.
(2) Droz. Histoire de la ville de l‘o»tarlier, p. Il, 90. — « ('.ommi- Jnoqurs de Joux de la branche de Naiscy les rccnnnid en 1*43. >■ (.4 Demesmay. Trnd. pny>., p. 429).
LE CULTE DU TAUREAU
était originairement comprise dans le vaste domaine des sires de Joux , l’ancien petit bourg de La Rivière, avait pour armes un bœuf passant dans l’eau.
Toute cette alpestre région du Jura, qui fut surtout habitée dès l’origine par un peuple-pasteur , et pour laquelle le bœuf ou la vache résumait les intérêts de la vie, date, en effet, sa fréquentation de la plus haute antiquité (1). Pontarlier est VAriarica des itinéraires romains , et les traditions celtiques de la dame verte , des dames blanches , des esprits servants, des villes englouties, des eaux sacrées, du mouton noir , de la jument du sire de Joux, etc. , ont un cours éternel en ce pays.
(1) Bulk , qui est appelé ad Stabuloê dans les vieilles chartes , et Bouveratu dont le nom indique assez une habitation de bouviers , sont deux villages voisins de La Rivière.