CHAPITRE CXXII
Nulltts chrUtianos ad tioa , «d ad pclra» , \el ad fontra, vel ad arbore» , aul ad cella* , vel f>cr tri via , lamlnarla facial. Sien Elov
Que des arbres respectables par leur vieillesse, magnifiques par l’étendue de leur ombrage , recherchés pour leur bienfaisant abri, aient reçu un hommage exagéré de la part du commun des hommes, à une époque où le sentiment de la reconnaissance les engageait à multiplier les objets de leur vénération , cela tombe naturellement sous le sens. On éprouve tant de plaisir à l’ombre d’un vieux chêne ; il y a tant de poésie attachée à ce dôme de verdure; il y a tant de charme dans le murmure de l’air qui l’agite , que l’on excuse les écarts religieux dont il a été l’objet. Quelque peu versé que l’on soit dans l’histoire , on y voit se rallier à cet admirable végétal et les souvenirs bibliques de Béthel , et les souvenirs fabuleux de Dodone , et les souvenirs historiques du druidisme.
Parlons donc de Béthel comme d’un point de départ. A Béthel ( la maison de Dieu ) où Jacob eut
une si belle vision, et où il planta un menhir (f) en témoignage de cet événement , il existait un grand chêne sous lequel le même patriarche fit, peu de temps après , ériger un tombeau à Débora , et qui en prit le nom de Chêne des Pleurs (2). C’est sous le chêne de Béthel , que Josué vint ériger un nouveau Béthyle en mémoire du serment solennel qu’il avait reçu des Israélites de rester fidèles à la loi du vrai Dieu. Ce lieu était un sanctuaire (3). Abimélech y reçut l’onction sacrée comme roi de Sichem (4) ; et Saül l’y reçut à son tour, parce que cette montagne était sainte et qu’on y allait adorer Jéhovah (5). Mais Jéroboam y plaçant deux veaux d’or, se fit pontife pour les encenser ; et, dès lors, le haut lieu de Béthel fut interdit aux fidèles croyants. Ezéchiel a fulminé d’une manière si remarquable contre l’adultère adoration des idoles sur les montagnes et sous les arbres, que nous ne pouvons nous dispenser de citer ses paroles : « Et vous saurez que c’est moi , dit le souverain Maître, que c’est moi qui suis le Seigneur, lorsque leurs corps morts et tout sanglants
(1) Le synonyme de menhir est Béthyle: on voit que ce dernier nom vient de Béthel. Jacob y avait fait une onction d’huile, et l'avait consacre au Seigneur.
(2) Genèse, sxw, 8.
(3) Tulit lapident, poeuitque eam subter quercum qua erat in tanctuario Domini. (Josuc, xxiv, 26).
(A) Au livre des Juges, ch. \ix , e. 6.
(3) Et venerit ad quercum Thabor , ineenir» ihi tree riri asceiidetilee ad Deum in Bethel { I. Rck. c. \ \ . 3 ).
CL'LTE UES AIIBRES.
seront étendus , en présence de leurs idoles, autour de leurs autels , sur toutes les collines élevées , sur tous les sommets de montagnes , sous tous les arbres chargés de feuillage et sous tous les chênes touffus ; c’est-à-dire dans fous les lieux où ils répandaient aupravant l’odeur des parfums agréables , qu’ils brûlaient en l’honneur de leurs vaines divinités (1). »
Pareilles adorations de la part de nos pères, Gaulois ou Germains. Lucain (2) nous donne une trisU* idée de ces images de la divinité chez eux , qu’il représente comme des troncs informes et sans art ; mais il faut croire que les sauvages adorateurs des arbres ne se sont pas toujours adressés à du bois en grume , mais à des végétaux décorés de toute leur beauté réelle. Ainsi , laissant l’Irmensul de la Saxe dans son fût couj)é et dressé debout, au milieu d’une forêt sacrée (3) , nous supposons que les six arbres dont la beauté cl l’agréable ombrage avaient séduit un habitant de la ville d’Auch, au pied des Pyrénées, sous la domination romaine , méritaient mieux une telle consécration ;
SEX AnBOKIlIVS Q. nVFI V s G E R M A N V s.
(1 ) Ezc'i'liii'l. VI , 13.
(2) Vharsal , lib. iii , v. 412.
(3) Willibaldi. Vilii S. Iluiiifnc.
Le culle des arbres a résisté longlenips aux prédicateurs de l’Evangile dans les Gaules, puisque les Capitulaires en renouvellent encore les prohibitions au IX' siècle ; que les lois de Luitprand répètent les uiéiues défenses ; et que saint Eloi , dans son allocution pastorale aux Belges , ne veut [^s que l’on continue d’allumer des cierges , et de déposer des oITraudes auprès des forêts, des pierres , des fontaines, des arbres , etc.
Les Germains , dit M. Maury , ne se montrèrent pas moins attachés à leurs anciennes superstitions que les Gaulois ; et le clergé, pour triompher de ces restes vivantsdu paganisme, usa des mômes moyens. Il consacra au nouveau culte les objets auxquels les croyances nationales attachaient des idées de respect et de piété. Par l’effet d’une politique utile , plus d’un chêne dédié à Thor passa sous l’invocation d’un saint. Tel est le célèbre chêne de saint Jodocus, près de Labiau (en Prusse ), jadis consacré à Thor (1) , l’une des trois divinités qui composaient le conseil des dieux chez les peuples du Nord de l’Europe.
En Franche-Comté, nous ne connaissons plus de ces arbres divinisés qui dflrent infailliblement prêter leur ombre tutélaire à la Séquanie. Ou conçoit que ces arbres sacrés ont disparu du sol comme tant d’autres, et cêla depuis mille ans au moins; mais
(I) Lr$ Fvf* tin moyeu «f/f, |) 09,
la dénomination très-remarquable d’un des climats du territoire de Taveau (1) atteste si clairement la consécration d’un arbre à la principale déité du pays, qu’il est impossible de s’y méprendre ; c’est celle de Chêne-Belin , que porte un terrain communal en friche et un chemin qui va de ce village à celui d’Aumur.
Taveau est une commune qui nous parait couvrir le sol occupé jadis par la ville d’Amagétobrie dont Jules César a seul fait mention. Il n’a conservé de cette origine que des antiquités romaines et des dénominations gauloises. Son territoire est arrosé par la Belène , rivière qui retient le nom de Bélénu* à à qui elle était consacrée depuis sa source, près de YEsmrtBelin (2). Le climat de Chéne-Belin touche à la Belène.
Il y a, sur le même territoire, d’autres noms topiques dont le concours n’est pas inutile à notre proposition : ce sont ceux de Cornot au Melin et de Melaine. On ne dira pas qu’ils peuvent s’appliquer à l’ancienne existence d’un moulin dans cette partie , puisqu’on n’y trouve pas de courant d’eau pour le jeu d’une usine. Il faut donc en chercher ailleurs la racine. Melin ^ Melaine sont identiques à Belin, Belène: Voici, pour expliquer la permutation des initiales dans tous ces mots, quelques lignes de M. Man-
(1) Département du Jura.
(2) Territoire de Fniirhcraiis, près de Dole.
gourit sur les monuments historiques de la Bretagne (1) : « L’abbaye de Saint-Melaine de Rennes n’avait rien de curieux que son antiquité. Elle fut bâtie sur le sanctuaire du soleil des Celtes. Son nom de Saint-Melaine ou Melen porte encore le sceau de la sanctification des divinités de la Gaulé par les prêtres chrétiens : Belen , comme on le sait , était l’Apollon des Druides. Le peuple de Rennes n’a jamais pu s’accoutumer à dire Saint-Melaine ; il dit Saint-Belen. »
Resterait peut-être à ajouter à l’effet que doit produire ce point de comparaison , la signification de Taveau , nom qui s’écrivait autrefois Tavel ; s’il n’indique pas une table druidique , c’est-à-dire un dolmen , il peut venir du celtique Tavan , tronc d’arbre (2), et alors nous serions ramenés à la figure les troncs d’arbres qui représentaient la divinité chez nos ancêtres de la Gaule et de la Germanie.
(1) Mhn. de la Soc, rot/, de» Ant. de Fr., t. it , p. 214.
(2) IHct. celtique de Bulict.