CHAPITRE CXXIV
LES POIPES.
J Ai U cooflknce qur ce* cminence^ »t>Dt de* nu ouBieots ccUiqurs , da haut dcfquelt les prètm dnii« des pr^cLaioot Irun dngD''».
(Mattikcl'. Mcri. de la Soc. dc< AdI. tl.)
Si nous retrouvons dans nos provinces des monuments semblables à ceux que différents peuples étrangers ont consacrés à leurs assemblées religieuses , ne pourrons-nous pas en conclure qu’ils ont eu , dans l’antiquité, la même destination ?
Les poipes de la Bresse , cônes tronqués de terre érigés par la main des hommes , espèce d’Ilots au milieu de leurs fossés ou de leurs étangs, ont exercé l’imagination de quelques archéologues : à plusieurs elles ont paru être des points de réunion pour le culte; à d’autres, elles paraissent être simplement les bases de demeures civiles des dominateurs féodaux (1).
I) M. Tabbé Jolibuis en fait des lieux d’obscrvalion près de^ ebâletiiix, pour (Iccouvrir de plus loin
lÆS l'OIPKS.
Il faut distinguer.
M. Matthieu, un de mes savants confrères, a établi la première proposition , en nous parlant des buttes de terre de la Zélande. Nous nous rangeons à son avis, suivant la nature de ces hauts lieux chez nous.
Le nom de Poipe, indiquant ou le lieu d’adoration do Papœus , dieu suprême des Scythes, ou la demeure d’un prêtre slave , papas , dont on a fait pope en russe (1), a été trop généralisé. Nous avons trouvé fort peu de poipes qui présentent le caractère d’une consécration religieuse. Tout au plus en citerions-nous cinq ou six, avec une espèce de conviction . Tels seraient, par exemple, le Châieau- Uruà de Saint-Usuge , près de Louhans (2), à cause de son nom qui semble signaler un manoir druidique ; la poipe d’Illiat , près de Thoissey . parce qu’on y a vu autrefois une église ; celle de Mézéria , près de Bourg (3) , qui , conformément aux traditions locales , est donnée pour druidique par M. Riboud ; et la poipe de Buellaz avouée par M. de Lateyssonnière. Je ne veux pourtant parler dans [cc chapitre que d’une des buttes do Saint-André-de- Corcy , le Nemorosum d’anciennes chartes (4) , car
(1) Les ilusses , les Slaves sont, comme les Vimles, iroriglnc hindoue, suivant des auteurs récents.
(2) Departement de Saône-et-Loire .
(3) Déparlemcnl de l'Ain.
(4) Dans l'aneimne prinripanlé de Doinhes
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nous sommes persuadé que les seigneurs ont dû remplacer les ministres de l’antique idolâtrie sur ces éminences , toutes prêtes à les recevoir sans frais.
Les fossés qui défendent l’abord de la plus remarquable des deux jwipes voisines de l’étang de Sûre , dessinent les figures du premier quartier de la lune, de la pleine lune et de son dernier quartier. Certainement , il ne s’agit pas ici d’un castrum lunatum : il n’aurait pas été assez étendu pour admettre seulement le huitième d’une légion. Le croissant et le disque entier marquaient dans le cours de l’année lunaire , qui était l’année sacrée , le temps des consultations religieuses , des délibérations nationales etdes grandes solennités du culte, chez les Germains et chez les Galls (1).
La poipe de Saint-.\ndré-dc-Corcy présente à l’œil un cône tronqué d’environ cinquante pieds de haut; elle est boisée sur ses flancs, et contournée par un sentier en spirale. Elle fut autrefois surmontée d’une tour de brique , dont il ne subsiste que les fondations.
C’est aussi dans une tour élevée {édita in turre) que la druidesse Véléda, oracle et divinité chez nos pères , avait choisi son domicile , afin d’être plus inaccessible au contact profane;.
Pour en flnir avec la poijie de St-André-de-Corc\ ,
^ l) Cestir cl Tacilo
LES POIPES.
je n’ai plus qu’à l’illustrer en ajoutant que la fée du château de Riottier, sur la rive gauche de la Saône, vient quelquefois s’y montrer dans le costume d’une prêtresse de l’ile Formose , au faîte d’une pagode, et telle qu’elle apparaît d’ailleurs aux mariniers qui voyagent sur la Saône, la quenouille au bras gauche et le fuseau à la main droite.
Au reste — nous avons déjà eu plus d’une occasion de le dire — la Dombes et la Bresse nous paraissent avoir gardé plusieurs traditions orientales , assez dignes de remarque pour avoir attiré l’attention des observateurs.
La poipe de Breignan , sa plus proche voisine , dont la destination a dû se lier à la sienne, a mieux conservé le souvenir des exercices du culte gaulois: on y allume encore le feu de la Saint-Jean , dernier vestige du culte du soleil ou de Bel la grande figure de notre mythologie celtique. L’étang de la Roussière , qui n’est séparé de celui de Sûre que par un chemin , aime alors à refléter dans ses eaux et la forme conique de la poipe, et le grand feu qui la surmonte comme un vésuve, et la ronde bressanne qui l’entoure de silhouettes animées. Ce spectacle poétique, qui a saisi l’imagination de M. Francisque Gros, était bien fait pour lui inspirer le roman musical que nous avons déjà cité(t).
(1) Livre l'"'^ ehii|). L. Culh' du auleil ù ilii iùi l , 202 .