JANVIER
Sloiirir pliistost que Imhyr son debroir.
Ci.OTii.nE TE Surville.
Coiiilois, rends-toi!
— Ncniii , ma loi :
Vieux dirton.
L'alarme était partout, au village, au château; Car Weimar saccageait le vallon de Morteau ^^ ! Le terrible Saxon et sa horde sauvage S'avançaient à travers la flamme et le pillage , Les plus braves Comtois étaient morts sous ses coups ; Leurs femmes, leurs enfants, errant parmi les loups. Au milieu des frimas , désertaient les campagnes. Pour chercher un refuge aux antres des montagnes. L'horizon était noir de villages fumants; Les échos répétaient les longs mugissements Des troupeaux sans pasteurs courant à l'aventure ; Livides, mutilés, eflroi de la nature, Aux arbres des chemins des cadavres pendaient ! La famine et la peste au loin se répandaient ,
VA de nos inontagiianls les h.inclos désolées Disaient que l'Antéchrist parcourait leurs vallées!
Un dimanche , après messe , au sommet des Pareusrs ",
On vit poindre soudain les files valeureuses
Dhommes bardés de fer, serrés sous leurs drapeaux.
■ — Lorsqu'en un jour d'automne on voit de noirs corbeaux
S'abattre un bataillon, ardent à la curée,
De fidèles gardiens la troupe est entourée ;
Et pendant qu'elle glane et butine en un champ.
Les uns volent en cercle et veillent sur le camp.
Et les autres au loin, prudentes sentinelles,
Se posent lœil au guet, prêts à battre des ailes : —
Ainsi volant autour des nombreux fantassins.
Les cavaliers du Duc exploraient les chemins.
Mercredi, vers le soir, Weimar par un trompette Fit dire au commandeur, de façon rude et nette :
« Qu'il eût à lui livrer la ville dès demain... " Que sinon, il savait ce qu'il aurait à faire. » — Saint-Moris répondit ainsi qu'un vieux Romain : — « Et moi, je sais aussi ce qui me reste à faire . La ville sous ma garde est mise par le roi-,
C'est un devoir d'honneur ! et j'en dois compte au roi. » —
Lors Weimar en courroux fait commencer le siège ,
Et pousser une mine à la tour du Collège -,
Aux coups des lourds marteaux le sol était tremblant >
Tandis qu'un des faubourgs s'abîmait en brûlant.
Le Doubs , emprisonné dans sa couche de glace ,
Livrait aux assaillants les abords de la place -,
Dans une môme nuit ils donnent trois assauts. —
Trois fois aux pieds des murs ils trouvent leurs tombeaux !
Désespérant de vaincre à l'aide de l'échelle ,
Ils attaquent la porte auprès d'une chapelle
Où priaient sous le sac les Frères-de-la- Croix ;
La hache en frémissant s'enfonce dans le bois ,
Les panneaux vont céder, et la fureur redouble...
Des plus braves bourgeois déjà le cœur se trouble,
En voyant vaciller sur ses deux gonds de fer
La porte qui bientôt va leur vomir l'enfer !
Du haut du parapet, les pavés et les dalles.
Et les lourds épieux pleuvant avec les balles,
Transperçaient , écrasaient les hardis assiégeants -,
Pour nos aïeux ce fut un combat de géants î
De leur sang généreux la neige était rougie :
Gloire à qui sait payer sa dette à la patrie !
Frères, qui d'entre nous n'eût envié leur sort?...
Mais le ciel , ce jour-là , couronna leur efiort.
Le chef qui dirigeait la farouche cohorte ,
Tombe. — Enfin l'assaillant abandonne la porte ;
Et le soleil levant éclaire nos exploits.
IfiO
— Cependant il fallut, pour la cinquième fois, Prendre le mousqueton , courir à la muraille. Et braver sans pâlir la pique et la mitraille. Do nombre grandissant le Suédois furieux ]irarcliait à l'escalade au quartier Morieux -, Et tandis que vieillards, enfants, filles et femmes Disputaient leurs manoirs à la fureur des flammes Dont le faubourg du Pont ardait de toute part , Leurs pères, leurs époux mouraient sur le rempart , Et tous , rivalisant d'ardeur et de courage , Refoulaient l'ennemi plein de honte et de rage.
Sans trêve ni repos, nos aïeux sur leurs tours Passaient en durs combats ot les nuits et les jours. Attendant vainement le prince de Lorraine Dont les bandes campaient à la grange dÂLEiNE... Mais bientôt retentit un lamentable cri. Car le canon , grondant du haut du champ Meri, Sillonnait de boulets la ville tout entière : PoNTARLiER approchait de son heure dernière î La grosse tour minée allait crouler soudain Et frayer au Suédois un immense chemin; Les fauconneaux crevés, deux affreux incendies. Plus ni poudre , ni plomb, les fontaines taries , Les bourgeois décimés, mutilés ou mourants... Force fut de penser aux accommodements.
Mais pareils aux lions qui vendent cher leur vie , Ou tels que le grand roi dans les champs de Pavie ,
Nos ancêtres pouvaient, en cédant au malheur, Dire avec orgueil : Tout est perdu, fo?'s l'honneur/
Dans TAule, à son de trompe , assemblés par le muire. Les Barons font alors choix d'un parlementaire. Don Gonzalès, monté sur la plus haute tour. Du bord de son chapeau frappa sur un tambour , Et fait signe au-dehors à ceux de la redoute Qu'il demande à parler et qu'il faut qu'on 1 écoule. Par les soldats du Duc bientôt il est conduit. Et les deux yeux bandés dans sa tente introduit... Puis le docteur Miget , suivant l'antique usage , Dans le camp du Suédois accueilli comme otage , Weimar de son épée appuyant le pommeau , Grava sur le traité son redoutable sceau.
Nos pères ne voulaient qu'une paix glorieuse , Mais l'infâme Saxon à l'âme astucieuse , Quand il fut dans la place , au mépris de sa foi , Désarma les héros, et leur dicta la loi--, Et lorsqu'il en sortit, pour punir leur courage , Il fit brûler la ville et la mit au pillage. Quiconque manquait d'or pour payer sa rançon , Sous le sabre tombait, sans merci ni pardouj
Et ceux qui dans leur tiiito iiivoiiuaient l'espérance,
Roncontraient à la porte et la hache et la lance ,
Ou Mon , précipités du sommet des remparts ,
Semaient le sol natal de leurs membres épars :
le glaive n'épargnait aïeul , enfant , ni femme !
La ville et le château s'écroulaient dans la flamme ;
Et comme , dans la nuit , un immense volcan ,
Quand la lave en courroux bouillonne dans son flanc ,
De sa lueur sinistre éclaire les campagnes ,
Tel, en feu, Pomaulier éclairait nos montagnes.
On s'en souvient toujours, et deux cents ans plus tard ,
Le peuple dit encor ! Méchant comme Weimar .
IJlanc^e.
A MyVDEMOISELLE L U
Plena hic floribus ipsa prata rident , Hic colles humiles amat Lyaeus , Gaudet copia fructibus repleta Cornu suavibus.
La nature seule est grande; la nature seule est belle ; la beauté première la remplit et l'anime. Db Sénancoub, Rêveries.
Sur le haut des montagnes , L'^*, viens avec nous -, A travers les campagnes Si tu nous accompagnes , Le trajet sera doux.
Aimable jeune fille , Viens, tu marcheras bien ; Si l'épaisse charmille A ton pied s'entortille, Je serai ton soutien.
Le sentier qui serpente Est rude pour tes pas ; Mais ta marche plus lente , Pour adoucir sa pente , S'appuîra sur mon bras.
Viens, gravissons Planèze -, Là-haut, plus près des cieux, Notre âmç qui s'apaise Respire plus à Taise Vn air mystérieux.
Sur les monts la nature Dévoile plus d'attraits -, Plus agreste et plus pure , Elle a sous sa verdure Des ombrages plus frais.
Sais-tu , jeune cousine , Sais-tu que de beautés.
De ce point qui domine , Promet cette colline A tes yeux enchantés?
Tiens , là-bas, vois la ville Et ses clochers épars ; MoNTFAucoN sï tranquillo , Puis Chaudanne et Brecille Sous leurs larges remparts.
Vois ce petit village Qui se mire dans l'eau -, Orgueil de cette plage , Caché sous le feuillage.
Il semble un nid d'oiseau.
C'est Velotte... Son herbe Fleurie avant le temps, A maint galant imberbe Ofîre un tapis superbe Pour danser au printemps.
Sur son roc solitaire Aux abruptes parois , A nos pieds un calvaire.
Image salutaire !
Etale ses trois croix.
Sous son dais de verdure , Sur ses champs diaprés , Là , Beure a pour ceinture Le Doubs dont l'eau murmure En caressant ses prés.
De sa cloche ébranlée Le son religieux , En joyeuse volée , Résonne en sa vallée Et va se perdre aux cieux.
Puis voici GouiLLE , Avannhs , Les forges , le moulin ; Dans les bois des cabanes], Des lignes de platanes Au bord du grand chemin.
AvENEz montre à i)einc Sous ses hauts peupliers , Son grand bac et sa chaîne Où le courant entraîne De joyeux bateliers.
Là-bas sur la colline A l'horizon , vois-tu , Vois-tu , jeune cousine ?...
C'est l'immense ruine D un castel abattu.
Le Temps, de sa faucille , MoiNTFERRAND , t'a frappé j Rejetons et bastille , De ta noble famille Rien n'a donc échappé !
ToKPEs qui vient déclore , Frais et brillant château , Tourne aux feux de l'aurore Son jardin que décore L'if au sombre rameau.
Il montre avec emphase Son grand front compassé : Le Doubs baigne sa base , Biais MoNTFERRAND 1 écrasc Du poids de son passé.
Les plus belles vallées Autour de ces châteaux.
Profondes, isolées, De grands arbres voilées , S'ouvrent dans les coteaux.
Au fond , le Doubs promène Son onde avec amour ; Il les quitte avec peine , Et s'en vient dans la plaine Faire un large contour.
Puis il coule vers Dole ^^, La ville au grand clocher; D'ici vois sa coupole Qui semble en auréole Dans l'air se détacher.
À gauche, par étages, Les grands monts du Jura De leurs croupes sauvages Vont percer les nuages , Et se perdre au-delà.
A droite , en l'étendue , L'horizon incertain Court en ligne rompue , Puis échappe à la vue , Tant son cercle est lointain
Quelle agreste élégance !
0 nature , à ces bords , Avec quelle abondance En ta magnificence Tu verses tes trésors !
Ma belle enfant, tu rêves
Assise auprès de nous ;
Et vers le ciel tu lèves
Tes grands yeux noirs , si doux !
Ton âme jeune et pure
Dans l'œuvre voit l'auteur ;
Naïve créature ,
A travers la nature
Dieu descend dans ton cœur !
Mais le soleil s'incline , L'ombre tombe des monts; Descendons la colline , Et vers Chateau-Fauine, Il est temps, retournons.
Douce et calme retraite I Combien y sont venus, Auxquels on a fait fête , Et qu'il faut qu'on regrette I...
Hélas ! ils ne sont plus I
A leurs ombres sacrées Pensons, ma chère enfant!
De regrets entourées Ces ombres vénérées.
Bénissons-les souvent.
Pendant leur existence I!s eurent notre amour , Pleurons-les en silence...
Et gardons l'espérance De les revoir un jour!
2iux EuittfjSi l>e MontUuccn,