‹ Traditions populaires de Franche-Comté; poésies, suivies de notes. VignettesChapitre 12 sur 14 · THIERRI II · texte numérisé non relu

THIERRI II

Alul if it (loes socm (o bc a loost for owls , why \ye know it bas neverlbclcss brought up cagles. Walter Scott.

Thou art of a falcon breed...

Ibid.

CnATEL enseveli sous un réseau de lierre, Comme un suzerain mort roulé dans son suaire , Qui donc t'a mis si bas, manoir des Montfaucon ^■'\.. C'est le Temps, ce faucheur devant qui tout succombe , C'est lui qui lentement t'a couché dans la tombe ; Il ne ta rien laissé' que l'écho de ton nom !

Sous ses pieds, comme un verre, il a broyé tes dalles;

Il a tranché la tête à tes tours féodales ;

Tes fossés si profonds , sa main les a comblés.

Dans ces cours, où joutaient des chevaliers superbes ,

Tes hauts murs à créneaux sont perdus sous les herbes -,

La chèvre broute en paix sur tes ponts écroulés.

Quand , aux feux du matin , tu regardes ta face Dans le miroir du Doubs dont le cristal t'enlace , Quand tu vois dans ses flots ton front découronné , Géant, tu te revêts d'une tristesse immense. Et tu semblés honteux de ton morne silence , Comme un roi que sa cour aurait abandonné.

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Dors , dors ta longue nuit clans ton manteau de gloire ! Car tu vivras assez aux pages de riiistoirc ; Enivre ton sommeil du vin du souvenir ! Regarde avec pitié le présent qui nous pousse ; Nos palais valent-ils tes murs couverts de mousse ? Et devant ton passé que dit notre avenir?...

Oh 1 combien de héros tu berças dans ton aire ! Tu n'aimais à nourrir que des hommes de guerre ; Ils naissaient grands et forts sur ton roc indompté. Amante de la gloire et des jeux de l'épée. Pour les rudes comhats leur âme était trempée ; Les périls et la lutte étaient leur volupté !

Il en est un surtout de cette illustre race , Dont ta ruine encor semble garder la trace ; Quand j'erre en tes débris, son ombre suit mes pas-, Et dans létrange bruit que fait le vent d'automne , Lorsqu'on tes souterrains il s'engouffre et résonne , Je crois entendre encor son appel aux combats :

— « En guerre , mes archers, mes vaillants hommes d'armes

Honte au félon qui tarde ou qui verse des larmes;

Le Christ en son tombeau , le Christ est outragé I

Le mécréant maudit nous insulte et nous brave ;

Sainte Jérusalem, lu resterais esclave !...

Non , non , Di<Mi nous appelle , et Dieu sera vengé !

Que mon glaive se trempe au feu de sa colùre 1 A côté de ma croix déployez ma bannière... Pages, apportez-moi mon vêtement d'acier; Chaussez-moi l'éperon ; donnez ma forte lance ! Du parfum des combats je m'enivre d'avance... Malheur au mécréant qu'atteindra mon coursier ! » —

C'est ainsi que Thierri , grand prince de l'Eglise, Enflammait ses vassaux pour sa coble entreprise. Sous l'hermine il pouvait vivre et mourir en paix ; Mais, digne rejeton d'une souche guerrière. Il sentait sa grande âme au cloître prisonnière , Et voulait de sa race égaler les hauts faits.

De poésie en vain il nourrit son enfance ;

En vain bien jeune encor , mais vieux par la science ,

Sa muse lui dicta des hymnes au Seigneur-,

Le voilà tout à coup pris d'un autre délire ,

Le glaive dans sa main a remplacé la lyre...

Il avait entendu la voix de l'Empereur ^^.

Tel on voit un aiglon dont l'enfant du village Apprivoisa long-temps l'humeur fière et sauvage ; On dirait un ramier. — Mais qu'il entende un jour Retentir un cri d'aigle en la plaine éthérée , Il aiguise son bec , puis d'une aile assurée S'élance... et le voilà roi des airs à son tour I

PpMuior (les MoiUfaiicon , Ion omluo , on ces nuiraillcs, Dutsourirc en voyant co iilsdo les entrailles l'orter ainsi ton nom en de lointains climats I Tu reconnus ton sang à ce bouillant courage, Kt sans doute tu dis, tout lier de ton lignage : Ma race bonne encor ne dégénère pas.

Or, Thierri , s'éloignant pour la Terre-Promise , Remet à Tramelai le soin de son église ; Sur ses pas il conduit ses arcliers aguerris. Tantôt au milieu deux entonnant la prière, Tantôt lessur[)assant par son ardeur guerrière , Il arrive à la fin devant Ptolémaïs.

Le j)remier il sèlance au siège depa ville ;

En mille inventions son génie est fertile.

Car la tète chez lui ne dément pas le bras.

Sous les coups d'un bélier éclos de sa pensée ,

Déjà Ptolémaïs est [)rès d'être forcée...

Il meurt ! — Silence au camp î suspendez les combats.

Sonnez, trompes, sonnez l'heure des funérailles! Que le mort soit paré comme au jour des batailles; Vu preux ne doit dormir (luen un linceul d'acier. Pour honorer en lui son double caractère , Qu'on grave eu traits profonds , sur son roc tuniulaire , La croix de I archevêque et le fer du guerrier.

Oh I pour toi , Besançon, la journée est fatale ^7 ! Voile (l'un crêpe noir ton aigle impériale : La mort a moissonné ton fils le plus chéri. Sous ses arceaux romans , ta noble cathédrale Ne verra plus ton peuple , à genoux sur la dalle , Courber son front pieux sous la main de Thierri.

Sur sa tombe trois jours on répandit des larmes... Pour le venger , l'armée enfin reprend les armes; Il faut un sacrifice à ses mânes pieux : Mères des Musulmans , trouvez , trouvez des langes , Car l'ombre du héros , animant nos phalanges, Déjà compte vos fils... La mort plane sur eux !

Le massacre fut grand , la bataille gagnée ;

Du sang des Osmanlis la terre fut baignée ;

Le Bélus dans ses flots roula leurs corps fumants.

Le sommet du Thabor admira notre gloire.

Et le Carmel s'émut à l'hymne de victoire

Qu'adressaient à leur Dieu les chrétiens triomphants.

Dévorant la douleur de son âme troublée, Saladin, repassant les monts de Galilée, Va chercher un abri dans les murs de Damas. Là, cet homme d'airain, ce bras droit du prophète. Au nom de 3Iahomet, pour venger sa défaite. Convoque l'Orient à de nouveaux combats.

Il on vint'dc l'Egypte, il cmi vint du Bosphore, Des sommets du Liban , des plaines de Rlysore ; La terre tressaillit sous les lourds bataillons. — Regarde, Mahomet, ton peuple de fidèles I... Jamais au bords du Nil , jamais les sauterelles N'ont à rangs plus pressés inondé les sillons !

3Iais contre vous. Seigneur, que put jamais le nombre? Votre souffle les a dissipés comme une ombre... Déjà Philippe-Auguste attaque la cité.

Ptolémaïs, enfin sous son bras abattue.

Pleure sur les guerriers qui l'avaient défendue Comme un lion défend son antre ensanglanté ^^.

Ombre de Thierri deux , sans doute consolée ,

Tu sortis en ce jour de ton froid mausolée ;

Tu vins dans ses honneurs contempler le grand roi.

Entassés, et souillés de sang et de poussière.

Les corps des Sarrasins couvraient au loin la terre...

Cette immense hécatombe était digne de toi I

— Manoir des Montfaucon , fier de ta noble histoire, Dors, dors la longue nuit dans ton manteau de gloire; Enivre ton sommeil du vin du souvenir!

En vain le Temps , jouteur devant qui tout succombe , Comme un suzerain mort ta couché dans la tombe... Le passé pour ton nom a conquis l'avenir.

|3auvre JT^mme !

Amarc flcbu.

iiRimiE.

...ïlie rheerk luay bc liiigcd wilh a warm siumy sinile, 'Ihough Ihc cold Iiearl to ruiu runs darkly Ibo while.

Th. Mooue.

En vain ta figure est joyeuse , En vain ton front calme et serein ; J"^**, oh ! tu n'es point heureuse , Et tu dévores un chagrin î Du monde où ton âge l'appelle , Oh ! crains le regard indiscret :

Sa pitié te serait cruelle...

Pauvre femme , souffre en secret.

Viens dans nos bals. A la parure Chaque soir ajoute une fleur-, Cache bien sous ta chevelure Ce naissant sillon du malheur.

A tes beaux jours de jeune iille Ne va pas donner un regret -, Danse, en riant, walse et quadrille.

Pauvre femme , souffre en secret.

Laisse ignorer à ton vieux père Qu'un serpent te ronge le cœur ; Kn fermant les yeux à ta mère , Il lui promettait ton bonheur.

De tes maux s'il voyait l'abîme , Le malheureux ! il en mourrait; Pour ton vieux père sois sublime !.

Pauvre femme , soufl"re en secret.

Cet enfant que sur ta poitrine, En le berçant, tu fais dormir, Ah ! garde bien qu'il ne devine Quelle main te fait tant souffrir.

Peut-être ce fatal mystère Bien cher un jour il le paîrait-, Que toujours il aime son père...

Pauvre femme , souffre en secret.

Devant cet époux qui t'outrage Ne va pas hasarder tes pleurs ; Son cœur est clos à ce langage , Il n'a pour toi que mots railleurs.

Si tu n'étais plus fraîche et belle ^ Son amour-propre en souffrirait; Parais heureuse et sois fidèle...

Pauvre femme , souffre en secret.

Point d'abandon , de confidence , De l'amitié fuis le secours; Aux compagnes de ton enfance Ferme ton âme pour toujours.

Dieu seul doit savoir tes alarmes ; En pleurant, bénis son arrêt; Dans le ciel il compte tes larmes...

Pauvre femme , souffre en secret.

£e iltouton noir.

Noil lialh ccrliiiiily «old hinisclflho Ihe dovil, ami his loase m ill havc and end onc day. Waltrr Scott.

Aux monts des Pareises '% Pentes rocailleuses Au boni d'iui grand bois, Joyeux et folâtres , Plus contents que rois.

On voyait des pâtres Près de leurs troupeaux Danser des rondeaux.

Mais l'œil fauve et louche , Et d'humeur farouche , Un seul , un d'entre eux Dédaignait le rire Et fuyait leurs jeux -, Jamais un sourire N'avait éclairci Son profond souci.

Du bois solitaire Cherchant le mystère , Ce noir chevrier , Tournant la baguette Du vert coudrier , Traçait en cachette , Au feu de Téclair, Des cercles dans l'air.

Sombre personnage , Exerçant sa rage Quand venait le soir , Brigand qu'on redoute , On l'avait cru voir Au coin de la route , Couvert des toisons De ses noirs moutons.

Par ses artifices Et ses maléfices , Ce hardi pillard Vidait l'escarcelle Du bon montagnard -, Et la jouvencelle Il faisait danser Jusqu'à tré[)asscr !

— Heureuse ignorance, Douce tempérance , Paradis du cœur , Quand la main s'avance Vers le fruit trompeur Qu'on nomme science , Boniieur et vertus , On vous a perdus ! —

Sa face est hideuse.

Tant sa joue est creuse , Son corps amaigri ; Sa peine secrète L'a rongé, flétri.

Il semble un squelette Qui traîne son deuil Au bord d'un cercueil.

Oh ! penser terrible !

Un être invisible Lui parle et le suit-, Satan le réclame Quand sonne minuit ; Car un pacte infâme A vendu, dit-on.

Son âme au démon.

Au bout tl'iino aiinùc , L'heure était sonnée , Le sort s'accomplit !

Dans une chaumière Quelqu'un entendit Blasphèmes , prière , Pleurs, gémissements.

Et loncs hurlements.

Et lorsque l'aurore Aux monts qu'elle dore Imprima ses pas , Au coin de son âtre On ne trouve pas Le malheureux pâtre ; Son toit renversé Etait dispersé.

Et depuis , à l'heure Où de leur demeure S'échappent les morts, Un mouton énorme Parut sur ces bords ; Mais sous cette forme On a deviné L'âme du damné.

Et riiumble valléo Frémit , désolée , €ar le Revenant , Que Fenfer possède , Court sus au passant, Le poursuit, l'obsède..

Plus d'un voyageur En est mort de peur !

Docteur qu'on révère, Un vieux mousquetaire Existait alors.

Sans peur, ni ro[)roclic , Perle des majors De la vieille roche.

Il ne marchait pas Sans son lourd damas ^i'.

S.ur sa jument blanche , Le poing sur la hanche , Un soir il trottait , Dans la souvenance Son esprit flottait ^ Avec nonchalance Bercé sur l'arron , Il venait d'Ap.co\.

De sa coriu* allière Lui fermant carrière A l'endroit fatal , Sous sa toison sombre , Le monstre infernal , Etait là dans l'ombre , Les deux yeux ardents Et grinçant des dents.

Oh ! dans mon jeune âge Cet affreux passage De peur me glaçait I Te souvient-il , frère , Comme on se pressait Autour de ma mère A l'endroit maudit?...

Mais le Major dit :

— " Blanche , prends courage , Nous vain(;rons sa rage ; Dieu sera pour nous !

Je veux à saint Pie , Dans sa châsse à Dovbs , S'il sauve ma vie , Offrir aussitôt Pieux ex voto. » —

Puis livrant bataille D'estoc et de taille , Son sabre , en sifflant.

Sur l'horrible bête S'abat tout sanglant.

Sans tourner la tête , Le Major grand train Traverse Bquhain.

A bride abattue , Blanche vole et sue...

Des gémissements Font trembler la terre Sur ses fondements ; Et l'homme de guerre , Qui jamais n'eut peur , Blanchit de terreur.

A l'instant suprême Sonna d'elle-même La cloche de Doubs; Sorti de sa stalle , Saint Pie , à genoux , Chantait sur la dalle , Au pied de l'autel , L'hymne solennel.

La torro onlrouvcrlo De saiiî; fut couvcrto ; Sur pins iltm buisson A l'aube, on vit pendre Débris de toison , Qui , tombant en cendre Au vent du matin , Senvolaient soudain.

Alors en mémoire De cette victoire , Les bons paysans Vinrent , en prière Et reconnaissants, Sur la grosse pierre , A l'angle du bois , Planter une croix.

Et depuis œil d'homme N'a vu le fantôme ; Pâtre malheureux !

Couché sous le hêtre , Et bornant tes vœux , Mieux valait-il être Pauvre chevrier Que riche et sorcier !

CpCtre

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