SOUVENIR D ENFANCE
IlerUinm , id est Icnani malrcm roliint , cainqiic inlcrTeaire rebut bominum , itivehi populis arbilrantur.
Tacit. , German.
Souvenirs de collège , Combien vous m'êtes cliers ! Quand l'un de vous m'assiège , La muse me protège , Et m'accorde des vers.
Quand le présent me lasse De son poids étouffant.
Au passé qui s'efface Je recherche la trace De mes plaisirs d'enfant.
A ma voix qui l'appelle , La souvenance alors Arrive fraîche et belle , Et de sa main fidèle M'ouvre tous ses trésors.
Ma muse heureuse y puiso Des vers à pleine main , Et rêveuse , à sa guise , Elle tourne, elle aiguise La strophe ou le refrain.
Aujourd'hui , Dame Verte ^ Oh ! viens me visiter !
Par ma fenêtre ouverte , Dans ma chambre déserte Entre , viens t'abriter.
Fée aimable et propice , Voltige autour de moi !
Déjà mon front se plisse , Fais que je rajeunisse Pour mieux parler de toi.
Oh I (]ui ne la connaît, la reine des campagnes, DoDt on garde le culte en nos belles montagnes , Comme un dernier tribut aux Esprits d'autrefois ' Partout on croit la voir, on l'entend à toute heure ; Mais nul on aucun temps n'a connu .sa demeure , Ses magiques palais sont cachés dans les bois.
Elle a détrôné Flore et l'antique Pomone-,
Les parfums du printemps , les trésors de l'automne
Attestent dans nos champs son pouvoir surhumain.
C'est elle sur nos blés qui fait tomber la pluie ,
Le soleil , à sa voix , d'un rayon les essuie ;
Et la moisson dorée est un don de sa main.
Entre Ihomme et le ciel discrète messagère. Sur les prés buissonneux , Fée aimable et légère , Elle vide en passant ses corbeilles de fleurs. L'oiseau lui doit sa voix , la brise son murmure ; Le papillon , l'insecte et la fraîche ramure De sa robe changeante empruntent les couleurs.
Le soir, lorsque la lune à nos pentes fleuries Prodigue sa clarté si chère aux rêveries , On l'aperçoit debout sur un rocher lointain ; Ou bien , si l'on s'égare au fond de la vallée , On l'entend près de soi frôler dans la fouillée , Comme une ombre qui passe et s'éclipse soudain.
Elle aime à s'occuper de l'eufance rieuse ;
De fruits et de gâteaux la tronche merveilleuse
Par elle est enrichie au saint temps de Noël.
Sous son souffle embaumé , les fleurs les plus > crmeillei
Des sages écoliers emplissent les corbeilles ,
Quand de la Fête-Dieu vient le jour solennel.
Du vt'nloyanl lézard tanUM pronaiil la loniic , Klle agace renfant, de peur qu'il ne s eiidorinc»^ A l'ombre d'un rocher qui recèle un serpent. Tantôt sylphe léger , folâtre demoiselle , Egayant les travaux de la saison nouvelle , . Autour de la faneuse elle rôde en silllanl.
L'hiver , elle s'abrite à l'âtre des chaumières , Et prenant le rouet des jeunes filandières, Son invisible main fait tourner les fuseaux ; Le merveilleux travail de lui-même s'avance ; Mais si quelque indiscret parle de sa présence , Soudain elle s'échappe à travers les vitraux.
Sa bonté, qui toujours protège les familles, Donne aux garçons la force, et la pudeur aux (illcs; La vierge , à son chevet la voyant dans la nuit , Sent descendre en son cœur des trésors d'espérance ; Même après le réveil , sous sa douce it)fluence , Le rêve de bonheur tout le jour se poursuit.
Sans relâche elle veille au bonheur des villages; Sa prudence de loin prévoit les mariages. Et met l'amour au cœur des époux à venir. De leurs cheveux blanchis caressant l'auréole , Elle aime les vieillards, et sa voix qui console > Pour les rendre joyeux, les fait se souvenir.
Jamais de ses bienfaits ne tarit le prodige : Alors que nous souffrons , sur nous elle s'afflige ; Compatissante et bonne , elle sait nos douleurs. Lorsque dans nos hameaux agonise une vierge, A l'église rustique elle allume le cierge , Et le bénitier saint se remplit de ses pleurs.
En elle la bonté n'exclut point la malice , Femme et reine ! à ce titre elle a plus d'un caprice Souvent le villageois l'égayé à ses dépens. Elle aime à tourmenter un mari qui tourmente -, D'un amant inconstant elle éloigne l'amante, Et trompe avec délice un jaloux de vingt ans.
Malheur au montagnard , après un jour de foire , S'il s'oublie à la ville et s'atarde pour boire ! La niiit elle l'attend au milieu du chemin; En vain avec ardeur il pousse à son village , Sa puissance l'endort, et tournant l'attelage , L'égaré à travers champs jusques au lendemain :
Ou , d'un pied trébuchant s'il gagne sa demeure , Par l'ordre de la Fée un follet, qui le leurre , Dans des marais sans fin embarrasse ses pas. Souvent d'une beauté trop coquette ou parjure Elle mêle à plaisir la longue chevelure , Fait (jue le peigne y mord et s'y brise en éclats.
C'est plaisir lio la voir alors (lu'ello est joyeuse : Son visage est serein , sa forme gracieuse ; Sans jamais le toucher , son pied rase le sol ; In bandeau dY'meraude orne sa blonde tète ; A peine la moisson courbe un moment sa crête Sous le vent que sa robe agite dans son vol.
Mais a-t-on éveillé sa colère farouche , Son œil devient livide , et son regard est louche ; Son corps se rapetisse , informe et monstrueux ; Deux menaçantes dents arment sa large bouche; Elle brûle en passant les herbes qu'elle touche , Et sa voix retentit comme un vent orageux.
Quand sonne du sabbat l'heure mystérieuse , Plus d'un croit avoir vu sa forme vaporeuse Voler sur un balai qui luit comme un flambeau -, La lune en devient pâle , et les arbres frémissent , Les troupeaux de frayeur aux étables mugissent , Et les morts réveillés soulèvent leur tombeau.
Malheur en ce moment, malheur à la chaumière Dont la porte au passant reste inhospitalière ! Malheur au mauvais riche , au riche qui sendort Sans penser seulement au pauvre en sa détresse ! Si d'un lourd cauchemar sa poitrine s'oppresse, C'est elle qui l'étreint, et qui lui jette un sort.
L'iierbe ne croîtra plus dans son gras pâturage , Ses troupeaux épuisés n'auront plus de laitage , Et dans ses champs l'ivraie étouflera ses blés. Sur le domaine entier tombent les maléfices ; Il verra dépérir ses chevaux, ses génisses, Ses taureaux. fléchiront sous le joug accablés.
Qui ne fut maraudeur en ses jours de collège , Et d'un riche verger jamais n'a fait le siège? La pomme d'Eve , hélas ! nous a toujours tentés. Oh ! ces bienheureux temps de franches incartades ; Vous les rappelez-vous, mes joyeux camarades, Amis pour moi perdus, mais souvent regrettés?
C'était un gai jeudi, jour doré pour l'enfance. Jour dont la vie entière on garde souvenance ! Un jardin étalait ses larges espaliers; La place à l'escalade à Tinstant fut soumise , Chacun de nous bientôt s'écria : Tille prise I Et se chargea de fruits à défaut de lauriers.
Or, craignant lu'il du maître apr^s cette conquête ,
11 fallut aviser (|uolquo place secrète
Pour savourer en paix le butin de l'assaut :
Non loin de Po^tarmer est une sablière "° ,
Puits abrupt et béant, immense fondrière,
Dont les parois à pic ont deux cents pieds de haut.
Tous en cercle blottis dans ce lieu solitaire , >'ous bravions le courroux du bon propriétaire , Les plus faibles pourtant sentaient quelque remord ; Mais l'un de nous, c'était l'Achille de l'armée! Soutenant fièrement sa haute renommée.
Raillait leur peur denfant, et faisait l'esprit fort.
Tout à coup un cri part : Alerte , alerte , alerte ! Un fantôme paraît... C'était la Dame Verte! Chacun alors de fuir en demandant merci. — Mais quand moins effrayée, et partant moins agile, La troupe se compta pour rentrer dans la ville , Son héros lui manquait. — Pour tous il fut puni.
Et quand il reparut, son regard était sombre , Sa figure effarée et pâle comme une ombre : Par la Fée au sommet de l'abîme emporté , Avec elle, trois fois, un seul pied touchant terre, Et l'autre dans le ride, il avait du cratère Fait le tour en courant I — Puis il y fut jeté...
Mais an îond avant lui , la bonne Dame Verte Le reçut dans un pli de sa robe entr'ouverte. Et, mourant de frayeur le mit sur le gazon. Du collège dès-lors il devint le plus sage, Et toujours du voisin respecta l'héritage ; Car il avait compris si terrible leçon î
Dès ce moment fatal, le soir, la Sablière
Pour l'enfance est restée un lieu plein de mystère -,
On n'y passe qu'à deux , et se donnant la main -,
Car on entend parfois une voix qui soupire ,
Ou des ricanements , ou des éclats de rire
Qui partent près de vous et meurent au lointain.
iTa illcrc ^cô Prisonniers.
Vaà trustcte sie mit almoscn und siisscn Worten.
Citron, de sainte Elisabeth.
C'est une erreur de s'imaginer que le nombre de» iugrals soit si grand ; il faudrait pour cela que celui des bienfaiteurs ne fût pas si petit.
Le comte d'0x£N5tibrn.
Jk connais sur la terre une femme bénie -, De charité divine une source infinie
Ruisselle dans son cœur :
Tous les maux qu'elle voit, son âme les partage ; Et des infortunés elle est , dès son jeune âge ,
Le soutien et la sœur.
La veuve, l'orphelin, le vieillard la chérissent-, Car en elle jamais les bienfaits ne tarissent ,
Ni la sainte pitié.
Elle honore le pauvre en lui faisant l'aumône. Sa parole ranime , et le pain qu'elle donne
Ses larmes l'ont mouillé.
Pour les captifs surtout sa charité si tendre
Au fond de leurs prisons la fait souvent descendre ,,
Comme un ange du ciel ; Et là , trouvant pour eux des paroles de mère , . Son cœur compatissant mêle en leur coupe amèrc
Quelques gouttes de miel.
Riches , ne dites plus que la reconnaissance Vst nn fardeau tro]) lourd qui pC-se i\ l'inditieitee; Que le bien fait au pauvre il l'oublie on un jour . — (Non ! le pauvre vaut mieux qu'on n'ose nous le peiiulre ; Il devine aisément celui qui sait le plaindre, Et lui voue un culte d'amour.
Ecoutez ce rôcit. — De ma ville natale, L'un à l'autre liés par la cliaîne fatale , l'our de lointains cachots les prisonniers parlaient; Quelque chose d'amer ridait chaque figure , Entassés qu'ils étaient dans l'ignoble voiture Que des gendarmes escortaient.
Leur noble bienfaitrice apparaît à leur vue -, Chacun des malheureux l'eut bientôt reconnue ;
Et voilà ces hommes grossiers Qui découvrant leurs fronts, dans un transport sublime, Se prennent à crier d'une voix unanime :
« Vive la Mère aux prisonniers ! »
Et déridant alors leurs faces décharnées. Agitant leurs bonnets de leurs mains enchaînées.
Tous ils répétaient leurs clameurs-, Tandis que l'un d'entre eux , à Tàmc jeune et tendre. De son émotion ne pouvant se défendre ,
Sur sa joue essuyait des pleurs.
Ce tribut du malheur, ce cri parti de i'àiiie, De trente ans de vertus, ô généreuse femme !
En un jour te payait :
Mais, quoique à ma tendresse il en coûte à se taire, Je saurai de ton nom respecter le mystère...
Le pauvre le connaît.
ïi(}latt&!5iH*k ,