LÉGENDE DE LA VALLÉE DU KHIN
Dame una euipiesa ô lucuioria, Y uo para que me acuerdc , Sino para que me adonic , Guarde, acrompane y esfuoice.
Ro7nanr$ro.
C'ÉTAIT au temps du puissant Charlemagne : - Roland, ce preux que la France et l'Espagne* Vantent encore et n'oublîront jamais , D'Ingelheim , son château d'Allemagne , Se mit un jour à courir la canipagne , Pour abréger les ennuis de la paix.
Sans trop savoir où son destin Je guide , Sur son coursier laissant flotter la bride. Il marche , il marche , et toujours devant lui : Voilà qu'un soir , surpris par un orage , Vers un moutier qui domine la plage Il s'achemine, et demande un abri.
Lors, de céans le maître se présente :
C'est un vieillard à tête blanchissante ;
De l'étranger il a pressé la main...
— « Qui que soyez , entrez', entrez , beau sire !
» Pour votre nom , n'est besoin de le dire ;
« S'il vous complaît, je le saurai demain. » —
Débris sacré de toute une famille , .V.U vieux Raymond il n^stait une fille. Son Hildeponde , \m ange de beauté!
Au voyageur , qui bientôt la salue , Elle offre aussi , mais d'une voix émue, Le pain , le sel , et riiospitalité.
— « Merci, vraiment, j'accepte, damoiselle, » Etes accorte et bonne autant que belle,
» Et pour l'orage ai grâce à rendre aux cieux. » Puis on devise , et chacun se retire -, Mais le guerrier toute la nuit soupire , Rêve d'amour , et ne ferme les yeux.
Jeune Ilildegonde est plus rêveuse encore; Mal inconnu la trouble et la dévore :
— « Ai peur, dit-elle , et point ne sais pourquoi! » Si dignement vous ai toujours chérie,
» Reine du ciel , sainte vierge Marie , !• Suis en danger, ayez pitié de moi ! » —
Ah ! c'est en vain qu'au ciel elle s'adresse : Cœur de seize ans, qui s'ouvre à la tendresse , Souffre , se plaint, mais point ne veut guérir. Aussi bientôt sa frayeur est passée , Et vers l'objet qui charme sa pensée , Jusqu'au matin erre son souvenir,.
Le lendemain, dans ces cœurs qu'il tourmente. Par doux regards l'amour encor s'augmente ; Roland heureux a compris son bonheur :
Il est aimél... La jeune châtelaine Déguise mal le penchant qui l'entraîne : Front virginal trahit secrets du cœur.
L'amour, au temps de la chevalerie, N'était pas rien que leurre et tromperie , Comme dès-lors est souvent advenu.
Et quand une âme à nous s'était donnée, Tout aussitôt on rêvait d'hyménée -, Bonheur permis était seul obtenu.
Mais fallait voir notre preux intrépide.
Embarrassé, comme un enfant timide ,
De ce beau feu qu'il n'ose déceler.
« Quoi! se dit-il, dans les champs du carnage,
» Jamais, je crois , n'a failli mon courage ,
» Et jeune fille ici me fait trembler ! »
Vu jour, enlin , dans ses jardins perdue ,
Sa noble amante apparaît à sa vue ,
Seule , rêveuse , et cueillant une fleur.
— « LasI dit Roland , quand chevaliers fidèles
» Vantaient vertus et cliarmes de leurs belles,
» Je me taisais, n'ayant rien dans le cœur.
I» Mais, Hildegonde, à présent je vous aime; » Vous obtenir serait bonheur suprême : »> Soyez en aide au pauvre voyageur, n Je suis Roland. Peut-être que l'histoire » A ce nom-là réserve quelque gloire ; » Prenez mon nom et m'octroyez bonheur !
» Ah ! si d'un preux vous accueillez l'hommage, )> Que cette fleur devienne mon partage , n Et de mon heaume ombrage le cimier. »
— « Tenez , dit-elle , et songez que sur terre , » Comme la fletir, la joie est passagère ! » — Ce mot se grave au cœur du chevalier.
— « Beau preux, ajoute Hildegonde enivrée , )) Trop bien savez que suis énamourée -,
» Mon œil souvent vous a dit mon émoi... » Ma main , seigneur , appartient à mon père -, » A mon destin ce jour sera prospère, » Si pour Roland [il dispose de moi. » —
Lors à Raymond le chevalier s'adresse ;
Pour Hildegonde il lui peint sa tendresse :
« Roland , dit-il , vous demande sa main. » —
A ce grand nom s'incline le vieux sire ,
Si fort ému (jn'ii ynnxw il peut lui dire :
« Mourrais heureux , si voyais cet hymen ! »• —
Tout se conclut et l'on fixe l'époque : Avec orgueil déjà Raymond convoque Ses vieux amis. — Plus d'un viendra de loin; Car il voudrait, tant est grande sa joie, Que du bonheur qui sur lui se déploie Tout l'univers pût être le témoin.
L'homme propose , et c'est Dieu qui décide. — Pour nos amants le temps trop peu rapide , Leur montre enfin le jour tant désiré.
Destin fatal ! la guerre se déclare. — • A ce penser, Roland troublé s'égare ; Honneur ! — amour ! — son coeur est déchiré.
La jeune fille a compris sa tristesse , Et noblement surmontant sa tendresse ;
— « Partez, dit-elle, ainsi le veut l'honneur.
» Bien vais pleurer les jours de votre absence -, » Mais si de moi vous gardez souvenance , » Dans les combats aurez gloire et bonheur. »
— « Ange d'amour ! j'en jure par mon âme ,
» Répond le preux, un jour serez ma femme ; ). J'en fais au ciel serment de chevalier ! ») Et vous , Raymond , soyez déjà mon père : » Adieu , — je pars, — mais reviendrai, j'espère. » La mort au cœur il quitte le mouticr.
Le Sarrasin va mordre la poussière ; Car le guerrier enlace à sa bannière Vu talisman, doux présent de l'amour.
Oh ! d'une fleur puissance inconcevable ! Rien ne résiste âson bras redoutable j Sa gloire monte et grandit chaque jour.
Sur le donjon du manoir de son père, ?fotre beauté, rêveuse et solitaire , Passait ses jours à pleurer son amant : Là , bien souvent , des bords de la rivière , Lui parvenaient refrains de batelière , Chantant Tamoar et le nom de Roland.
Trois ans passés en espoir, en alarmes , Trois ans d'attente ont épuisé ses larmes; Creux et brûlants, ses yeux n'ont plus de pleurs. En vain , parfois, de son amant fidèle A son vieux père arrive une nouvelle; Le temps s'enfuit et la rend aux douleurs.
Enfin un soir un guerrier se présente;
Son front est pâle et sa démarche lente ;
Pour sa blessure il réclame pitié.
Avec transport on l'accueille , on l'écoute ;
Il parle guerre ; — on espère , — on redoute...
« Avec Roland , dit-il , je fus lié;
» A sa valeur nous devons la victoire -,
» Mais de sa vie il a payé sa gloire :
» Au champ d'honneur il a trouvé la mort î » —
Oh ! de Raymond qui dira la tristesse ?
Heureux du moins , heureux do sa vieillesse ,
Bientôt après il atteignit le port.
Mais lliklegonde ! — Immobile , abattue , Las ! on dirait une blanche statue , Comme on en trouve aux portes des tombeaux. Froide et sans voix, tant sa peine est profonde. Un noir dégoût d'elle-même et du monde Lui fait du cloître envier le repos.
Si quelque jour votre humeur romantique Vous entraînait vers Cologne l'antique.
Ville des saints , des vierges et des rois ^, Arrêtez-vous au pied des sept montagnes ; Une île est là -, — sur ses vertes campagnes Un vieux couvent se cache dans les bois.
Là , ilii hi'ro.s la jeiino fiancôc ,
Cédant an mal dont sou âme est brisée,
An soin de Dion dépose ses douleurs.
l'n mois d'alionl au cloître elle est novice ;
Puis un évoque , à ses désirs propice ,
Du temps d'épnMivc abréae les lenteurs.
Sous les ciseaux tombe sa clievelure -, Le voile noir , le cilice , la bure , Ont remplacé d'inutiles atours. •
A la prière elle a voué sa vie; Far un serment son avenir se lie :
La voilà sœur! recluse pour toujours !
Ilélas I hélas I amante infortunée , Pourquoi sitôt t'es-tu donc encliaînée ? D'amers regrets vont déchirer ton cœur ! Il n'est pas mort , l'objet de tes tendresses; Secours de l'art , soins , neuvaines et messes , De la patrie ont sauvé le vengeur.
■\'ers ton manoir le voilà qui s'avance ; De son bonheur il s'enivre d'avance ; Son bon cheval est trop lent à son gré. Oh ! le vois-tu dévorer la carrière ?... Ton nom chéri brille sur sa bannière, Et tes couleurs sur son éou doré.
Cï'st lui , (•"est liiil — La guerre terminée , ]Ve rêvant plus qu'amour et qu'hyménée , De sa blessure oubliant le danger. Il court. — Il vient , fidèle à sa parole , Offrir encore à sa première idole Uu cœur aimant que rien n'a pu changer.
Dn vieux manoir il gravit la montagne... Un froid mortel en cet instant le gagne ; Tout lui paraît morne et silencieux.
Il va plus vite. — A la porte il arrive-, Un serviteur, là, d'une voix plaintive.
Lui narre tout , les larmes dans les yeux.
— « Trop tard , hélas ! à votre (iancée » Venez offrir le doux nom d'épousée ;
» D'aujourd'hui même elle appartient à Dieu ! » L'aube naissante a vu jeune Hildegonde, » Devant le Christ courbant sa tète blonde , » Prendre le voile et prononcer son vœu. »
— « C'en est donc fait, mon destin se décide I » Répond le preux , — et, d'un essor rapide ,
Le long du Rhin il chevauche long-temps ; De Fraiienwœrth il atteint les parages : A gauche on voit, se perdant aux nuages, Un mont abrupt-, — il en gravit les flancs.
De ces hauteurs, qu'il altoint avec peine» Sur le couvent son regard se promi'ne; Jusques aux pleurs il se sent attendri. Puis, tout à coup , il Lrise son épée , Et de ses mains , sur la roche escarpée , II se bâtit un misérable abri.
Là , tout le jour , assis sur une pierre , Les yeux fixés sur le vieux monastère , De sa douleur il s'abreuve à longs traits ; Son front pâlit sous le mal qui le presse -, Jeune homme encor , la hâtive vieillesse Courbe son corps, flétrit ses nobles traits.
Lorsqu'éveillant les échos des collines , Avant le jour , la cloche des matines Appelle au chœur les servantes du ciel , Roland , debout et l'oreille attentive , Croit distinguer de la jeune captive La voix aimée allant à l'Eternel.
Quand vient la nuit, quand la voûte azurée ,
De mille feux brillante et diaprée ,
Se réfléchit dans le fleuve endormi -,
Si du couvent s'éclaire une fenêtre,
" Au ! se dit-il , ali 1 c'est elle , peut-ôtrc ,
' Qui prie et pleure , et pense à son ami. » -
Un an se passe et sa force sépuisc.
Sur le terrain que domine l'église , Il voit un jour que l'on creuse un tombeau -, De noirs pensers à l'instant le saisissent , Sur le gazon ses deux genoux fléchissent. Car il pressent quelque malheur nouveau.
Bientôt il sait que sa chère Hildegonde Vient pour le ciel d'abandonner ce monde : Vers le couvent il dirige ses pas.
Tremblant et faible , il en franchit l'enceinte :
— Pour qu'il osât fouler terre si sainte , De son amante il fallait le trépas.
Il l'accompagne à sa couche dernière , Sur le cercueil il jette un peu de terre; Avec les sœurs il dit le chant des morts... Le lendemain , de sa place ordinaire Il regardait encor le cimetière...
— Pour l'éveiller on fit de vains efTorts.
Lorsque ja vie" abandonna son âme , Quand, avec elle, il exhala la flamme Qui , sans espoir , lui dévorait le cœur. Sans doute il dit : « Uélas ! sur cette terre, » Comme la fleur, la joie est passagère ! » — Mot dont un jour sétonna son bonheur.
De son amante il partagea la couche ; Lit nuptial , qu'implarablo ot farouche , A leur amour préparait le trépas ! — On voit encor restes de l'ermitage; On^oit encor le couvent sous l'ombrage ; Mais leur tombeau, las! on no le voit pas.