‹ Traditions populaires de Franche-Comté; poésies, suivies de notes. VignettesChapitre 8 sur 14 · A M. FL** DE M · texte numérisé non relu

A M. FL** DE M

Chi mi (larà la vorc o le parolo Convenicnli a si nobil suggcUo?

Ariostk.

Ami, si j'étais peintre ou maître de la lyre , Ce que je sens au cœur , si je pouvais le dire , Je chercherais à rendre en rhythme cadencé Le portrait ravissant que ta main m'a tracé De cette jeune vierge à qui ta destinée , Par un nœud solennel , est près d'être enchaînée. Artiste plein de foi, devant quelque tableau Signé de Raphaël ou bien de Murillo, J'irais, poète heureux, à leur culte fidèle , Chercher pour ton amie un imparfait modèle. Et quand enfin j'aurais fixé sous mon pinceau Ces traits que je compare à l'idéal du beau ,

Quand j'aurais rotraco cette grâce canditlo , Ce front pur, ce sourire où la vertu réside, Cet œil noir el brillaul , (|ui laisse avec bonté S'échapper le regard dont lu fus enchanté-, Pour achever encor mon incomplète image , Dans Racine et Shakspear feuilletant page à page , Comparant Juliette à la pieuse Esther , Ou bien Iphigénie aux lilles du roi Lear, J étudîrais long-temps ces jeunes héroïnes , D'amour et de vertu créations divines, Et ma muse , à chacune empruntant ([uelque trait , Aurait tenté du moins d'esquisser un portrait.

Ol\ ! dis-moi , quand aux pieds d'une femme adorée , Le ciel va s'entr'ouvrir sur ton âme enivrée, Ravi de tant d'attraits , de grâce et de vertu , Tes vieux amis de cœur, oh ! les oublîras-tu ? Paîront-ils ton bonheur d'un pareil sacrifice?... Oh ! non , et que Marie , à tous nos vœux propice , Rappelant quelquefois sur nous ton souvenir. Aux droits de l'amitié laisse un Ions avenir.

Marie . — Ail ! c'est un nom d'une grâce iniinie ! Ln nom plein de mystère et de douce harmonie !

Parmi les noms humains c'est le plus beau de tous. On le prie , on l'invoque , on ladore à genoux. Exhalant le parfum de la Rose mystique , Entre Ihomme et le ciel c'est l'alliance antique : Car aux jours de croyance et de simplicité , Par la mère d'un Dieu ce beau nom fut porté. Réveillant dans nos cœurs les souvenirs d'enfance , Il est encor pour l'homme un gage d'espérance ; Et quand la foi renaît dans nos âmes en feu , Il porto nos soupirs jusques aux pieds de Dieu.

Le nautonier battu par la vague en furie Retrouve son courage en implorant Marie ; A deux jeunes époux qu'un enfant adoré Soit donné par le ciel : dans le temple sacré. Au sortir de sa couche , une mère attendrie Le porte et le consacre à l'autel de Marie ; Tandis que par les ans le vieillard accablé Invoque encor Marie , et se sent consolé.

Ce beau nom , trois fois saint, ta jeune fiancée

Le porte dignement , et déjà ma pensée

Plane sur les beaux jours qui pour toi vont venir.

ISO

l'our los pmliro , ami , ma muse se rc^vcillc. Certaine do te |ilairo en frappant ton oreille D'un nom que mille fois l'amour ta fait bénir, Et qui de ton bonheur contient tout l'avenir.

Scplenibio I8:i

€( Pont ^^ l'2lbbaî)e

DE MONÏ-BKNOIT.

Now il is lime of nijïbt

Tlial the graves ail gaping wide , Evcry one Icls ont ils Spiilc

lu Ihe church-way paths lo glide.

Shakespeare.

Il est nuit; la voix de l'orage Gronde dans les sapins de Bans ; La lune , à travers un nuage , Blanchit à peine le feuillage Qui tremble au souffle des autans.

Contre l'ouragan et la pluie Chevauchant avec grand efîort, Arrive au pont de l'Abbaye "-^ Une pauvre fdle transie , Dont la mère est au lit de mort.

— « Halte , là-bas , la jouvencelle!

Gratis on ne va plus avant...

Etes en vain mignonne et belle -, Mettez la main à l'escarcelle , Payez, — un sol estevenant '". »

— « Pitié! — ne suis qu'une bergère.

Ai co pauvre ânon pour tout bien :

A Mont-Benoît vais voir ma mère, Laissez-moi passer, mon bon Père...

Dieu vous paîra ; n'y perdrez rien. »

— « Des deniers de la sainte Eglise , Fillette, ici suis collecteur-,

Votre parler sent la feintise -, Point ne passerez en franchise , Vous le dis au nom du Seigneur. »

— « Sois cruel , ô moine sordide !

Mais du moins n'outrage pas Dieu. » — Soudain son ânon qu'elle guide S'élance dans le Doubs rapide.

Avance , et se trouve au milieu.

La pauvre bête était chétive , Le courant fort; — tout disparut I Lors s'entendit de chaque rive Gémissement de voix plaintive , Puis un grand cri, — puis tout se tut.

Le corps de la jeune bergère Fut retrouvé : — que de regrets !

Tout le village au cimetière L'accompagna. — Sa vieille mère L'y rejoignit bientôt après.

Les esprits-forts ne peuvent croire Aux morts sortant de leur tombeau; Mais ici le fait est notoire :

Aussi je poursuis mon histoire , Comme on la raconte au hameau.

Or, tous les ans, dans la soirée , Le quinze d'avril arrivant.

De la pauvre fille éplorée L'ombre pâle et défigurée Sans bruit pénétrait au couvent.

Elle allait droit à la cellule , Et prenant le moine aux cheveux , D'un mors l'embouchait sans scrupule , Et l'entraînait d'un bras d'Hercule Devers le pont miraculeux.

— « A genoux ! disait la bergère.

Que je chevauche sur ton dos ! » — Puis montant sur le pauvre hère , Sa main à grands coups de lanière Lui fendait la peau jusqu'aux os.

— '( Ma mère en sortant de la vie Alla prendre sa place au ciel ; Pour toujours tu me l'as ravie , Car moi , du ciel je suis bannie...

Morte, hélas I en péché mortel.

>• Point no me parlo de clémonce, Ton trépas seul m'apaisera :

Le ciel te livre i ma vengeance !

Marche, moine, marche en silence... Ou bien mon fouet redoublera. » —

Par une main impitoyable

Le moine se sentait tenir :

3Iain de damné, c'est main du diable !

Plaignons- le , quoiqu'il fût coupable :

Quarante ans il vécut martyr.

Alors que sa froide paupière Allait se fermer pour jamais.

Devant la maison tout entière Il révéla ce grand mystère , Et mourut. — Dieu lui fasse paix î

Au chœur du cloître une sculpture " Du fait prouve la vérité :

Là, le moine sert de monture Au revenant qui le torture...

Grande leçon de charité !

£â Source tfc la ^om.

Suppr Lttpam, rapacissimum flumen...

Chron. de Sninl-Tirnigne.

Oiuncs niorimur et quasi aqiia; dilabiaiur in terrara qiise non reverlunlur.

H. Regdm.

Au sein mystérieux de la grotte profonde Dont la nature a fait un palais à ton onde , Naïade de la Loue , il est beau de te voir " ! Sous ton dais de granit , reine dès ta naissance, Tu semblés un moment t'endormir en silence , Comme un enfant bercé par les brises du soir.

Mais la cascade est proche. — Elle te sollicite... Tu cèdes à l'attrait qui t'appelle et t'invite , Et pareille à la louve à qui tu dois ton nom. Tu couvres les rochers d'écume blanchissante , Tu roules, tu bondis, et ta voix mugissante Va frapper Haute-Pierre à la cime du mont.

Dans ton lit couronné de chênes druidiques '^, De sapins toujours verts et de lierres antiques. Tu marches souveraine et dans ta majesté ; Oui , plus belle cent fois que la belle Vaucluse , Il ne te manque rien que Pétrarque et sa muse Pour rciïaccr aussi par ta célébrité!

Abîmes effrayants des Combes de Noitailles, Qui donc a déchiré vos profondes entrailles ? C'est elle , c'est la Loue , en frayant son chemin , Alors qu'au premier jour , rapide , impétueuse , Dieu lui traçant du doigt sa course sinueuse , La fit jaillir du roc sous sa puissante main.

Les flots captifs, soudain emportant leurs barrières.

Roulant avec courroux sous vos cimes altières ,

Creusèrent à vos flancs un immense sillon ;

Et grandissant toujours et de force et de nombre ,

Ils sortirent enfin de ce défilé sombre ,

Pour aller resplendir au soleil du Vallon.

De là, courant toujours, ils vont de chute en chute-,

Le gazon les attire, et l'écueil les rebute;

Plus d'un ira croupir dans quelque étang fangeux;

Peu couleront en paix, sans limon ni souillure ,

Car il faut aller loin, et la route est impure

A travers les cités et leurs bourbiers honteux.

Quelques-uns cependant sur de vertes prairies ,

Pour dire leur amour à des rives fleuries ,

Serpentent lentement et font mille contours.

Il semble qu'ils voudraient, tant sont doux leurs murmures ,

Là s'arrêter, et vivre à l'abri des ramures...

Une inflexible loi les fait marcher toujoui's.

Et sans cesse roulant vers l'océan immense , Perdant à chaque instant de leur propre existence; Dans l'abîme sans fond tous ils vont s'engloutir. Ueureux ceux qui du ciel sur la terre embrasée Retomberont un jour en gouttes do rosée , Pour quelque fleur des champs qu'ils feront reverdir !

De l'existence humaine, oh ! voilà bien l'image ! Elle est belle , la vie , elle est belle au jeune âge, Quand son cours est paisible et réfléchit le ciel ; Quand la foi dans le cœur se mêle à l'espérance , Lorsqu'un baiser de mère efl"ace la souflrance , Et qu'aux bords de la coupe on na bu que le miol 1

A.UX rayons tlu matin quand la cascade brille

Des feux de rarc-cn-cicl , ciiaque goutte scintille.

Tout en elle est rubis, ou perle, ou diamant :

Tel sur la blonde enfance , et tout plein de promesses.

De rèvL's de bonheur, de rôves de richesses,

Brille de l'avenir le prisme éblouissant!

Mais l'âge d'homme arrive , et l'orage s'élève , L'orage qui dissipe arc-en-ciel et beau rêve ; Et de nos premiers jours trouble la pureté. L'àme perdant alors son empreinte divine , Voit se ternir léclat de sa noble origine. Et se flétrir la fleur de sa virginité.

Et puis des passions la vague furieuse ,

Haletants nous emporte en sa course orageuse;

À force de plaisirs nous pqrdons le bonheur.

Brisés par les écueils, repoussés du rivage ,

yous roulons , malheureux ! de naufrage en naufrage ,

Sans une étoile au ciel, et sans Dieu dans le cœur.

Fatigués cependant d'une vie insensée.

Regrettant, mais trop tard, sa jeunesse épuisée. Aux cliarmes du repos l'homme encor se reprend. Oh"! qu'il voudrait alors dans une obscure plage. Comme un flot oublié sous quelque frais ombrage. Pour un seul jour du moins échapper au courant !

Désir vain ! — car la pente incessante , fiitale, Que le vent soit propice , ou souffle la rafale , Toujours, toujours nous pousse au but mystérieux... Mais , par le malheur même , enfin l'àme épurée Souvent reprend léclat de sa source sacrée , Et dans ses profondeurs reflète encor les cieux.

Alors résistant mieux aux coups de la tempête , Vers Dieu, plein de courage, on relève la tête ; Au vent de l'infortune on offre un sein plus fort : Comme un fleuve grandit de calme et de puissance , Lorsque de plus en plus vers la mer il s'avance , Ainsi l'âme grandit en abordant la mort.

La mort ! — qu'est-ce? dis-moi , fleuve au grave murmure i Oh ! révèle-nous donc b mot de la nature !... Mais ton onde , elle-même ignorant où tu vas , Confiante en la main qui la guide et l'entraîne , Sous l'œil du Créateur coule et passe , certaine Que son vouloir est bon , et qu'il ne trompe pas.

Ainsi l'âme long-temps par le doute agitée , D'une recherche vaine à la fin rebutée. Abjure la science et revient à la foi :

Et (onliaiil ou ciel son humble destinée. Au terme elle s'avance, heureuse et pardonnée. Seigneur , en bénissant la loi !

A tes rives adieu , beau fleuve de la Loue, Adieu, forêts, cascade où rarc-cn-ciel se joue, Beau vallon tout fumant sous un soleil de feu ! Je reviendrai souvent rêver à ton murmure; Car l'âme à ton aspect s'agrandit et s'épure -, Tes sublimes beautés la font monter à Dieu !

jf©rpl)dme.

Llorando yva la doncella Coa sus ojos lan cortés.

Romancero.

Es wciact keiuer iiber luich.

J. Von Hahheb, GUI and BUlbUl.

Le coq chantait au seuil de la chaumins , Devant le jour la lune pâlissait; Au bord du bois, une jeune orpheline Sur son destin tristement ^Unissait :

— « Me voilà seule , et je n'ai plus de père ! Mon frère est mort, — et Georges, mon amant , M'oublie , hélas ! sur la terre étrangère... J'ai pour tout bien le sac du mendiant ! » —

Et la forêt l'écoutait en silence -, L'oiseau semblait respecter son chagrin , Mais le feuillage a frémi... qui s'avance?... C'est sous le froc un grave pèlerin.

ir>8

— « Oh '. pourquoi donc en ce bois solitaire. Ma pauvre enfant, ainsi te désoler ?

Dans la demeure il faut nous en aller, Viens, j'y serai ton père. »

— « De mon vieux père , hélas ! les cheveux longs Étaient tout blancs; — jo l'ai vu dans sa bière. — Vous êtes jeune , et vos cheveux sont blonds, Vous ne pouvez être mon père. »

— « Enfant, je plains ta peine! mais pourquoi Te lamenter en ce bois solitaire ?

Dans ta demeure, oh! viens, viens avec moi, Je veux être ton frère. »

— « Mon frère était au berceau, tout petit. Lorsqu'à la tombe il a suivi ma mère... D'un pèlerin vous qui portez l'habit.

Vous ne pouvez être mon frère. ■ —

Alors jetant son lourd déguisement.

Et sur son cœur pressant la jeune fille :

— « Tu n'es plus seule , oui , j'en fais le serment.

Je veux, Inès, te rendre une famille...

Viens pour toujours tunir à ton amant. )

£e Eéfuigié p0lottai«.

Nos patriae lîncs et dulcia liiiquinius arva, Nos patriam fugimus.

Virgile.

Assis aux bords des bois qui couronnent la ville , Au moment où le soir , du haut d'un ciel tranquille , Répand sur nos vallons plus d'ombrage et de frais , Triste , seul et pensif, un jeune Polonais Rêvait... Son œil d'azur sous sa large paupière. Pour mieux se recueillir, semblait fuir la lumière. Il repassait ces jours d'enfance et de bonheur. Jours si pleins d'avenir , où tout sourit au cœur ! Et par les souvenirs doucement balancée , Vers le toit paternel se portait sa pensée.

Là , sa mûre altentivo à ses moiiulres désirs,

Changeait, naguCro encor, ses chagrins en plaisirs :

Oh I des soins maternels qui n'a pas souvenance ?...

Son pèro , vieux guerrier, jadis soldat de France ,

Fier do voir en son fils renaître sa valeur,

Lui disait les combats du célèbre Empereur ,

Et de la gloire en lui souiïlant déjà la (lamme.

En parlant de patrie exaltait sa jeune âme.

Premier besoin de l'homme, ô sainte liberté !

A ton nom seulement tout son cœur agité ,

De te reconquérir rêvait le jour prospère...

Et le voilà jeté sur la terre étrangère !

Il a vingt ans... Son père , aux champs d'Ostrolenka

Pour la dernière fois en tombant l'embrassa.

Sa mère le croit mort... Trop malheureuse femme!

Dévorant les chagrins qui pèsent sur son âme ,

A ses tyrans cruels de peur de se trahir.

Elle se cache à tous pour pleurer et gémir.

Oh ! combien pour un fils cette idée est amère ! Qu'il est dur de souffrir des tourments d'une mère ! Et sans pouvoir la plaindre et d'un mot la calmer, Lui dire : Cet enfant dont le destin t'alarme , Sèche tes pleurs, il vit , et toujours pour t'aimer !

Son œil en cet instant cache mal ime larme. —

Et puis le souvenir , triste et doux tour à tour ,

Le ramène à l'ohjet de son premier amour.

Pauvre fille ! déjà son cœur de fiancée

Rêvait avec bonheur le bouquet d'épousée;

Et voilà que le sort, comme on brise une fleur,

A brisé sans pitié son révc et son bonheur.

En vain un peu d'espoir berce encor son attente;

L'exil du bien-aimé , pour le cœur d'une amante ,

C'est un vautour cruel qui le presse et le mord ,

C'est un horrible mal ! — quelquefois c'est la mort !

Jeune homme , de ton âme écarte cette image ; Crains à de tels pensers d'amollir ton courage ; Souffre -, ne pleure point. Attends ! viendront des jours Où , le ciel sur le Russe abaissant sa colère , Tu reverras enfin la tombe de ton père , Ton pays de ses fers délivré pour toujours. Ta mère consolée , et tes jeunes amours !

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-< SAUT DU DOUBS t-

©alnnclU t>c t)(Yi$\),

En périlleuse aTenture M'avez , Aniors, atorné, Quand pour vous n'a de moi euro Celé à qui m'avez donné.

Le châtelain de Coucy.

Il porta tout à coup la main à sa poitrine , Le seigneur de Coucy , ce noble ménestrel, Quand la première fois, dans sa beauté divine , Parut à ses regards la Dame de Fayel "*.

Dès-lors en chaque mot de ses chansons naïves Tibre encor de son cœur le premier battement; Mais ses tristes accords , ses notes si plaintives N'apportent à son mal aucun allégement.

Car il est sans espoir -, il ne chante sa flamme Qu'avec crainte et respect; hélas! il sait trop bien, Le malheureux amant! que le cœur de sa Dame ]\~e doit jamais d'amour battre contre le sien.

Si môme quelquefois avec noble indulgence Klle lui paie un eliant d'un sourire bien doux , Le jeune ménestrel n'en prend point d'espérance , Car il la sait fidèle et tout à son époux.

— « Il est temps , se dit-il , d'éviter sa présence -, A vivre enfin loin d'elle il faut m'accoutumer-, Puisse bientôt la mort m'apporter allégeance !...

Je ne dois plus la voir s'il faut ne plus l'aimer. » — •

Il se couvre de fer , prend sa lance acérée , Du plus sombre panache il ombrage son front ; Peut-être sous l'armure et sous la croix sacrée Les transports de son cœur un peu s'apaiseront.

Le voilà chevauchant devers la Palestine-, Il gémit de l'absence , il chante sa douleur ; Sous le poids des regrets souvent son front s incline.. Mais vienne la bataille , il reprend son ardeur.

Au milieu des dangers , fier et bouillant d'audace , Coucy depuis deux ans semblait tenter le sort , Alors qu'un trait maudit, à travers sa cuirasse Pénétre dans son flanc, et l'étend presque mort.

— " Viens ra , dit-il , Tristan, mon écuyer fidèle , Ecoute, quand mon cœur de battre aura cessé, Prends-le dans ma poitrine , et porto à Gabrielle Ce dernier souvenir d'un amant repoussé. » —

Lf corps du noble preux datiQii terre bénie Va du monde oublier la lutte et les travaux^ Mais son cœur embaumé par une main amie Ne devait pas goûter le repos des tombeaux.

Au fond dun écrin d'or l'écuyer le dépose ; Contre son sein il presse un si noble fardeau -, Des larmes du regret nuit et jour il l'arrose , Et pour gagner la France il part sur un vaisseau.

On a vogué long-temps , — mais soudain la tourmente Déchire la voilure et fait crier les mâts -, Tous les cœurs à ce bruit sont saisis d'épouvante... Un seul sur le navire , un seul ne tremble pas.

Quand le calme revint , les côtes de Provence Etalaient au soleil leur ardente paroi -, Tous les cœurs ont bondi de joie et d'espérance... Un seul sur le navire , un seul est resté^froid.

Le fidèle porteur de l'urne précieuse Arrive près d'AuTREY , vieux manoir des Tergy j De la chasse il entend la fanfare joyeuse Retentir au lointain, puis s'approcher de lui.

ir,o

Du Imis ,[aii luiMiio instant , ^ corf (|uil[(> l'asilo, In trait ensanglanté lui traverse \o flanc; Il se cîibre , il bondit, puis retombe immobile .Vu pied du voyageur (]ui s'arrête tremblant.

Le sire de Fayel avait blessé la bête ;

Sur sa trace il accourt escorté des veneurs;

Chacun à la curée avec ardeur s'apprête ,

Kt le cerf aux abois meurt en versant des pleurs.

Mais des chasseurs bientôt la bruyante cohue Veut savoir quel trésor Tristan presse en ses bras : On l'entoure à l'envi. — Lui , la main étendue : — « Je parlerai , dit-il , mais qu'on n'approche pas !

» Respectez, respectez cet écrin (jui renferme » Les restes d'un poète et d'un preux accompli ; » Et puis s'attendrissant et d'une voix moins ferme : « Laissez en paix le cœur du sire de Coucy.

» Quand ce cœur malheureux ne battra plus , mon page ). En mourant m'a-t-il dit d'un accent solennel , » Prends-le dans ma poitrine et le porte en hommage » A celle que j'aimais, — la Dame de Fayel. » —

Le comte a tressailli. — « Je connais cette Dame , Et de ta mission je te veux décharger. » — Puis d'un bras que rend fort la rage de son âme, Il arrache l'écrin au loyal messager.

Avec soin il le cache en son manteau de laine, Il songe à sa vengeance, il galope plus fort... Ce cœur qui ne bat plus, son implacable haine Voudrait le ranimer pour lui donner la mort !

A peine en son manoir : — « Qu'aussitôt l'on prépare , »• Difi-il. au sénéchal à son ordre accouru , « Avec la chair du cerf, cet autre mets plus rare. » Et comme on hésitait : « M'avez-vous entendu?... » —

Pour le festin du soir bientôt tout se dispose : Gabrielle y prend place-, il en fait les honneurs ; Un varlet en tremblant sur la table dépose Le mets mystérieux déguisé sous des fleurs.

Et Fayel souriant : — « Acceptez-en, de grâce, » Comtesse , de ce mets on vante la saveur j » Vous savez que toujours du produit de ma chasse » Mon amour attentif vous destine le cœur. » —

Mais quand elle eut mangé , des larmes, en silence , De ses yeux attendris se prirent à glisser. Puis à couler lûentôt avec tant d'abondance , Qu'on eût dit, à la voir, qu'elle allait trépasser.

Le C(MiUe alors d un ton roillour et sataniqno :

— « Du cœur do la colombe ou oonuaît les vertus ; » On dit qu'il fait pleurer et rend mélancolique ,

» Celui-ci doit, madame , en avoir encor plus.

» Le cœur d'un chevalier amoureux et poète , » Qui chanta vos attraits, du sire de Coucy... »

— « Ah ! s'écria la Dame en relevant la tête , » C'est infâme I... Fayel , je vous le jure ici ,

» Au nol)le preux vivant je restais étrangère ; » Mais mon âme se rouvre aux chants du ménestrel -, » C'est vous (jui me rendez , seigneur, sa prisonnière , » Au trépassé je jure un amour éternel.

» Non , jamais dans mon sein une autre nourriture » IV'ira souiller le cœur du sire de Coucy... » C'en est fait. — Puisse Dieu , de cette atroce injure , » Un jour vous octroyer merci 1 » —

Elle mourut de faim bien moins que de souffrance ;

Fayel vécut long-temps pour pleurer sa vengeance-,

Il voulait l'oublier : inutiles efforts!

Ainsi qu'une Furie à sa perte animée ,

Nuit et jour devant lui se dressait le remords!...

Vengeance, on te maudit après l'avoir aimée !

iTa Unit.

How sweel lo dicara !

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